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Honduras, Une terrible déroute

par Alex Wynter et Jean Milligan
Avec des vents atteignant 290 km/h,l’ouragan Mitch a dévasté l’Amérique centrale en octobre dernier. Rien qu’au Honduras, il a fait quelque 6600 morts et causé pour 3,6 milliards de dollars de dommages. La communauté internationale a fait face à l’urgence, mais est-elle prête à financer les programmes propres à limiter l’impact de futurs cataclysmes?

Beaucoup d’habitants ont tout perdu”, déclare Rosa Suarez, vice-présidente de la Croix-Rouge du Honduras dans un interview avec Doug Rekenthaler, rédacteur du site internet disasterrelief.org. “Et ce ne sont pas des mots en l’air, insiste-t-elle: il ne leur reste absolument rien!”

Au Honduras, il est tombé entre un mètre et un mètre et demi de pluie en 48 heures. Le cyclone a fait quelque 80 000 sans-abri, détruit 60 pour 100 des routes, des ponts et des réseaux d’adduction d’eau, et anéanti à 90 pour 100 les deux principales cultures du pays: la banane et le café.

 

L’action de la Croix-Rouge

Et derrière ces statistiques se cachent de multiples tragédies individuelles, comme celle de Florentino Sanchez, à qui l’ouragan a pris ses quatre enfants, sa femme et sa mère. Dans la ville de Choluteca, au sud de la capitale, la violence de Mitch saute aux yeux. Tous les quartiers situés de part et d’autre du fleuve ont été purement et simplement balayés, ainsi que des centaines de leurs habitants. En retrait, là où les constructions sont restées debout, il a fallu déblayer des milliers de tonnes de boue et de débris. Parsemé de flaques d’eau stagnante et de monticules de gravats et de détritus, le secteur semble avoir subi les ravages d’une guerre plutôt que d’une catastrophe naturelle.

Comme c’est généralement le cas lors d’inondations, les canalisations de la ville avaient été gravement endommagées et le peu d’eau qui circulait encore était dangereusement pollué. Dans un tel contexte, l’arrivée de deux équipes d’intervention d’urgence des Sociétés de la Croix-Rouge suédoise et autrichienne, composées de spécialistes de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement, était particulièrement bienvenue. Pendant qu’elles s’activaient à décharger leur matériel sur l’aérodrome local, le personnel de l’hôpital central de Choluteca était occupé à aménager une salle pour recevoir les patients victimes du choléra.

“En tant que membre d’une équipe d’intervention d’urgence, c’est l’opération la plus expéditive à laquelle j’aie participé”, note Bo Hakansson, chef de l’équipe suédoise. Pour les habitants de Choluteca, dont un grand nombre avaient vu leurs maisons emportées par les flots ou ensevelies sous des amas de boue, le facteur temps était crucial. Aujourd’hui encore, le dispositif mis en place par l’équipe suédoise fournit en eau 15 pour 100 de la population totale de l’agglomération. Cette assistance ne résout pas tous les problèmes, mais elle représente une contribution notable en même temps qu’un répit précieux pour les ingénieurs honduriens, confrontés à l’énorme défi de remettre en état l’ancien système d’adduction.

Mieux vaut prévenir que guérir

“Manque de préparation”, titrait La Tribuna, le principal quotidien du pays, une semaine après le passage de Mitch. Pourquoi, demandait l’article, le Honduras avait-il été pris de court alors que le cyclone était annoncé depuis quatre jours? Les réserves d’eau et de nourriture, de fournitures médicales et de carburant étaient insuffisantes, et aucun plan d’urgence valable n’avait été établi par les autorités, poursuivait le journaliste.

De fait, les responsables gouvernementaux semblaient avoir oublié depuis longtemps les leçons du dernier gros ouragan, datant de 1974, et négligé de promouvoir la préparation aux catas-trophes au sein de la communauté. Mais le Honduras n’est hélas pas le seul pays dans ce cas. Comme le note Yasemin Aysan, en charge de la préparation aux catastrophes à la Fédération internationale: “L’investissement dans les activités visant à limiter l’impact des catastrophes futures ne représente toujours qu’un faible pourcentage des budgets d’assistance nationaux et internationaux.” Pourtant, selon la Banque mondiale et l’organisme United States Geological Survey, les pertes économiques consécutives aux cataclysmes naturels dans les années 90 auraient pu être réduites de 280 milliards de dollars si l’on avait investi 40 milliards de dollars dans les programmes de préparation et de prévention.

Les programmes de préparation aux catastrophes de la Fédération visent essentiellement à aider les communautés concernées à évaluer et inventorier les risques, à identifier les ressources disponibles et à formuler des stratégies en matière d’évacuation, de gestion des abris et de sécurité domestique. Depuis 1995, douze pays d’Amérique latine ont participé à ces programmes. Le président de la Croix-Rouge du Honduras a constaté que les communautés et les volontaires de la Société nationale qui avaient pris part à ces efforts avaient fait face plus efficacement au désastre.

Les avantages étant si évidents, comment se fait-il que la préparation soit sous-financée? Une des raisons principales tient à ce que ces efforts, en contribuant à empêcher les désastres de se produire ou en limitant tout au moins leur impact, ne présentent guère d’attrait pour les médias, alors que les grandes tragédies ont toujours l’assurance d’une forte audience. “Les médias, confirme Yasemin Aysan, tendent à se focaliser sur les aspects les plus dramatiques des événements. On imagine difficilement un journal titrant sur les pertes évitées grâce à la prévention.”

D’après Rosa Suarez, les ravages causés par Mitch s’expliquent tout simplement par le fait que trop de gens ont pris les avertissements à la légère. “A Tegucigalpa, nous avons parcouru les rives du fleuve afin d’inciter les habitants à évacuer. Mais ils avaient déjà connu des ouragans auparavant, sans jamais subir d’inondation. Cette fois, pourtant, c’était différent — et beaucoup ne sont plus là pour le dire.”

 

Alex Wynter et Jean Milligan
Alex Wynter est délégué à l’information de la Fédération au Honduras.

Jean Milligan est rédactrice pour la Fédération du magazine Croix-Rouge, Croissant-Rouge.


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