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La communauté internationale recourt de plus en plus
souvent aux sanctions économiques pour exercer des
pressions sur tel ou tel Etat lorsque la diplomatie a échoué
et que la guerre représente une option trop radicale
ou inacceptable pour l’opinion publique. Pourtant, les
résultats politiques de ces mesures sont pour le moins
inégaux.
En outre, les sanctions causent trop souvent des souffrances
aussi cruelles qu’inutiles parmi les citoyens ordinaires
des pays visés.
Le Conseil de sécurité des Nations Unies, faut-il
le rappeler, a pour mission de promouvoir à la fois
la paix et les droits de l’homme. Or, si rien n’est
fait pour atténuer les conséquences des sanctions
sur la population des pays visés, on s’expose
à ce que le second terme de ce mandat soit sacrifié
à la poursuite du premier.
Une étude de la Fédération consacrée
aux sanctions imposées à l’Irak, à
Haïti (voir encadré) et à la Serbie-Monténégro
a mis en lumière la gravité de ces effets. Après
plusieurs années d’application, ces mesures n’ont
rapporté que de négligeables résultats
politiques, alors que leur coût humain s’est révélé
extrêmement élevé.
En 1994, 60 pour 100 de la population active de la Serbie
était sans emploi ou au chômage technique sans
solde et les revenus réels par foyer ne représentaient
plus qu’un dixième de ceux de 1990. Pour couvrir
les seuls besoins alimentaires, une famille devait disposer
de quatre salaires.
A Haïti, le taux de mortalité des moins de cinq
ans était déjà le plus élevé
de l’hémisphère occidental avant l’application
des sanctions, lesquelles ont bien entendu aggravé
les pénuries alimentaires et entraîné
la suppression de la moitié des emplois.
En Irak, on estime que la mortalité infantile a doublé,
voire triplé, depuis l’entrée en vigueur
des sanctions. Aujourd’hui, un bébé sur
cinq naît prématuré ou avec un déficit
de poids.
Tout ceci n’implique pas que le système des
sanctions doive être abandonné. Lorsque la diplomatie
échoue, ces mesures peuvent représenter une
alternative préférable à l’intervention
militaire. On peut toutefois légitimement se demander
si elles ne devraient pas, à l’instar de la guerre,
être soumises à certaines réglementations.
Personnellement, je pense qu’il conviendrait d’adopter
quatre principes très simples pour éviter que
les sanctions n’infligent des souffrances excessives
aux citoyens ordinaires des pays visés.
Premièrement, nous devrions veiller à ce que
le Conseil de sécurité prenne dûment en
considération les aspects humanitaires dans le cadre
de l’application et de l’examen des sanctions.
Dans cette perspective, le Département des Affaires
humanitaires de l’ONU devrait bénéficier
du libre accès aux sessions du Conseil de sécurité
appelées à prendre des décisions dans
ce domaine.
Deuxièmement, le Département des Affaires humanitaires
devrait être mandaté pour évaluer l’impact
des sanctions sur les couches les plus vulnérables
de la population, avant et après leur entrée
en vigueur.
Troisièmement, les pesantes procédures bureaucratiques
imposées par les Nations Unies, qui interdisent virtuellement
l’exportation de tout produit à destination des
Etats visés par les sanctions, devraient être
révisées de manière à permettre
la libre circulation de l’aide humanitaire au bénéfice
de tous ceux qui en ont besoin.
Quatrièmement, ces mêmes modalités de
contrôle devraient être simplifiées afin
que les organisations compétentes — agences des
Nations Unies et Mouvement international de la Croix-Rouge
et du Croissant-Rouge, notamment — puissent déployer
l’aide humanitaire requise avec un maximum d’efficacité.
Dans les conditions actuelles, la capacité d’action
de ces organisations est sérieusement entravée
par les lourdeurs administratives.
De tels changements ne devraient pas être difficiles
à mettre en place. Ils ne réclament aucune disposition
nouvelle en termes de droit international et sont parfaitement
compatibles avec les normes communément admises dans
le cadre des conflits armés. De plus, il n’auraient
aucune incidence sur l’impact politique et économique
des sanctions pour les Etats visés. |