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L'épreuve du feu
par Aleksandra Matijevic

  L'assistance aux victimes du conflit israélo-palestinien est une activité à haut risque. Croix-Rouge, Croissant-Rouge a demandé aux présidents du Croissant-Rouge palestinien et du Magen David Adom d'évoquer leurs conditions de travail.

 

Interview de Younis Al-Khatib, président du Croissant-Rouge palestinien

Pouvez-vous nous décrire les priorités et principales activités de votre organisation?
Depuis septembre 2000, le Croissant-Rouge palestinien a recentré ses efforts sur l'assistance aux victimes des violences. Toutefois, l'accès aux personnes nécessitant des soins médicaux est rendu très difficile par la présence de multiples barrages et les fermetures répétées des territoires. Pour tenter de relever le défi, nous avons plus que doublé le nombre de nos ambulances et de nos dispensaires de soins de santé primaires, dont l'équipement médical a été sensiblement renforcé.
Ce faisant, nous continuons de mettre en application les recommandations du Congrès national de notre organisation.

En outre, nous avons entrepris l'élaboration d'un plan national de préparation aux catastrophes et mené à bien la première évaluation des capacités de la Société nationale.

Nous avons également précisé le rôle du Croissant-Rouge dans les circonstances actuelles et développé ses ressources.

Un programme d'assistance psychosociale a été mis en place à l'intention de nos employés, qui travaillent dans des conditions très difficiles, et de leurs familles.

Votre mission est-elle bien comprise et respectée?
Le Croissant-Rouge palestinien opère depuis 35 ans dans des situations de conflit ou autres crises. Notre mission est bien connue dans la région. Certains pensent que notre action se limite au domaine médical, mais nous menons également des programmes de développement communautaire, d'aide sociale et de jeunesse. Nous jouissons d'un grand respect au sein de la communauté et de la part des autorités palestiniennes. Certes, la création d'un Etat palestinien contribuerait évidemment à la reconnaissance pleine et entière de notre Société nationale.

La prolifération des emblèmes utilisés par les services médicaux est un sérieux problème dans les territoires palestiniens. Que faites-vous pour promouvoir le respect des emblèmes de la croix et du croissant rouges?
L'existence de dispositions légales est une condition préalable à la lutte contre les usages abusifs des emblèmes. Quand le Croissant-Rouge palestinien a installé son siège dans les territoires en 1994, divers services médicaux utilisaient les emblèmes de manière non conforme à la règle, mais il n'existait aucune autorité habilitée à lutter contre les abus. La situation s'est encore aggravée avec la deuxième Intifada, qui a sensiblement accru le besoin de protection de la population. Récemment, le Croissant-Rouge palestinien et le CICR ont lancé une campagne de sensibilisation à l'emblème par le biais de la radio et de la télévision. En outre, des discussions sont en cours avec les autorités pour tenter d'empêcher la multiplication des emblèmes.

Bien que n'étant pas officiellement reconnue, la Société du Croissant-Rouge palestinien coopère avec les diverses composantes du Mouvement et avec le Magen David Adom. Quels sont à vos yeux les aspects les plus importants de cette collaboration?
Le Croissant-Rouge palestinien est profondément dévoué aux principes humanitaires du Mouvement et, à nos yeux, cet engagement est plus important que la reconnaissance officielle.

Depuis 1994, le CICR a joué un rôle déterminant dans la mise en place d'un service d'urgence médicale national grâce auquel nous sommes aujourd'hui en mesure de faire face à la crise. Le CICR a aussi considérablement facilité la circulation de nos ambulances. Plus de 70 pour 100 d'entre elles ont été endommagées par l'armée israélienne et 121 de nos employés ont été blessés dans le cadre de l'Intifada. Cela constitue de graves violations de la Quatrième Convention de Genève.

 

 

La Fédération internationale et de nombreuses Sociétés sœurs soutiennent nos efforts de développement institutionnel. Nous coopérons avec le Magen David Adom au nom de notre mission humanitaire commune et pour sauver des vies dans chaque camp. Nous avons administré des soins à des soldats et à des colons israéliens blessés, bien que nous les considérions comme des occupants.

Quelles sont les principales entraves actuelles à vos activités?
Le plus gros défi consiste à faire fonctionner une Société nationale privée de liberté de mouvement. Sans le dévouement de notre personnel et le soutien du CICR, nous ne pourrions pas travailler du tout. Le contrôle que les Israéliens exercent sur l'accès à nos patients, sur nos services médicaux et sur notre approvisionnement constitue la plus grosse entrave à nos activités.

Quel est votre plus grand espoir pour 2002?
Nous espérons tous la conclusion d'un accord de paix garantissant la dignité des Palestiniens et un avenir sûr pour les enfants tant palestiniens qu'israéliens.

