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A nouveau réunis Till Mayer |
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Sur les stands du marché aux puces, l'histoire s'étale en rangées de médailles et de décorations militaires exposées sur un miteux carré de tissu violet. La Croix de Fer de la Seconde Guerre mondiale côtoie l'insigne du Parti socialiste
unifié d'Allemagne et la médaille de la Croix-Rouge, pour laquelle le
vendeur demande quatre DM - le prix d. un hamburger au stand voisin. |
LES insignes de la Croix-Rouge
de l'ex-République démocrati-que
allemande (RDA) ne sont
pas particulièrement convoités
par les collectionneurs, qui leur préfè-rent
les pins ornés du portrait de
Lénine et les étoiles rouges émaillées
de l'ex-Union soviétique. Sur le mar-ché,
on croise des bandes de skinheads
en quête de reliques d'une sinistre épo-que.
Il n'y a guère de chances pour que
l'un ou l'autre d'entre eux se jette avi-dement
sur un humble morceau d'alu-minium
doré à la gloire des Junge
Sanitäter.
Les Junge Sanitäter étaient une
division rattachée à la fois à la Croix-Rouge
de la RDA et aux Jeunes
Pionniers, une organisation de jeunesse
de l'Etat. En l'absence d'une section
"junior" au sein de la Croix-Rouge, les
Junge Sanitäter constituaient la porte
d'accès au sein du Mouvement. Pour
Thilo Wirth, qui adhéra à
l'organisation en 1968 alors qu'il était
élève de l'école primaire de
Hoyerswerda, ces insignes réveillent
tout un cortège de souvenirs.
A la cérémonie de remise des prix,
les fanions flottaient solennellement
au-dessus des Junge Sanitäter droits et
rigides dans leurs chemises blanches et
leurs foulards rouges de Jeunes
Pionniers, l'emblème de la croix rouge
épinglé sur la poitrine. |
Que faisait la Croix-Rouge?
En Allemagne de l'Est, la Croix-Rouge
avait trois grandes fonctions: services
de sauvetage, collecte du sang et
formation de secouristes volontaires.
Lorsqu'il repense à son organisation,
Thilo Wirth ne peut s'empêcher de
songer aux longues heures de garde-à-vous
dans de tristes uniformes gris,
mais ces images sont vite effacées par
l'évocation de l'excellente formation
reçue et du riche éventail d'activités
réalisées.
"Chaque usine, aussi modeste fût-elle,
avait sa propre équipe de
secouristes de la Croix-Rouge
hautement qualifiés. Et, les jours de
collecte du sang, les gens formaient de
longues queues devant le centre
d'Hoyerswerda. Les choses ont bien
changé..." Les employés pouvaient
prendre sur leur temps de travail pour
aller donner leur sang et, avec un peu
de chance, ils étaient récompensés par
une banane ou une orange. La simple
perspective de recevoir un fruit aussi
parfaitement exotique suffisait à
mobiliser les foules.
Quant aux volontaires de la Croix-Rouge,
ils bénéficiaient de divers
privilèges. "L'Etat, explique Thilo
Wirth, voulait que chaque citoyen soit
affilié à une organisation de masse.
Beaucoup préféraient adhérer à notre
organisation plutôt qu'à la Société
pour l'amitié germano-soviétique.
Nos obligations
au sein du Parti étaient
réduites au strict minimum,
ce qui constituait en soi un
motif suffisant pour
travailler à la Croix-Rouge."
Au début de 1989,
en sa qualité de chef d'une
section de volontaires et de
jeune médecin, Thilo
Wirth était déjà intégré
dans les cadres nationaux
de l'organisation et avait contribué,
avec un collectif d'auteurs, à la
rédaction d'un manuel de formation.
Cet ouvrage ne fut toutefois jamais
publié. La partie technique fut jugée
satisfaisante, mais les censeurs
reprochèrent à l'introduction son éloge
trop tiède du socialisme. Contrariés, les
auteurs s'employaient en traînant les
pieds à revoir leur copie lorsque survint
Die Wende (la chute du communisme)
qui enterra définitivement le projet. |
Après la chute
La chute du communisme bouleversa
tout. Les innombrables images de
Lénine, de Marx et d'Engels furent
parmi les premières choses à disparaître.
