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Restez à l’écoute!
par Nejla Sammakia |
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Comment diffuser le message
humanitaire le plus largement possible? Les émissions
radiophoniques du CICR au Caire apportent une réponse
originale
à cette question. |
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Sur un fond sonore d’explosion de bombes, de cris de
femmes et d’enfants, une star du cinéma égyptien
lit avec application un texte qui dénonce les méfaits
de la guerre et appelle au respect des populations civiles.
Cette séquence fait partie de l’un des trente-trois
épisodes de la série “Humanitarian Positions”
(Mawaqif Insaniya), seconde des cinq émissions à
grande écoute produites par le CICR afin de sensibiliser
le monde arabe au droit international humanitaire.
La fameuse actrice Nadia Lutfy a accepté de troquer
l’écran contre la radio pour promouvoir les règles
de base applicables aux situations de conflit. Les quatre
autres émissions, qui bénéficient également
de la participation de professionnels des planches et du cinéma,
servent des objectifs similaires. Présentées
sous forme de saynètes mettant en scène des
figures légendaires du folklore et de l’histoire
médiévale arabes, elles abordent des thèmes
tels que le traitement des prisonniers de guerre et des détenus
politiques, les dispositions particulières s’appliquant
aux blessés et aux malades sur le champ de bataille,
la protection des civils en temps de conflit armé et
les mines antipersonnel.
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Succès et récompenses
Ces émissions ont remporté un succès
tel qu’il a valu au CICR de remporter, en juillet 1998,
le Prix de la meilleure production au Festival de la radio
et de la télévision du Caire, une compétition
qui rassemblait près de 200 programmes en langue arabe
provenant de 45 pays. Les prix du meilleur scénariste
et du meilleur réalisateur sont allés à
Tarek Youssef et à Ahmed Selim, tous deux associés
à cette même production, laquelle a en outre
décroché les prix du meilleur acteur et de la
meilleure actrice, respectivement décernés à
Khaled el Dhehabi et à Ehsan el Kala’awy. Témoignage
de cette consécration, une statuette de bronze représentant
un pharaon drapé dans une longue tunique et arborant
une antenne de télévision parabolique trône
fièrement dans le bureau du CICR au Caire.
“Je n’aurais jamais pensé que nos émissions
seraient primées”, avoue Roland Huguenin, chef
du bureau de promotion du CICR pour le Moyen-Orient. C’est
en tournant des spots télévisés avec
des réalisateurs locaux qu’il a eu l’idée
de ce projet, lancé en 1993. Dans le cadre de son mandat,
le CICR s’emploie à diffuser le droit humanitaire
de façon généralement plus conventionnelle,
notamment à travers des cours dans les universités
et les écoles militaires ou des interviews dans les
médias. Ses activités de diffusion sont particulièrement
vitales dans les pays en proie à la guerre, mais il
importe aussi de favoriser la prise de conscience des problèmes
humanitaires en temps de paix. A cet égard, les émissions
de radio présentent l’avantage de toucher un
très large public. “Bien sûr, convient
Roland Huguenin, une émission de radio n’amènera
pas nécessairement un tortionnaire à changer
de comportement. Mais elle contribuera à faire connaître
au grand public certains principes et droits fondamentaux,
ce qui n’est pas moins important.”
L’une des raisons de l’énorme succès
de ces séries réside dans leur programmation.
Proposées quotidiennement pendant le mois du Ramadan
quelques minutes avant la prière marquant la fin du
jour, elles touchent des millions de fidèles qui attendent
dévotement de pouvoir consommer leur premier repas.
Cette programmation est complétée par des rediffusions
à d’autres heures et à d’autres
époques de l’année.
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Contes
moraux
Le message humanitaire est habilement associé à
la tradition populaire et agrémenté de musiques
signées par les meilleurs chanteurs et compositeurs
arabes, comme les célèbres Ammar el-Shirii et
Shawki Hijab, auteurs de l’un des thèmes d’introduction.
S’inspirant des fameux contes des Mille et Une Nuits,
la première série a été diffusée
sur l’une des principales stations de radio du Caire
— Voice of the Arabs (Sawt el Arab) — ainsi que
sur Radio Monte-Carlo. Après chacun des moments passés
auprès du calife, Shéhérazade ne regagne
pas ses appartements du palais, mais s’immerge dans
le monde extérieur où la guerre fait rage. Témoin
des exactions des hommes du calife qui recrutent de force
des jeunes gens pour les envoyer au front et traitent sans
ménagement leurs prisonniers, elle en rapporte à
chaque fois de nouveaux récits d’atrocités.
Suivant en cela l’esprit du texte original, elle incite
adroitement le calife à respecter le droit de la guerre.
La seconde série s’appuie sur des situations
vécues par des délégués du CICR
dans des pays en conflit comme la Bosnie-Herzégovine,
l’Azerbaïdjan ou l’Afghanistan. C’est
la première à avoir été diffusée
par le service en langue arabe de la BBC, ce qui lui a assuré
une très large audience dans le Moyen-Orient et en
Europe. Le réalisme des épisodes est tel que
de nombreux auditeurs ont appelé la BBC pour demander
s’il s’agissait d’enregistrements sur le
vif. Cette crédibilité tient en bonne partie
à la personnalité de Nadia Lutfy, qui a été
choisie non seulement pour son talent et sa célébrité,
mais aussi pour son engagement en faveur des grandes causes
politiques et sociales. Lorsque Roland Huguenin lui a proposé
le rôle, elle a répondu fermement: “Ne
vous avisez pas de l’offrir à quelqu’un
d’autre!”
Après cette expérience, le bureau de promotion
est retourné aux sources des contes égyptiens
et de la littérature arabe. Une des séries suivantes
met en contact un intellectuel contemporain et le fantôme
de l’historien Ibn Iyass, qui déplore les progrès
accomplis dans l’art et l’industrie de la guerre.
Dans l’émission diffusée à l’occasion
du Ramadan de 1997, Kalila et Dimna, deux chacals vivant à
la cour du Roi Lion, s’échappent de leur univers
de conte de fée pour plonger dans un monde de mort,
de destruction et de violence gratuite. Les thèmes
sous-jacents ont été sélectionnés
par le bureau du CICR au Caire et par ses autres délégations
au Moyen-Orient de manière à refléter
les événements et les conflits qui agitent la
région.
L’éventail des stations de radio qui diffusent
ces séries ne cesse d’augmenter. Il inclut désormais
Voice of Lebanon, Radio Palestine, Medi-Un au Maroc et Radio
Orient à Paris, qui émet en langue arabe dans
les pays d’Europe. Abu Dhabi et le Qatar ont également
signé et des négociations sont en cours avec
d’autres États. Pour répondre à
la demande, le bureau de promotion a constitué sa propre
équipe d’une douzaine d’acteurs bien décidés
à contribuer à la diffusion du message humanitaire
sur les ondes radiophoniques.
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Nejla Sammakia
Journaliste indépendante résidant au Caire.
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