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Courrier

 

 

Le 17 décembre 1996, six collégues ont été brutalement assassinés pendant leur sommeil, dans l’enceinte de l’hôpital du CICR, à Novy Atagi, en Tchétchénie. Ce crime odieux ne leur a pas seulement ôté la vie, il témoigne d’un effroyable mépris pour la Croix-Rouge et tout ce qu’elle symbolise, pour ceux qui se consacrent à soigner les blessés – et qui, plus que ces hommes et ces femmes, mérite davantage de respect? Ceux qui risquent leur propre vie pour sauver celle des autres ne représentent-ils pas l’essence même du principe d’humanité? Cette tuerie est plus qu’un meurtre.

Sur le tarmac de l’aéroport, alors que j’attendais l’arrivée des corps aux côtés des familles des victimes, je partageais leur affliction. D’abord, en tant que président, représentant la cause qui tenait tant à cœur à ceux qui leur étaient chers. Et aussi sur le plan personnel, en tant qu’homme dans la peine. Car j’ai moi aussi une famille que je chéris. J’essayais – sans y parvenir, évidemment – d’imaginer ma souffrance si je me trouvais dans la situation de ces parents éplorés.

Dans la nuit du 17 décembre, une lumière s’est éteinte. Une lumière qui brille pour chaque membre du Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. En perdant ces collègues, nous n’avons pas seulement perdu des amis, nous avons aussi perdu une part de notre espoir : la conviction que ce que nous faisons est bien et que cela est perçu comme tel ; la conviction que l’homme se soucie suffisamment de son prochain pour faire la guerre loyalement et épargner ceux qui n’ont pris aucune part au combat ; la conviction que l’action des femmes de Solferino reflétait d’authentiques valeurs humaines, et que ces valeurs sont toujours valables aujourd’hui ; la conviction, enfin, que ce meurtre barbare n’est pas un signe de notre époque, mais un acte isolé qui ne devrait jamais se reproduire.

Malheureusement, les faits trahissent cet espoir. Ces dernières années, les agressions délibérées – et de plus en plus violentes – se sont multipliées contre la Croix-Rouge et d’autres organisations humanitaires. Il est vital, aujourd’hui, que nous fassions front, ensemble, à cette réalité, car nous ne pouvons pas nous bercer de l’illusion que notre colère et nos larmes suffiront à minimiser le danger. Nous devons aller de l’avant et nous acquitter de la tâche qui nous a été assignée par la communauté internationale. Les Conventions de Genève sont signées par les États du monde entier, et c’est à eux que nous devons en appeler pour qu’ils prennent des mesures concrètes et mettent fin à l’anarchie des conflits modernes.

Dans le même temps, nous tous membres du Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, nous devons redoubler d’efforts pour que le monde sache ce que nous faisons et qu’il réalise que nous aidons ceux qui ont le droit de recevoir de l’aide. Les Conventions de Genève stipulent de façon très claire que l’assistance humanitaire doit être respectée. En ma qualité de président du CICR, je pense qu’il nous appartient de rappeler aux belligérants que tout le personnel de la Croix-Rouge doit être protégé. Dans un monde marqué par l’escalade d’une violence incontrôlée, nous tous, en tant qu’êtres humains, nous devons nous accrocher à quelques principes essentiels. Car, accepter que ces principes soient violés conduirait sûrement à signer l’arrêt de mort de l’humanité.

J’en appelle à vous tous, dans la famille Croix-Rouge/Croissant-Rouge, j’en appelle aux États parties aux Conventions de Genève à partager notre chagrin, face à la perte de nos amis Fernanda, Hans, Ingeborg, Nancy, Gunnhild et Sheryl. J’en appelle à votre solidarité, afin de relever le défi et de poursuivre le combat qu’ils menaient pour préserver une lumière d’humanité dans les ténèbres de la guerre. Ceux qui ont tenté d’éteindre définitivement cette lumière, le 17 décembre, ont échoué. Car la lumière brille toujours.

Cornelio Sommaruga, Président du CICR


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