Interview de Moshe Melloul, président du Magen David Adom

Vous êtes président du Magen David Adom depuis 1999. Quel a été selon vous le principal accomplissement de votre organisation durant cette période?
Notre grande force réside dans les services médicaux d'urgence, les services de sang et la formation médicale. Au cours des deux dernières années, nos équipes médicales ont affronté maintes difficultés liées à la situation actuelle. Elles ont fait de leur mieux pour répondre rapidement aux besoins et pour offrir des soins de qualité sans discrimination. Nos ambulances ont été endommagées et nous avons eu parfois à travailler sous le feu. En dépit des obstacles, nous avons sauvé de nombreuses vies. Je suis particulièrement fier de notre capacité à approvisionner rapidement en produits sanguins les hôpitaux.

Même dans les moments les plus difficiles, nous avons continué de coopérer avec le Croissant-Rouge palestinien. La bonne volonté manifestée de part et d'autre nous a permis de signer en décembre 2000 un mémorandum d'accord à Genève. Les deux organisations sont fidèles à leur engagement humanitaire, ce qui leur a valu de recevoir en octobre 2001 le Prix humanitaire de l'Université d'Oslo.

 

Quel est aujourd'hui le rôle socio-médical du Magen David Adom?
Notre organisation est principalement engagée dans les soins médicaux, les secours préhospitaliers et d'urgence, ainsi que les services de sang. Sur le plan social, elle n'occupe pas actuellement une place prépondérante, mais plusieurs projets sont à l'étude en vue de fournir une assistance aux personnes vulnérables et aux minorités. Nous menons des activités de diffusion auprès de l'armée israélienne et collaborons à un programme de formation au droit international humanitaire dans les écoles et les universités.

L'organisation du Magen David Adom n'est pas officiellement reconnue à ce jour, mais elle coopère avec certaines composantes du Mouvement. Pouvez-vous préciser lesquelles et la nature de cette coopération?
Avant septembre 2000, nous avions renforcé notre coopération avec le Croissant-Rouge palestinien et élaboré une série de projets communs avec des Sociétés nationales de pays voisins. Leur mise en œuvre est aujourd'hui suspendue à l'évolution de la situation politique.

Le Magen David Adom a fourni une aide humanitaire en Bosnie, en Erythrée, en Ethiopie, en Turquie et en Inde. Il a noué des contacts et formulé des projets avec diverses Sociétés nationales, soit bilatéralement soit par le truchement de la Fédération, dans des domaines tels que la recherche de personnes, les unités d'intervention d'urgence, les services de sang et la formation médicale. Avec la Croix-Rouge américaine, nous collaborons à des programmes de transplantation de moelle osseuse, de recherche de personnes et de diffusion du DIH.

Quelle est votre position sur le processus en cours visant à adopter un troisième Protocole additionnel aux Conventions de Genève et quelles en seraient les implications pour votre organisation?
En principe, le Magen David Adom comme l'État d'Israël sont favorables à l'adoption du troisième Protocole, avec toutefois certaines réserves qui ne devraient pas être insurmontables.

Le processus est quoi qu'il en soit aux mains des Etats parties. Dans l'intervalle, le Magen David Adom, la Fédération et le CICR doivent continuer de rechercher une solution qui nous permette d'être étroitement associés au Mouvement en attendant que la situation politique se débloque et n'aboutisse à la reconnaissance pleine et entière de notre organisation. Cette reconnaissance nous permettrait de faire bénéficier de nombreuses autres Sociétés nationales de notre expérience et de nos compétences et contribuerait par là-même à renforcer le Mouvement.

Quels sont les principaux défis actuels pour votre organisation?
Nous nous efforçons de faire face à l'augmentation des besoins consécutive au soulèvement, qui met à rude épreuve nos ressources. Dans le même temps, nous devons nous employer
à élargir l'éventail de nos activités afin d'aider nos concitoyens vulnérables, qu'ils soient juifs ou arabes. Enfin, nous voulons nous engager davantage dans les efforts internationaux de diffusion du DIH.

 
 

Quel est votre plus grand espoir pour 2002?
Mon principal souhait est que les choses s'améliorent pour les Palestiniens comme pour les Israéliens. J'espère aussi que le Magen David Adom sera accueilli à bras ouverts par le Mouvement. Enfin, je souhaiterais renforcer nos liens avec les Sociétés du Croissant-Rouge des pays voisins. Nous sommes prêts à coopérer et à nouer des amitiés avec chacune d'entre elles.

Propos recueillis le 24 janvier 2002 par Aleksandra Matijevic, responsable de la communication du CICR à Jérusalem.

Aleksandra Matijevic
Aleksandra Matijevic est responsable de la communication du CICR à Jérusalem.

 

Depuis la fin septembre 2000 au 21 mars 2002, trois membres du Croissant-Rouge palestinien (CRP) ont été tués et 126 volontaires et employés ont été blessés dans l'accomplissement de leur missions de premiers secours. Durant la même période, six membres du service des urgences du Magen David Adom (MDA) ont été blessés au cours d'interventions sanitaires.


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