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Attachez vos ceintures!
par Andy McElroy

Les accidents de la route constituent l'une des plus terribles "catastrophes silencieuses" du monde.

Dans les pays en développement, les accidents de la circulation tuent en masse et causent de véritables ravages sociaux. Ce phénomène est désormais considéré comme une véritable crise, au point de susciter des actions individuelles et collectives radicales.

L'histoire de Sonya Maruti présente toutes les caractéristiques d'un classique de Bollywood, y compris un scénario des plus improbables. Chaque soir, le "Bon samaritain" quitte discrètement le domicile familial pendant que sa femme et ses enfants sommeillent. Il s'installe aux commandes de son rickshaw pour une patrouille nocturne à la recherche des victimes laissées pour mortes à la suite d'un des innombrables accidents de la route qui frappent son district.

À ce jour, Sonya a ainsi sauvé plus de 300 vies en neuf ans d'activité dans l'agglomération de Panvel et dans ses environs. Chaque vie sauvée lui vaut, outre l'éternelle gratitude de l'intéressé et de ses proches, une prime de 25 cents offerte par la police locale en témoignage de reconnaissance pour le service rendu à la communauté.

Sonya a commencé sa mission en 1992, après avoir repéré durant son travail deux personnes inconscientes et gravement blessées dans leur voiture accidentée. "De nombreux véhicules passaient, mais aucun ne s'arrêtait. Je suis descendu de mon rickshaw, j'ai chargé les deux victimes à bord et les ai amenées à l'hôpital. Elles ont survécu."

Des années d'expérience lui ont appris quelles sont les routes les plus dangereuses et quels sont les meilleurs itinéraires pour se rendre à la plus proche clinique. "Il y a des accidents chaque nuit et les principaux responsables en sont les chauffeurs de camions", poursuit-il. "Ils font de nombreuses victimes, quand ils ne sont pas eux-mêmes blessés ou morts."

La police locale apprécie pleinement son formidable travail. "Les ambulances prennent souvent beaucoup de temps pour parvenir sur les lieux d'un accident, explique l'inspecteur principal Ashok Gaikwad. Avant qu'elles arrivent, Sonya a eu le temps d'alerter la police et de transporter les blessés à l'hôpital."
Après sa tournée nocturne, Sonya prend quelques heures de repos, puis retourne à son travail de conducteur de rickshaw pour assurer la subsistance de sa famille. Ses exploits sont dignes des meilleures fictions cinématographiques et, mieux que ces dernières, ils sont réels!

Hélas, si l'Inde ne se mobilise pas avec la plus grande énergie dans la lutte contre les accidents de la route, près de 85 000 personnes mourront en 2001 sur les grandes voies de communication du pays, quoi que puissent faire Sonya Maruti et d'autres citoyens animés du même esprit communautaire. Jusqu'à présent, toutefois, cette véritable catas-trophe nationale ne soulève que peu d'intérêt, alors qu'elle pourrait entraîner un bilan plus de trois fois supérieur à celui du terrible séisme du Gujarat, qui a suscité une intervention massive.

 

Et la situation s'aggrave rapidement avec la multiplication des véhicules motorisés. On pourrait penser que la sécurité routière ne représente pas une priorité essentielle en matière de développement. Pourtant, avec des centaines de milliers de morts et des millions de blessés, les accidents de la route constituent l'une des plus terribles 'catastrophes silencieuses' du monde. Dans les pays en développement, les victimes de ces événements occupent jusqu'à 10 pour 100 des lits dans des hôpitaux déjà surchargés - soit dix fois plus qu'au Royaume-Uni - et on estime que ces mêmes accidents coûtent l'équivalent de 1,5 pour 100 du produit intérieur brut moyen. Au total, cela représente chaque année plus de 60 milliards de dollars, soit davantage que le montant global de l'aide au développement.

En outre, les accidents de la circulation touchent souvent les personnes qui assurent la subsistance de la famille, ce qui contribue à accroître la misère so-ciale. "La sécurité routière est un enjeu énorme en termes humains, économiques et sociaux", souligne James D. Wolfensohn, président de la Banque mondiale. "C'est également un gros problème en termes d'équité, car les accidents affectent tout particulièrement les plus pauvres."

Il y a deux ans, la Banque mondiale a lancé le Partenariat mondial pour la sécurité routière (Global Road Safety Partnership - GRSP) qui vise à rassembler les forces du monde des affaires, de la société civile et des gouvernements pour tenter de réduire le taux d'accidents dans les pays en développement et les économies en transition. La Fédération internationale s'est associée à cette initiative, qui s'est déjà traduite par divers projets dans une dizaine de pays.

Ian Heggie, qui préside cette alliance novatrice, juge les premiers résultats très encourageants. "Dans plusieurs pays, du Costa Rica au Vietnam, explique-t-il, nous avons mis en place des plates-formes efficaces qui soutiennent des projets durables, inspirés d'expériences concluantes et gérés par les collectivités locales. Forts des succès initiaux, nous allons maintenant nous employer à multiplier et à consolider les partenariats."

Ces mots sont réconfortants, étant donné l'urgente nécessité de protéger des gens comme Sonya Maruti et des centaines de millions d'autres usagers de la route. Des efforts ont été mis en œuvre en Inde, l'un des pays initialement visés par l'initiative de la Banque mondiale. Dans un premier temps, l'accent a été mis sur la ville de Bangalore, où le GRSP opère par le biais d'un partenariat local déjà en place - le Bangalore Agenda Task Force (BATF).

Dans le cadre d'une campagne de sécurité routière lancée en 2000, le BATF a démarré plusieurs projets, au nombre desquels la mobilisation de communautés locales pour créer des "zones de sécurité", une collaboration avec la police sur la question de l'alcool au volant et un programme d'amélioration des transports publics. "Ce sont là de modestes, mais solides débuts qui devraient contribuer à faire évoluer les mentalités de l'ensemble de la population", note Andrew Downing, conseiller du GRSP pour l'Inde.
La Fédération in-ternationale participe activement à l'initiative depuis son lancement. Outre qu'elle en héberge le secrétariat à son propre siège, elle contribue à l'expérience dans un domaine où elle a depuis longtemps fait ses preuves: les premiers secours. L'expérience de Sonya Maruti en Inde ne fait que confirmer l'importance vitale de ces services. "Le facteur temps est vital lorsqu'il s'agit de transporter un blessé dans un centre de soins spécialisés, souligne-t-il. J'ai moi-même recueilli des centaines d'accidentés dont la vie n'a été sauvée que parce qu'ils ont pu bénéficier d'une intervention médicale rapide."

Le Partenariat mondial pour la sécurité routière peut être contacté à l'adresse suivante: grsp@ifrc.org

 

Morts sur la route

Le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge est intimement concerné par la question de la sécurité routière. Entre 1985 et 1998, 43 employés et délégués du CICR sont morts dans des accidents de la circulation, beaucoup d'entre eux dans des pays en développement. Et, entre 1995 et 2000, neuf personnes ont péri dans des circonstances similaires alors qu'elles travaillaient pour le compte de Sociétés nationales ou de la Fédération.

Andy McElroy
Rédacteur, Fédération internationale.


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