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Premiers secours
Alex Wynter
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Durant les inondations de 2000 au Mozambique, les secouristes
ont administré les premiers secours aux blessés
et évité la propagation de maladies infectieuses
dans les camps de personnes déplacées. |
Les premiers secours ont toujours occupé
une place de premier plan dans les activités Croix-Rouge
et Croissant-Rouge. Afin de relever les défis humanitaires
du XXIe siècle, le Mouvement a entrepris de développer
et de moderniser ses services dans ce domaine.
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Les organisations de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
figurent parmi les très rares institutions dont les
emblèmes sont devenus les symboles quasiment universels
de l'activité avec laquelle le Mouvement est le plus
intimement associé: les premiers secours. Certaines
personnes peuvent avoir des doutes quant à la signification
exacte des emblèmes apposés sur un drapeau,
une porte ou un bâtiment, se demander s'ils signalent
une organisation ou s'ils indiquent simplement le statut d'un
lieu particulier. En revanche, peignez une croix ou un croissant
rouges sur une boîte en fer-blanc et tout le monde vous
dira: "C'est une trousse de premiers secours". "Les
premiers secours sont indissociables de notre culture et de
nos valeurs", souligne Alvaro Bermejo, médecin
et directeur du département de la santé de la
Fédération internationale. "Ils sont aussi
l'élément cardinal de nos services. Toutefois,
pour qu'ils prennent tout leur sens dans le monde actuel,
nous devons dépasser l'image "antiseptique et
pansements" qui leur est communément associée."
Peu de Sociétés nationales ont été
aussi brutalement sensibilisées à l'importance
des premiers secours que la Croix-Rouge du Nigeria, dont les
volontaires ont été confrontés la nuit
du 27 janvier à une situation d'apocalypse, suite à
l'explosion d'un dépôt de munitions à
Lagos. Pour reprendre les termes de Lyn Covey, responsable
du recrutement et de la formation à la section du Surrey
de la Croix-Rouge britannique et conseillère en premiers
secours auprès de la Croix-Rouge du Nigeria, la tragédie
de la caserne d'Ikeja a constitué une véritable
"encyclopédie des premiers secours en un seul
volume".
Autre aspect pathétique de cette catastrophe, la plupart
des victimes ont péri noyées dans un canal voisin
en tentant d'échapper à l'enfer des explosions
et des flammes. Le bilan s'est élevé à
plus de 1000 morts. Néanmoins, la Croix-Rouge du Nigeria
a connu son heure de gloire. "La Croix-Rouge était
la seule organisation présente sur les lieux",
a déclaré un rescapé à la BBC.
Le projet britannique au Nigeria vise à rendre la Société
nationale plus crédible dans le domaine de la formation
et à lui permettre de proposer des cours structurés
à des entreprises privées, les premiers secours
offrant de nos jours un potentiel non négligeable en
termes aussi bien d'image que de revenus.
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Production de revenus
Pour Stephen Claffey, responsable du projet Premiers secours
de la Fédération internationale, cette activité
revêt une importance cruciale pour le Mouvement. "L'Organisation
mondiale de la santé assure le leadership mondial pour
toutes les questions de santé et le Haut-Commissariat
des Nations unies pour les réfugiés assume un
rôle similaire dans son domaine de compétence.
De la même façon, affirme-t-il, les Sociétés
nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge sont identifiées,
à travers le monde entier, avec les premiers secours."
En 1999, l'Assemblée générale a adopté
une politique soulignant l'importance stratégique des
premiers secours tant pour le Mouvement que pour les communautés.
Le projet de la Fédération vise à faciliter
la mise en uvre de cette politique en encourageant les
échanges de compétences et la diffusion des
bonnes pratiques parmi les Sociétés nationales
et leurs partenaires et à rationaliser les activités
de premiers secours au sein de l'ensemble du Mouvement.
Alvaro Bermejo est très attentif au potentiel de production
de revenus que recèlent ces services, en particulier
pour les nombreuses Sociétés nationales qui
jouissent d'une position pratiquement inexpugnable dans le
domaine de la formation aux premiers secours. "Je me
souviens que, lorsque j'étais en Bolivie, sept des
neuf sections de la Société nationale tiraient
l'essentiel de leurs ressources de la formation aux premiers
secours." Ce potentiel a d'ailleurs été
mis en évidence dans la politique officielle de la
Fédération.
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La Croix-Rouge de Singapour a organisé un concours de
premiers secours dans les écoles afin de promouvoir cette
activité parmi la jeune génération.
