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Au péril de leur vie
par Donald Dochard |
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Le 5 mai 1995, l’OMS annonçait
la présence du virus Ebola à Kikwit, seconde ville
de la province de Bandundu, au sud-ouest du ZaÏre. Particulièrement
meurtrière, l’épidémie allait faire
en l’espace de quelques semaines plus de 200 morts, au
nombre desquels CINQ volontaires de la Croix-Rouge, qui s’était
immédiatement mobilisée pour évacuer les
malades, enterrer les morts et mettre en garde la population
contre les risques de contagion. |
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“Mieux vaut attraper le sida, déclarait en juillet
1995 une rescapée interrogée à l’hôpital
général de Kikwit. Il ne tue pas aussi vite
que cette maladie.” Aussi discutable soit-elle, cette
affirmation reflète bien la terrible virulence de la
fièvre hémorragique à virus Ebola (FHVE),
contre laquelle il n’existe pas non plus de vaccin à
l’heure actuelle. Par le passé, cette maladie
a déjà cruellement frappé le Soudan,
le Kenya et, en 1976, la région de Yambuku, dans la
province zaïroise d’Equateur.
Les premiers symptômes – brutale poussée
de fièvre, maux de tête, douleurs articulaires
et musculaires – apparaissent le plus souvent entre
le cinquième et le dixième jour à compter
de la contamination. A défaut d’un traitement
énergique et immédiat, on enregistre quelques
jours plus tard des hémorragies aiguës et, dans
50 à 90 pour 100 des cas, le décès du
patient par défaillance cardio-vasculaire ou insuffisance
rénale. La maladie se transmet par le contact avec
des fluides organiques infectés ou avec le cadavre
des victimes. La contagion par piqûre est particulièrement
redoutable et presque toujours fatale. A Kikwit, la mortalité
s’est élevée à 80 pour 100. |
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Une
action concertée
Dès les premières heures de l’épidémie,
la Croix-Rouge du Zaïre s’est engagée, avec
l’appui de la Fédération internationale
des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge,
dans le cadre d’une opération coordonnée
par une Com-mission scientifique et technique internationale.
Au terme d’une mission d’éva-
luation, la Fédéra-tion a lancé un appel
de fonds à la communauté internationale afin
de mettre en œuvre un plan d’action et a constitué
à cet effet une cellule de crise comprenant les principaux
responsables intéressés de la Société
nationale ainsi que deux délégués.
Placée sous la supervision d’un épidémiologue,
l’intervention de la Croix-Rouge a comporté la
mise sur pied de trois activités principales, à
savoir: un programme d’hygiène et d’assainissement,
un programme de sensibilisation et un programme d’action
sociale.
Le premier de ces programmes a fait appel à 12 secouristes
qui, sous la direction du docteur Jacques Katshitshi, chef
de la division médico-sanitaire de la Croix-Rouge du
Zaïre, ont sillonné la ville afin de conduire
les malades à l’hôpital et d’enterrer
les morts. Il a bénéficié de généreuses
contributions des Sociétés nationales danoise,
suédoise, chinoise et espagnole, lesquelles ont offert
respectivement un véhicule, du matériel de protection,
des désinfectants et des fournitures médicales.
Le deuxième programme a été lancé
après que l’on eut enregistré une recrudescence
de l’épidémie provoquée par des
manipulations inconsidérées des cadavres des
victimes. Egalement coordonné par le docteur Katshitshi,
il visait à diffuser parmi la population de Kikwit
et de ses environs des informations sur les modes de transmission
de la maladie et sur sa prévention, au moyen notamment
d’affiches et de dépliants produits dans les
4 langues nationales.
Le troisième programme avait pour objet de faciliter
la
réinsertion de personnes coupées de leur environnement
social en raison de l’épidémie, en expliquant
à la communauté que, n’étant pas
porteuses du virus, elles ne présentaient aucun risque
de contamination. Basé sur un recensement des plus
vulnérables, ce programme, coordonné par Félicien
Mudila Mbinga, président de la cellule sociale de la
Commission internationale, a comporté le désinfection
de maisons, des distributions de vivres et des visites aux
personnes et familles défavorisées ou marginalisées.
En complément de ces activités, la Fédération
internationale, la Croix-Rouge du Zaïre et le CICR ont
organisé au mois de juillet une séance d’information
et de sensibilisation sur le droit international humanitaire
et le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, à
l’intention d’une vingtaine de journalistes de
la presse locale. Le même mois, des formateurs en premiers
secours ont suivi à Kikwit un cours d’instruction
sur la prévention des épidémies.
Enfin, la Croix-Rouge a publié une brochure d’information
sur la FHVE, laquelle a été présentée
à la presse le 24 novembre 1995 à Kinshasa,
au siège de la Société nationale, et
le service d’information de cette dernière a
produit, en collaboration avec la Fédération,
un documentaire sur la mobilisation humanitaire du Mouvement
à Kikwit. Répondant au désespoir d’une
communauté cruellement frappée, la Croix-Rouge
du Zaïre et la Fédération ont su mettre
en commun leurs ressources humaines, matérielles et
financières au bénéfice d’une action
mêlant prévention, formation et assistance. |
Le
prix de l’espoir
Cette mobilisation a été payée au prix
fort par le Mouvement et, en particulier, par la Croix-Rouge
du Zaïre, qui, faute d’équipements de protection
adéquats, a perdu durant les premières semaines
de l’épidémie cinq de ses volontaires.
Adolphe Kasanji, 43 ans, fut la première victime du
dévouement à la cause universelle de la protection
de la vie et de la dignité humaines. Successivement,
Mandungu Kisinga, Mukila Ngungi, Kilumbu Nzamba et Kamandunga
devaient à leur tour succomber à la maladie
dans l’accomplissement de leur mission humanitaire.
Mais leur sacrifice n’aura pas été vain
et aura contribué à redorer le blason de la
Société nationale. “Notre action, note
Félicien Mudila Mbinga, a redonné confiance
à la population et restauré la crédibilité
de la Croix-Rouge. Elle nous a même permis de recruter
quantité de nouveaux membres. Aujourd’hui, à
Kikwit et dans les régions environnantes, la Croix-Rouge
est à nouveau synonyme d’espoir!” |
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Paul MPOYI BULONGO
Coordinateur national, Information, Education et Communication. |
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