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Les bandits ont tué ma mère et mes frères", raconte Alfredo
à Neil Boothby, du Committee for Refugees des Etats-Unis. "Ils
m'ont emmené à leur camp de base et m'ont donné un fusil. Le
chef m'a montré comment m'en servir. Il me battait... si j'avais
un fusil, c'était pour tuer. J'ai tué des soldats et d'autres
gens. Je n'aimais pas ça."
Après un conflit armé, les enfants ont besoin d'un
soutien psychologique et matériel sans faille. A ceux qui ont
participé aux hostilités, il est indispensable de fournir
des conseils et une assistance en vue de leur éventuelle
réintégration au sein de leur famille et de leur
communauté. Toutefois, il peut s'avérer contre-productif de
les entourer de trop d'attentions. Le personnel de la
Croix-Rouge du Mozambique l'a rapidement compris, au lendemain
d'un accord de paix qui mettait un terme à 16 années de
guerre civile.
Une approche communautaire
"Journalistes, psychiatres et autres spécialistes
occidentaux étaient venus en masse se pencher sur le cas d'un
groupe d'anciens enfants-soldats recueillis dans une
institution", raconte Frieda Draisma, chef des programmes
sociaux de la Société nationale à Maputo. "Ces jeunes
gens, déjà traumatisés, ont eu le sentiment qu'on les
regardait comme des bêtes curieuses, ce qui n'a rien fait
pour arranger leurs problèmes."
Cette expérience négative a incité la Croix-Rouge, le
ministère de l'Education et le ministère de la Coordination
de l'action sociale à réviser leurs programmes de
réhabilitation en faveur des enfants éprouvés par la
guerre. Ils ont jugé que le meilleur moyen d'éviter qu'ils
ne soient stigmatisés ou marginalisés consistait à
faciliter leur réintégration au sein de leur famille et de
leur communauté.
Pour ce faire, on a adopté une approche communautaire faisant
intervenir les chefs de villages et les autorités religieuses,
les enseignants, les guérisseurs traditionnels et les volontaires
de la Croix-Rouge. Les guérisseurs ont joué un rôle crucial
dans le processus de réinsertion. Considérés comme des intermédiaires
entre la collectivité et ses esprits protecteurs, ils ont
organisé des cérémonies de purification afin de libérer les
enfants de leur douloureux passé. Les chefs religieux ont
eux aussi grandement favorisé la réconciliation communautaire
en permettant aux enfants de soulager leur conscience en présence
de la congrégation ou devant des groupes de dignitaires.
La guerre ayant entraîné le déplacement de millions
d'habitants, la tâche à accomplir était colossale. En
mettant sur pied une énorme opération de recherche, la
Société nationale, le CICR, le gouvernement et diverses
organisations non gouvernementales sont parvenus à retrouver
et à réunir à leurs familles des dizaines de milliers
d'enfants traumatisés par le conflit.
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Quelle protection internationale?
Malgré la récente adoption d'un Protocole facultatif à
la Convention des Nations unies sur les droits de l'enfant qui
fixe des conditions à la participation au combat des
adolescents, il n'y a guère de chances que cesse bientôt le
recrutement forcé d'enfants-soldats dans les mouvements
d'opposition, ni même dans certaines armées régulières. La
Sierra Leone, l'Angola, la Colombie et l'Afghanistan ne sont
que quelques-uns des nombreux pays où l'on ne se soucie
guère de respecter la limite d'âge de 15 ans, en dessous de
laquelle toute participation active à un conflit armé est en
principe proscrite. L'expérience a amplement prouvé que les
jeunes conscrits des deux sexes sont couramment torturés,
battus, soumis à des entraînements de choc et poussés à
commettre des atrocités - y compris contre leur propre
famille - afin de les conditionner au combat. Dans ce même
but, beaucoup sont systématiquement drogués avant la
bataille. D'autres servent de porteurs, de cuisiniers, de
messagers ou d'espions. Les violences sexuelles à leur
encontre sont également monnaie courante. Pourtant, les
articles 38 et 39 de la Convention des Nations unies sur les
droits de l'enfant, ainsi que 25 articles des Conventions de
Genève et de leurs deux Protocoles additionnels de 1977
garantissent en principe une protection spéciale aux enfants
en temps de guerre...