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Dans maints pays du monde, la formation aux premiers secours
fait l'objet d'une concurrence féroce. Ainsi, en Australie,
on ne compte pas moins de 250 organismes engagés dans
cette activité. Néanmoins, à la fin de
l'an 2000, l'institut national du marketing a rendu hommage
à la Croix-Rouge australienne pour le succès
de ses efforts de rentabilisation commerciale dans ce domaine.
"Avec le concours de sponsors du secteur commercial,
nous avons mis en uvre une fructueuse campagne de promotion
de nos services et produits", explique Jim Carlton, à
l'époque secrétaire général de
la Société nationale.
Les spécialistes des premiers secours redoutent que
les instructeurs ne quittent le Mouvement en prenant conscience
de la valeur, dans le secteur privé, de leurs compétences.
Certains craignent aussi que le travail courant des sections
Croix-Rouge/Croissant-Rouge ne soit négligé
au profit de projets à vocation lucrative initiés
au niveau du siège des Sociétés nationales.
Dans l'ensemble, toutefois, on s'accorde à reconnaître
que ces dernières assurent un équilibre satisfaisant
et qu'elles mettent à profit des activités lucratives
pour financer d'autres services en faveur des communautés
vulnérables.
La Croix-Rouge du Danemark a apporté une contribution
sans équivalent à la cause des premiers secours
en formant plus d'un million d'individus à cette discipline
et en militant sans relâche pour imposer son enseignement
dans les écoles et dans le cadre de la préparation
au permis de conduire. Déterminée à faire
en sorte que chaque lieu de travail du pays compte au moins
un secouriste qualifié, la Société nationale
a réédité l'année dernière
son excellent CD-ROM interactif pour la formation des instructeurs
en premiers secours. "Nous envoyons ce CD gracieusement
à toutes les entreprises et appelons chacune d'entre
elles pour persuader les dirigeants d'organiser des cours
de formation pour leurs employés", explique Sven
Hedegaard, responsable des premiers secours.
Pour Stephen Claffey, la Journée régionale
des premiers secours constitue un élément important
de la promotion de cette activité. La prochaine édition
aura lieu le 7 septembre 2002. "Nous sommes sans cesse
remis en question par l'évolution des risques dans
nos milieux de vie, observe-t-il. Pour rester performants,
nous avons dû étendre nos services au-delà
des soins d'urgence et nous engager dans des efforts de prévention
et de préparation dans des contextes très divers."
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Sur les champs de bataille
Les premiers secours ont fait un long chemin depuis leurs
origines sur les champs de bataille des armées romaines
où, un siècle avant notre ère, les capsarii
prodiguaient des soins aux blessés. Chris Paul Giannou,
chirurgien en chef à la division de la santé
du CICR, n'a jamais été un médecin "ordinaire",
passant sans transition des études à un engagement
comme volontaire au sein du Croissant-Rouge palestinien -
une activité qu'il allait poursuivre pendant dix ans.
Il effectua sa première mission comme délégué
du CICR en 1990. Depuis, son travail l'a conduit successivement
en Somalie, au Cambodge, en Afghanistan, au Burundi, en Tchétchénie,
puis à Nairobi, en qualité de chirurgien responsable
de toute l'Afrique subsaharienne. Parallèlement, il
a assuré la coordination médicale de la campagne
pour l'interdiction des mines antipersonnel.
Pour le docteur Giannou, il n'y a guère de différence
entre les premiers secours civils et les premiers secours
militaires, même si le CICR a élaboré
certaines techniques spécifiques pour les soins aux
blessés de guerre. "Les médecins des champs
de bataille, affirme-t-il, ne font pas autre chose qu'administrer
des premiers secours. Depuis longtemps, d'ailleurs, nous employons
du personnel des Sociétés nationales pour former
les brancardiers militaires. Ces deux dernières années,
par exemple, nous avons procédé ainsi en République
démocratique du Congo et en Ouganda." Dans le
cadre du programme en cours en République démocratique
du Congo, la Société nationale aura bientôt
initié quelque 2500 médecins militaires, non
seulement au traitement et à l'évacuation des
blessés de guerre, mais aussi - et surtout - aux droits
et devoirs associés au port de brassards marqués
de l'emblème de la croix rouge.
