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Bouteille à la mer
Les premières tentatives effectuées en 1995
n’eurent pas de succès. Les étudiants
refusèrent de coopérer, inquiets de ce qu’ils
pourraient découvrir ou peu désireux de retrouver
des parents coupables à leurs yeux de les avoir abandonnés.
Beaucoup ne se souvenaient même pas d’où
ils venaient.
En 1996, une équipe composée de Susana Llovet,
d’un représentant du Haut-Commissariat des Nations
Unies pour les réfugiés (HCR) et d’un
fonctionnaire du gouvernement cubain sillonna le pays afin
de s’entretenir avec les jeunes gens. L’Agence
centrale de recherches du CICR à Genève diffusa
alors leur identité auprès des instances du
Mouvement dans toute l’Afrique et, enfin, les messages
commencèrent à affluer à La Havane.
Abraham fut parmi les plus chanceux: ses deux parents étaient
toujours en vie. Pour Mabany Manyang Dau, les nouvelles furent
plus tristes. Susana Llovet se souvient comment son regard
se voila lorsqu’il prit connaissance du message lui
apprenant la mort de tous ses proches.
Dans l’ensemble, le programme fut une réussite,
puisque trois quarts environ des étudiants reçurent
des nouvelles, bonnes ou mauvaises. A défaut de membres
de leur famille, certains retrouvèrent d’anciens
amis et renouèrent ainsi avec leur pays dont le souvenir
s’était peu à peu estompé.
Des Haïtiens ont également trouvé asile
à Cuba, mais pour des périodes moins longues.
“Certains choisissent de venir chez nous, mais la plupart
échouent ici en tentant de gagner les Etats-Unis”,
explique Joan Swaby Atherton, une psychologue en charge du
programme des réfugiés de la Croix-Rouge cubaine.
Les Haïtiens ont souvent quitté leur île
troublée dans l’espoir de trouver du travail
à l’étranger. Ceux qui arrivent à
Cuba ont de la chance. Recueillis par les garde-côtes,
ils sont amenés à l’un des quatre camps
de la Croix-Rouge installés le long du littoral sud-oriental,
où les attendent de confortables bâtiments en
bois et en maçonnerie. Après avoir décliné
leur identité, ils reçoivent des articles de
première nécessité tels que draps et
couvertures, puis bénéficient d’une visite
médicale — parfois la première de leur
existence. Enfin, le HCR les rapatrie. Poussés par
le désespoir, beaucoup feront d’autres tentatives,
risquant à chaque fois leur vie.
Toute l’histoire de la Croix-Rouge cubaine, qui fête
cette année son 90e anniversaire, est émaillée
de crises et d’événements douloureux.
Avant la Révolution de 1959, elle fournissait des services
de santé vitaux aux plus démunis. Depuis, ceux-ci
sont assurés gratuitement à tous les citoyens
du pays, aussi la Société nationale a-t-elle
dû trouver de nouveaux domaines d’activité.
Pendant longtemps, elle a prodigué les premiers secours
lors de meetings révolutionnaires qui attiraient souvent
plusieurs centaines de milliers de personnes, tout en concentrant
ses effort sur les tâches plus traditionnelles comme
la sécurité en mer, les programmes de jeunesse
et les interventions d’urgence. Et, graduellement, elle
a fini par assumer l’essentiel des services d’am-
bulances du pays avant de s’engager dans d’autres
voies encore, suite à une analyse approfondie du travail
accompli par les Sociétés nationales occidentales
et afin de répondre aux défis de la “période
spéciale”.
“Les temps étaient difficiles et nos membres
man- quaient de motivation, explique Luis Foyo Ceballos, secrétaire
général de l’organisation. Pour remobiliser
les gens, il nous fallait donc trouver un créneau négligé
par les pouvoirs publics.”
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