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La guérison par le jeu
Conscients que le rire et le jeu de rôles sont deux éléments essentiels
de tout processus de guérison, les travailleurs sociaux de
la Croix-Rouge du Mozambique ont mis sur pied en 1993 un important
programme baptisé Brincar Curando (Guérir en jouant).
L'idée était simple: permettre aux enfants affectés par la
guerre et la violence de retrouver la confiance et l'estime
de soi par le biais de jeux et autres activités de groupe.
Pour atteindre cet objectif, tous les moyens étaient bons - danse, théâtre,
spectacles de marionnettes, dessin, ré-cits, sports et jeux.
On a même écrit un livre spécialement pour le projet. Intitulé
O Macaquinho Zangado (Le petit singe furieux), il raconte
l'histoire d'un jeune macaque résolu à ne jamais montrer sa
peur aux autres. Il rêve d'être un lion, ce noble animal qui
semble ne craindre rien ni personne. Un jour, pourtant, il
découvre que le lion, lui aussi, a parfois peur. Le lion lui
explique que la peur est comme une maladie qui doit être vaincue.
Dès lors, le jeune singe parvient à surmonter sa terreur et
devient ami avec ses compagnons.
Le programme de réhabilitation a été lancé tout d'abord dans six
provinces, puis étendu ultérieurement à d'autres régions. Des
volontaires de la Croix-Rouge, au nombre desquels se trouvaient d'anciens
enfants-soldats, ont été initiés aux principes et méthodes de travail du
projet. Ils ont ensuite mis sur pied diverses activités qui se sont
avérées bénéfiques aussi bien pour eux que pour les autres participants.
Au vu du succès du programme, la limite d'âge de ces derniers,
initialement fixée à 12 ans, a été relevée de façon à en faire
profiter également les adolescents. Les membres de la famille, les
guérisseurs traditionnels et les chefs religieux et communautaires ont
été associés aussi étroitement que possible aux activités.
Patience et longueur de temps...
Mais les résultats ont parfois été longs à venir. Rosa, jeune mère
de famille et instructrice dans le cadre du projet, a connu de sérieuses
difficultés avec un garçon de 10 ans profondément traumatisé par la
guerre. "Il était agressif et battait les plus petits, raconte-t-elle.
Lorsque nous l'interrogions, il était incapable d'expliquer pourquoi il
agissait ainsi. En présence des autres, il était impossible de lui parler,
mais, dès qu'il était seul, je m'efforçais de nouer le contact. Au
début, il se défilait à chaque fois. Alors, j'allais chercher un peu de
nourriture et je l'appelais à nouveau. Il a fallu un mois pour qu'il
commence à me faire confiance."
Dans un rapport destiné à l'ONU, Graça Machel, ex-Première Dame du
Mozambique, dénonce avec virulence l'impact de la guerre sur les enfants.
"La guerre, écrit-elle, viole tous les droits de l'enfant: le droit à
la vie, le droit à vivre au sein de sa famille et de sa communauté, le
droit à la santé, le droit au développement de la personnalité, le droit
à l'éducation et à la protection."
Avec la signature de l'accord de paix de 1992, le Mozambique a tourné le
dos à un conflit qui avait violé tous ces droits et en avait fait le pays
le plus pauvre de la planète. Aujourd'hui, après huit ans de paix et de
progrès économique, il est un véritable modèle pour le continent
africain. Et, surtout, il s'est doté de politiques qui garantissent le
bien-être des enfants et reconnaissent leurs droits en temps de paix comme
en temps de guerre.
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