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Secouriste de Magen David Adom sur les lieux d'un Attentat-suicide
à Jerusalem (27 janvier 2002) |
L'épreuve
de la violence
Les récentes flambées de violence en Israël
et dans les Territoires palestiniens ont constitué
pour les compétences et le mental des secouristes des
deux bords un terrain d'expérience particulièrement
âpre, au point de faire apparaître presque banales
les difficultés rencontrées par le personnel
paramédical sur un champ de bataille conventionnel.
Au début du mois d'avril, deux médecins du Croissant-Rouge
palestinien ont été tués et plusieurs
autres ont été blessés. Durant la même
période, 28 employés de l'organisation ont été
détenus par l'armée israélienne.
"Les récents événements ont eu
un impact profond sur l'équilibre mental de nos collaborateurs",
confirme un représentant du Croissant-Rouge palestinien
à Ramallah. "Aux problèmes inhérents
à leurs tâches est venu s'ajouter le stress provoqué
par les longues attentes aux postes de contrôle, par
les violences verbales et physiques de la part des soldats
et par la frustration de ne pas pouvoir secourir librement
les victimes. Dans de nombreux cas, des malades et des blessés
sont décédés à bord des ambulances."
Pour aider ses ambulanciers, la Société nationale
a mis en place des services de soutien psychologique qu'elle
espère bientôt renforcer et étendre aux
membres de leurs familles. Selon le docteur Wael Qadan, chef
du service médical d'urgence, près de 90 pour
100 des appels provenant des villages de Cisjordanie sont
restés sans suite parce que les véhicules de
l'organisation n'ont pas pu se rendre sur place. "La
plupart des villages étaient bloqués par des
monticules de terre et les énormes tensions subies
par le personnel ont eu un impact négatif sur l'efficacité
de tout le système, souligne-t-il. Tous nos employés
opéraient dans un contexte à haut risque."
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Avec l'attaque du camp de réfugiés de Jénine,
la tâche des secouristes est devenue plus éprouvante
encore. Après des journées interminables à
attendre de pouvoir accéder aux blessés, ils
se sont livrés à une frénétique
course contre la montre dans une ville totalement dévastée
pour localiser les rescapés et pour évacuer,
afin d'éviter les épidémies, les corps
enfouis dans les décombres.
Du côté du Magen David Adom israélien,
qui assure l'essentiel des services ambulanciers du pays,
le climat n'était pas plus favorable. Le personnel
devait opérer sous la menace quasi permanente d'attentats-suicides,
intervenir dans les instants qui suivaient ces tragédies
parmi des corps déchiquetés et des foules hystériques,
prendre des décisions cruciales dans une extrême
urgence. Parfois, les employés de l'organisation se
trouvaient eux aussi sur la ligne de feu. En mars, un individu
s'est fait exploser avec sa bombe dans un poste d'ambulances
d'Efrat, une implantation juive située au sud de Bethléem,
blessant cruellement un volontaire du Magen David Adom qui
avait tenté de s'interposer.
Pour Yoni Yagodovsky, qui dirige la branche de Jérusalem,
le stress du personnel, exposé à d'atroces tragédies
impliquant parfois des enfants et des bébés,
est toutefois atténué par leur conscience de
remplir une mission, le sentiment d'être "utiles
à quelque chose". Tel Aviv et Jérusalem
ont également été transformés
en terrains d'expérimentation de ce qu'on pourrait
appeler "les premiers secours de l'extrême".
"À plusieurs reprises, note Yagodovsky, nous avons
soigné et sauvé des blessés graves ou
des individus mutilés qui, en toute autre circonstance,
auraient été tenus pour morts."
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Des secouristes du Croissant-Rouge palestinien
amènent à l'hôpital de Ramallah un jeune
blessé (25 janvier 2002). |
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Oser agir
Les premiers secours sont aussi vieux que
la Croix-Rouge elle-même. Pro-fondément enracinés
dans son passé, ils en tracent aussi l'avenir. Cette
discipline a dû s'adapter au développement spectaculaire
de la santé et de l'assistance à la communauté,
évoluer avec les modes et conditions d'existence, assimiler
des concepts et défis nouveaux comme les soins psychologiques,
le VIH/sida et les maladies résurgentes. Aujourd'hui,
son champ d'application ne se limite pas à la blessure,
mais englobe aussi le blessé.
Rose Kinuka, responsable de la mobilisation
sociale à la Croix-Rouge de l'Ouganda, est bien placée
pour mesurer cette évolution. L'année dernière,
les milliers de volontaires de sa Société nationale
ont joué un rôle déterminant pour le succès
d'une vaste campagne d'immunisation contre la rougeole. Tous
n'avaient pas reçu une formation aux premiers secours,
mais ceux qui en avaient bénéficié se
sont révélés "doublement utiles",
affirme-t-elle.
