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Notre année des volontaires
par Jean Milligan

Le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge rassemble quelque 97 millions de membres et de volontaires.

Il y a quatre ans, la 52e Assemblée générale des Nations unies a décrété l'année 2001 Année internationale des volontaires.
C'est pourquoi la prochaine édition du Rapport sur les catastrophes dans le monde leur consacre tout un chapitre. Nous vous en proposons ci-dessous un extrait qui met en évidence l'expérience japonaise après le tremblement de terre de Kobe.

L'étude des actions entreprises par les volontaires lors de catastrophes naturelles est riche d'enseignements - et leur contribution va bien au-delà de la seule reconstruction de leur propre communauté. Dans ces circonstances, la mobilisation est tantôt organisée, tantôt totalement spontanée. Les volontaires peuvent venir aussi bien du lieu où s'est produite la catastrophe que de l'étranger. Ils peuvent être eux-mêmes sinistrés et jouer néanmoins un rôle crucial dans le cadre des opérations de secours tant nationales qu'internationales. Ils sont souvent les premiers à intervenir et les derniers à s'en aller, assurant ainsi la continuité des efforts de relèvement.

Au Japon, les leçons tirées du tremblement de terre dévastateur de 1995 à Kobe ont incité le gouvernement à s'intéresser et à s'associer de très près à cette Année internationale des volontaires. De fait, le gouvernement japonais est l'un des 122 sponsors principaux de cet événement.

Le défi du volontariat

Astrid Heiberg, présidente de la Fédération internationale, a assisté, aux côtés de nombreux autres représentants du Mouvement, à la Conférence mondiale sur les volontaires tenue en janvier 2001 à Amsterdam. Ci-dessous, un extrait du discours qu'elle a prononcé à cette occasion.

"Le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge regroupe le plus grand réseau de volontaires du monde. Nous avons une longue et solide tradition de volontariat. Comment se fait-il alors que nous ayons aujourd'hui des difficultés à recruter et à garder nos volontaires? La réponse n'est pas simple, d'autant que les raisons varient selon les régions. Toutefois, on peut dégager quelques éléments généraux d'explication.

 
  "Premièrement, le concept du volontariat a évolué.
Le nombre des organisations faisant appel au volontariat s'est multiplié et beaucoup d'entre elles sont plus petites, plus modernes et plus spécialisées que nous ne le sommes.
Les volontaires eux-mêmes sont devenus plus exigeants quant aux tâches et responsabilités qui leur sont confiées, ainsi que pour l'appui qui leur est fourni - et ils n'hésitent pas à quitter une organisation qui ne les soutient pas suffisamment. Dans beaucoup
de pays, on observe un vieillissement global de la population, qui en outre se concentre de plus en plus dans les agglomérations urbaines. Pour les organisations qui ont une vieille tradition de volontariat, il n'est pas facile de s'adapter à ces changements.
Les méthodes de recrutement, d'organisation, de fidélisation des volontaires ont progressé de façon spectaculaire, donnant le jour à une nouvelle discipline - la gestion des volontaires - et à une nouvelle catégorie professionnelle spécialisée dans cette même branche. Là encore, cette mutation est plus difficile à intégrer pour des institutions établies de longue date que pour les jeunes organisations. Enfin, les besoins eux aussi ont changé et nous devons adapter en conséquence nos modes d'intervention et de réaction.

"Deuxièmement, le Mouvement évolue également. Au cours des dernières décennies, nous avons accru le professionnalisme de nos organisations en renforçant nos effectifs et en introduisant des systèmes de gestion et de gouvernance plus élaborés. Mais, trop souvent, nous avons un peu perdu de vue le fait que le personnel est là pour favoriser et faciliter le travail des volontaires - et non pas l'inverse. Simultanément, nous tendons à décentraliser notre action, ce qui, parfois, met au jour la faiblesse de nos structures locales.

"Troisièmement, il existe de notables différences internes, structurelles et régionales au sein de notre Mouvement. Nous devons nous appuyer sur la culture et les traditions locales. Par le passé, nous n'avons pas attaché suffisamment d'attention au fait que le concept du volontariat diffère selon les régions. Au sein même des pays riches, il existe deux grands courants. En Europe occidentale, le volontariat va traditionnellement de pair avec l'appartenance à une organisation, dont les membres s'organisent entre eux dans le cadre de branches locales dotées de structures démocratiques et autogérées. C'est cette tradition qui a le plus fortement influencé la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge. En Amérique du Nord, le concept est totalement différent et se fonde sur le principe de la "prestation de service".
Les organisations sont constituées pour accomplir une tâche précise et recrutent et organisent des volontaires à cet effet. Elles créent à leur intention des postes attrayants qui sont pourvus par recrutement, et elles gèrent leurs volontaires comme des employés non rémunérés. Cette formule est appliquée par la Croix-Rouge américaine et par quelques autres Sociétés nationales.

