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Interview: Le club d'Henry Interview par Jean-François Berger |
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AFIN D'EN SAVOIR PLUS SUR DUNANT, CROIX-ROUGE CROISSANT-ROUGE S'EST ENTRETENU AVEC ROGER DURAND, PRÉSIDENT-FONDATEUR DE LA SOCIÉTÉ HENRY-DUNANT À GENEVE.
Fondateur de la Croix-Rouge et
figure de proue de l'aventure
humanitaire, Henry Dunant
est un personnage tragique et
déroutant. Sali par ses pairs
puis banni de Genève pour
cause de banqueroute, voué à
l'oubli et à la misère avant
d'être enfin reconnu et
consacré premier Prix Nobel de
la Paix en 1901, Dunant le
solitaire n'en finit pas de
nourrir sa légende. Et de
fasciner par son sens éperdu
de fraternité universelle. Mais
derrière le mythe et le
rayonnement du philanthrope,
il y a l'homme et ses
contradictions.
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Roger Durand, pour quelles raisons
avez-vous fondé cette société?
RD Nous avons fondé cette société en 1975
avec quelques amis et des membres de la
famille de Dunant pour mieux connaître
Henry Dunant. Il était en effet grand
temps de le libérer de l'emprise de
quelques notables de la Croix-Rouge
locale et de "mandarins" de l'Université
qui l'avaient statufié. Depuis, notre but
n'a pas varié: étudier Henry Dunant dans
sa réalité et sans réserves. En menant et
en suscitant des recherches
multidisciplinaires, avec l'appui du CICR
et d'historiens professionnels.
Donnez-nous un exemple
de vos découvertes...
RD Lors de notre premier colloque, un
psychiatre a pu établir que Dunant, qui
avait trente-et-un ans au moment de
Solferino, a été victime d'un choc
traumatique qui a fait de lui un "obsédé
de la charité".
Quels moyens utilisez-vous pour mieux
faire connaître Henry Dunant?
RD Principalement des publications, des
conférences et des rencontres. Nous
posons aussi des plaques commé-moratives
dans des lieux chargés de
mémoire Croix-Rouge. Par exemple, nous
avons posé en 1994 une plaque dans la
Vieille-Ville à la rue du Cloître,
là où la Fédération internationale - la
Ligue à l'époque - a eu dès 1919
son premier siège.
Quelles sont les étapes importantes
qui ont favorisé le développement de
la conscience sociale et humanitaire
chez Dunant?
RD En 1849, Dunant a fondé l'Union
chrétienne de jeunes gens de Genève
avec quelques amis engagés dans l'Eglise
réformée: c'était une sorte de centre
culturel visant à l'émulation des valeurs
chrétiennes auprès des jeunes. Bien
évidemment, c'est le grand choc des
blessés abandonnés à Castiglione après
la bataille de Solferino qui a décidé de
son engagement intégral pour l'action
humanitaire.
Dunant a dû s'exiler à Paris après de
grosses pertes financières à Genève.
Que s'est-il passé au juste?
RD En 1867, Dunant a été impliqué dans la
faillite d'une banque - le Crédit genevois.
Il en est sorti ruiné, ainsi que sa famille
et certains de ses amis. Eclaboussé par
le scandale, il a quitté le Comité
international et du même coup Genève,
où il n'a plus jamais remis les pieds.
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Il y avait une forte rivalité entre
Gustave Moynier et Henry Dunant...
RD Entre 1867 et 1897, Dunant vivait dans la
misère, pendant que Gustave Moynier
triomphait à la tête du CICR. Durant cette
période, Dunant a mené une sorte de
guérilla et a agi en son nom pour le
développement de la Croix-Rouge.
Parallèlement, Moynier a publié une
histoire du Mouvement où il n'était jamais
question de Dunant. En 1928, le CICR s'est
mis à jour avec son père fondateur, sous
l'impulsion du président Gustave Ador.
Sa vie sentimentale est plutôt
énigmatique. Avait-il fait vS.u de
chasteté, ou cachait-il des penchants
homosexuels?
RD Dunant a vécu une liaison sentimentale
aussi pathétique qu'énigmatique avec
Léonie Kastner, la veuve d'un
compositeur français. Son homosexualité
est une hypothèse que nous ne pouvons
ni infirmer ni confirmer. Ce qui est
certain, c'est que dans la Genève du
XIX e siècle, l'homosexualité était
considérée comme un lourd handicap et
ne s'affichait donc pas. Ceci dit, la
grandeur d'un homme ne se mesure pas
à sa sexualité!
Dunant est souvent catalogué comme
un franc-maçon. Est-ce exact?
RD C'est très vraisemblablement une
légende. En tous les cas, aucune loge
maçonnique ne l'a jamais revendiqué
comme membre.
Quels sont vos chantiers prioritaires?
RD Mettre à jour la correspondance d'Henry
Dunant. Nous avons dénombré 4 500
lettres reçues et envoyées qui seront
cataloguées, puis publiées. Nous allons
aussi publier, le 1 er octobre 1999, les
procès-verbaux du Comité (Ndlr: CICR)
de 1863 à 1914, grâce au précieux
concours de Jean-François Pitteloud,
archiviste au CICR. En 2001, nous nous
attellerons au Dunant pacifiste...
Quelles sont vos sources
de financement?
RD Les membres actifs de notre société sont
des bénévoles. Nous devons néanmoins
quémander à gauche et à droite, les
cotisations de nos membres - un peu
plus de deux cents personnes - couvrant
juste l'impression de notre Bulletin. Le
reste des fonds est mobilisé avec nos
partenaires en fonction de chaque
projet.
Vous n'aimez pas être perçu comme le
"gardien du temple". Cependant, vous
vivez dans l'intimité de Dunant. Qu'est-ce
qui vous fascine le plus chez lui?
RD Ses convictions profondes le poussant à
refuser l'impossible quand il est
humanitaire. Son courage, son irrespect
pour l'ordre établi.
Y a-t-il des aspects qui vous déplaisent
chez lui?
RD Ce qui me dérange, c'est son côté
caméléon, prêt à flatter n'importe qui...
même si c'est dans le but d'arriver à
ses fins.
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Propos recueillis par Jean-François
Berger
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