Traditionnellement, cette discipline est
associée à l'application de pansements et à
la distribution de couvertures. De plus en plus, cependant,
elle évolue vers un concept plus large d'assistance,
intégrant à la fois des soins physiques et un
soutien psychologique. Après le séisme qui a ravagé
le Salvador l'année dernière, les équipes
de soutien psychologique de la Croix-Rouge ont été
confrontées à des sinistrés qui se disaient
traumatisés par leur propre impuissance autant que par
la catastrophe, ayant manqué de la confiance nécessaire
pour agir. "Les enfants les plus âgés, en
particulier, étaient rongés par la culpabilité",
rapporte Paul Keen, responsable d'un projet de la Fédération
au Salvador. "Au Nicaragua, où l'impact de l'ouragan
Mitch reste vivace, la Croix-Rouge s'efforce d'aider des écoliers
à surmonter ce problème. Les enfants se souviennent
de la terreur éprouvée quand leur village a été
englouti dans un glissement de terrain. Dans le cadre d'un cours
de premiers secours destiné aux enseignants et aux élèves,
l'école procède à des exercices de simulation
de tremblement de terre, les enfants les plus âgés
assurant les soins et supervisant l'évacuation de leurs
camarades." |
| Au
Swaziland, la Croix-Rouge a toujours été regardée
comme la première organisation du royaume dans le do-maine
des premiers secours. Aujourd'hui, elle met à profit
cette réputation. "Les chiffres les plus récents
indiquent que nos cours de premiers secours payants assurent
12 pour 100 du total de nos revenus nationaux", note Khanya
Mabuza, secrétaire général. "Et, au
niveau local, cette proportion peut atteindre jusqu'à
70 pour 100." Par ailleurs, les premiers secours constituent
la meilleure filière de l'organisation pour le recrutement
des volontaires. Comme les autres Sociétés nationales
d'Afrique australe, où les taux de contamination par
le VIH figurent parmi les plus élevés au monde,
la Croix-Rouge du Swaziland a eu soin d'incorporer la sensibilisation
au sida dans ses programmes de premiers secours. "Bien
entendu, poursuit le secrétaire général,
beaucoup de nos secouristes s'inquiétaient des risques
d'infection que pouvaient comporter des techniques comme le
bouche-à-bouche, aussi avons-nous attaché une
attention particulière à l'information sur les
modes de transmission du virus." |
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Activités de premiers secours
Ci-dessous, une liste succincte des multiples produits et
services de premiers secours offerts à travers le monde
par les Sociétés nationales.
- Secours d'urgence en cas d'accident
- Administration de postes de premiers secours lors de manifestations
de masse
- Assistance aux randonneurs et aux campeurs
- Surveillance des lieux de baignade
- Information et sensibilisation des personnes âgées
(prévention des chutes)
- Soins aux animaux domestiques
- Conseils aux baby-sitters
- Promotion de modes de vie sains
- Premiers secours aux agriculteurs
- Formation aux premiers secours pour les handicapés
physiques et mentaux
- Formation aux premiers secours dans les écoles
- Sécurité sur les lieux de travail
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Les vies secrètes des femmes secouristes
du régime taliban
Aussitôt après la chute des talibans, on a découvert
que, tout au long de leur brutal régime, de nombreuses
femmes afghanes n'avaient cessé, au prix d'efforts
souvent héroïques, de lutter pour maintenir des
conditions d'existence normales. En secret, elles se réunissaient
pour éduquer les enfants et, grâce au courage
d'un volontaire du Croissant-Rouge, elles s'initiaient aux
techniques des premiers secours.
Deux incidents avaient durablement marqué Mohamad
Anwar, responsable des premiers secours communautaires. En
1999, âgé de 24 ans mais secouriste déjà
chevronné, il avait été le témoin
d'un grave accident de la circulation. "J'ai arrêté
ma moto et me suis précipité vers la voiture
accidentée, raconte-t-il. Une femme gisait sur la banquette
arrière, du sang coulant de sa tête à
travers sa burkha bleue. Autour du véhicule, des talibans
repoussaient tous ceux qui voulaient s'approcher. J'ai tenté
de les convaincre de me laisser intervenir, mais ils s'obstinaient
à me répéter que c'était contre
les règles. Ils m'ont dit que, si je trouvais une femme
pour s'occuper de la blessée, ils ne s'y opposeraient
pas. Sinon, je n'avais qu'à m'en aller."