"Quel que soit le système pratiqué, il doit être adapté au contexte local, y compris aux volontaires eux-mêmes. Il nous incombe de faire en sorte que nos structures et nos collaborateurs donnent à tous ceux qui travaillent au plan local et sur une base bénévole les moyens de le faire avec un maximum d'efficacité."

Effet bénéfique de la tragédie de Kobe en 1995: la culture du volontariat s'est solidement implantée au Japon.


Les leçons de Kobe

En 1995, un séisme d'une magnitude de 7,2 sur l'échelle de Richter a ravagé une grande partie de la ville portuaire de Kobe, au Japon, faisant 6400 morts et des dommages évalués à US$ 100 milliards. "Cette tragédie aura eu au moins un effet positif, en suscitant dans tout le pays une vague de solidarité sans précédent qui a fait de 1995 une sorte d'année des volontaires officieuse au Japon", note Aki Okabe, de la Fondation Ohdake. Selon les autorités, plus d'un million de citoyens auraient en effet spontanément offert bénévolement leurs services dans les deux mois qui ont suivi la catastrophe.

Bien que le risque sismique soit connu depuis longtemps au Japon, on avait jusqu'alors très peu investi dans la préparation. Lorsque la terre a tremblé à Kobe, routes et bâtiments se sont affaissés, et les plans d'intervention des pouvoirs publics n'étaient pas du tout adaptés à la gravité de la situation. Rapidement, de jeunes volontaires se sont présentés en grand nombre pour offrir leur aide. Quoique inexpérimentés, ils se sont révélés très efficaces, sauvant de nombreuses vies, aménageant des abris, distribuant des fournitures médicales et des vivres dans les quartiers sinistrés.

Pourtant, les autorités n'ont guère encouragé leur contribution. Des chiens de sauvetage européens ont été purement et simplement mis à la fourrière et des médecins américains bénévoles refoulés parce qu'ils n'avaient pas de titres les autorisant à exercer au Japon. Un rapport publié par l'UCJG-Kobe cite le cas édifiant de deux femmes de l'hôpital central de la ville qui avaient demandé aux autorités de mettre à leur disposition dix volontaires pour approvisionner l'établissement en eau. La corvée d'eau, avaient-elles expliqué, détournait des infirmières qualifiées de tâches médicales pressantes. Les fonctionnaires les ont éconduites, puis, lorsqu'elles se sont présentées une seconde fois pour demander de l'aide, les ont invitées à formuler leur requête par écrit. De même, les autorités ont refusé les services de plombiers et électriciens japonais bénévoles au motif qu'ils n'étaient pas habilités à travailler dans la préfecture de Kobe. Un an plus tard, toutefois, on a fait appel à eux parce que la reconstruction menaçait de s'éterniser.

L'aube d'une ère nouvelle

La mobilisation des volontaires à Kobe a eu un impact profond sur la société japonaise. Face aux trop nombreux exemples de l'incurie bureaucratique et à l'incapacité manifeste du gouvernement à maîtriser la situation, l'efficacité des secours bénévoles a ouvert la voie à une ère d'engagement civique sans précédent au Japon. Une législation a été rapidement passée afin de faciliter le développement de ce secteur encore embryonnaire et de nouvelles organisations s'appuyant sur les services de volontaires ont été constituées en vue d'agir dans les domaines sociaux, politiques et économiques les plus variés, y compris la préparation aux catastrophes.

Les enseignements de la tragédie de Kobe sont multiples, mais l'un des plus importants est la prise de conscience du rôle crucial des volontaires dans les situations d'urgence. Au lendemain du passage de l'ouragan Mitch en Amérique centrale, en 1998, leur mobilisation spontanée et massive a une fois de plus permis de sauver de nombreuses vies. "Sans eux, souligne Iain Logan, de la Fédération internationale, les efforts de recherche et de sauvetage de la Croix-Rouge seraient restés très limités."

Jean Milligan
Rédactrice indépendante résidant à Genève.


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