Ayant perdu leur autorité tutélaire, de
nombreuses organisations de masse
furent démembrées. "A Hoyerswerda,
explique Thilo Wirth, la Croix-Rouge
n'avait jamais vraiment fonctionné
comme une association locale et le siège
national était considéré comme une
institution d'Etat."
La privatisation fut le dernier clou
dans le cercueil de la Croix-Rouge est-allemande.
L'effectif des membres
fondit comme neige au soleil. A
l'époque, Thilo Wirth était engagé
dans les activités de la jeunesse. "Avant
la chute du régime, les groupes de
Junge Sanitäter d'Hoyerswerda
rassemblaient 110 membres. Après la
réunification, 20 à 30 seulement
restèrent à la Croix-Rouge."
Le don du sang subit une désaffection
similaire. Les entreprises n'étaient plus
disposées à libérer leurs employés et,
avec l'ouverture de succursales des
supermarchés occidentaux, l'attrait de la
banane ne suffisait plus à soulever les
foules. La réunification de 1990 eut aussi
des incidences personnelles pour Thilo
Wirth, qui travaillait autrefois comme
médecin ambulancier. Comme nombre
de ses collègues, il dut chercher un
nouvel emploi et, pour cela, réduire ses
activités au sein de la Croix-Rouge.
Dans l'intervalle, Hoyerswerda
changeait à vue d'oeil - et pas
seulement pour le meilleur: en peu de
temps, le taux de chômage passa de
zéro à plus de 25 pour 100. Les
problèmes de cette petite ville sont
communs à une multitude d'autres
agglomérations de l'ex-RDA. Ses
quartiers d'immeubles préfabriqués,
jadis symboles de la "réussite
socialiste", sont aujourd'hui des foyers
de frustration et de rancS.ur.
Vers la renaissance
Thilo Wirth est au moins sûr d'une
chose: Hoyerswerda a besoin d'une
Croix-Rouge forte. En 1996, lorsqu'il
reprit du service au sein de la Croix-Rouge
allemande réunifiée, il fallut tout
d'abord poser certaines fondations. En
Allemagne occidentale, les sections
locales et régionales ont derrière elles
des décennies d'activité basée sur un
authentique volontariat. En outre, elles
ne se limitent pas au rôle d'or-ganisations
de secours, mais occupent
une place prépondérante dans la
société, grâce à la solide tradition
allemande de vie associative. "A
Hoyerswerda, nous n'avons rien de tout
cela. Même au plan local, la Croix-Rouge
de l'ex-RDA était strictement
une organisation de secours."
Aujourd'hui, les groupes de jeunes
sont en pleine expansion et la section
locale rassemble déjà une bonne
cinquantaine de membres. Thilo Wirth
dirige un groupe baptisé Power-Sanis.
"La seule façon d'attirer les enfants et les
jeunes gens consiste à former des espèces
de clubs, ce qui suppose l'existence d'un
riche programme d'activités de loisirs."
La fin du communisme a aussi entraîné
celle des généreuses subventions d'Etat.
Faute de moyens, les membres du
groupe se réunissent au domicile
de leur chef, qui leur parle
d'Henry Dunant et d'Albert
Schweitzer, ainsi que de la
dimension internationale de la
Croix-Rouge. Au sein du Power-Sanis,
la confiance est de mise: le
groupe a déjà gagné plusieurs
médailles, notamment en prenant
la première place d'un concours
organisé dans la ville ouest-allemande
de Krefeld.
"Notre action est beaucoup
plus informelle que dans l'ex-RDA.
Maintenant, on se
préoccupe davantage de sport et
de distractions", note encore
Thilo Wirth, qui a conservé dans
ses dossiers quelques images
d'uniformes des Junge Sanitäter
et fait des copies d'anciens
manuels de formation. "La Croix-Rouge
est-allemande avait un excellent
programme de formation... pourquoi
ne pas en profiter? Comme cela, au
moins, nous n'avons besoin de
personne pour nous dire comment
faire notre travail Croix-Rouge."
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Till Mayer Journaliste indépendant, l'auteur travaille
actuellement comme chargé d'information
pour la Croix-Rouge allemande en Macédoine. |
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