Mohamad s'est remis en route, rongé par l'inquiétude.
"Je pensais que cette femme allait mourir, alors qu'elle
aurait pu être sauvée si une secouriste s'était
trouvée sur place. Une vie de femme avait-elle moins
de valeur qu'une vie d'homme? Je crois que ces hommes ont
oublié qu'ils ont une mère, qu'ils sont nés
d'une femme."
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Deux ans après sa formation clandestine
aux premiers secours, Malaka, volontaire du Croissant-Rouge
afghan, peut enfin exhiber fièrement son diplôme
et sa carte d'identité.
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Peu de temps après, Mohamad a rencontré des
volontaires d'un village proche de Kaboul où, la nuit
précédente, une femme était morte en
couches. Les hommes n'avaient rien pu faire.
Ce deuxième drame a fait déborder la coupe:
il fallait que les choses changent. Mohamad a donc mis sur
pied des cours clandestins de formation aux premiers secours
pour des femmes.
En décembre 1999, il avait initié aux techniques
de base un premier groupe de 25 participantes.
Dès la chute du régime taliban, le Croissant-Rouge
a relancé cette activité au grand jour.
En ce moment, près de 60 femmes suivent des cours
de formation de base à Kaboul et à Mazar-i-Sharif,
et d'autres sont en préparation. Les participantes
sont des enseignantes qui transmet-tront bientôt leur
savoir à leurs élèves, les écoles
de filles devant enfin rouvrir leurs portes, pour la première
fois depuis 1996.
Dans l'intervalle, les femmes formées dans la clandestinité
ont reçu un diplôme amplement mérité.
Malaka, 35 ans, raconte qu'elle n'a pas hésité
un instant, en dépit des risques, à s'engager
dans cette entreprise. "Pour nous toutes, ces diplômes
représentent beaucoup, déclare-t-elle. Si on
veut influer sur les habitudes de vie des gens, il est important
de pouvoir leur montrer qu'on sait de quoi on parle."
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La Croix-Rouge finlandaise est l'une
des quinze Sociétés nationales d'Europe actuellement
engagées dans une vaste campagne de sécurité
routière. Celle-ci met l'accent sur l'importance des
premiers secours tant pour prévenir les accidents que
pour réduire le nombre des morts et des invalides.
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Une assistance multiforme
Pyhäjoki est une bourgade côtière de près
de 4000 âmes située dans l'extrême-nord
de la Finlande. Au milieu des années 1990, il fallait
aux ambulances plus de 20 minutes pour parvenir sur place
et les patients recevaient rarement des soins avant le retour
au centre médical, distant d'une bonne trentaine de
kilomètres. Pour tous les habitants, cette situation
était profondément insatisfaisante, aussi la
section locale de la Croix-Rouge entreprit-elle de constituer
une brigade locale de premiers secours en coopération
avec les services du feu et du sauvetage en mer. "Le
but était de pouvoir administrer des soins vitaux en
cas d'urgence, de préparer les patients en vue de leur
transport en ambulance et d'aider le personnel paramédical",
rapporte Leena Kamaraïnen, membre de la Croix-Rouge.
Un an plus tard, la situation avait changé de manière
radicale. "Quand les gens ont pris conscience des services
fournis par la Croix-Rouge, poursuit Leena, chacun a voulu
apporter sa contribution, soit par des dons ponctuels, soit
en payant une cotisation. En un rien de temps, le nombre de
nos membres a doublé."
À travers la formation comme dans la pratique, le
Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge aspire à
donner à chacun la confiance nécessaire pour
agir - et sauver des vies. En cette époque où
les risques semblent augmenter plutôt que décroître
et où les conditions d'existence changent à
un rythme frénétique, il doit pour cela s'adapter
sans cesse à des réalités nouvelles et
s'efforcer de diffuser certaines normes universelles tout
en respectant les spécificités culturelles et
en demeurant fidèle à l'esprit humanitaire des
premiers secours. Outre qu'ils permettent de sauver des vies,
ceux-ci contribuent à entretenir des valeurs et des
liens cruciaux au sein de la communauté. Les secouristes
font la différence, non seulement entre la vie et la
mort, mais aussi entre l'apathie et l'enthousiasme, entre
l'indifférence et la solidarité.
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Alex Wynter
Rédacteur indépendant, Alex Wynter vit à
Londres.
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