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Vie en ruines
Jessica Barry
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Maisons palestiniennes détruites
par les forces armées israéliennes.
Camp de Rafah (Gaza), janvier 2002.
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Lors de la récente vague de violence
dans les territoires palestiniens autonomes et occupés,
les forces armées israéliennes ont détruit
des habitations et autres édifices en recherchant des
présumés terroristes. Le CICR fournit une assistance
aux habitants qui ont perdu leur maison.
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Assis en cercle à l'intérieur de la tente qui
abrite les familles dont les maisons ont été
détruites durant l'incursion de la nuit précédente
dans le camp de réfugiés palestiniens de Rafah,
les hommes évoquent la panique provoquée par
les bulldozers. "Nous nous sommes tous rués dehors
quand les véhicules de l'armée israélienne
sont arrivés sans le moindre avertissement", raconte
Atef Al Naijar, 41 ans. "Les enfants ont couru d'une
porte à l'autre pour réveiller les gens qui
dormaient encore."
Un jeune homme dit avoir vu un bulldozer défoncer
le mur de la cuisine de ses voisins au moment où il
se précipitait pour faire sortir une fillette de 13
ans bloquée à l'intérieur. Visiblement
encore sous le choc, la grand-mère de l'enfant, assise
à côté de lui sur une chaise en plastique,
se désole. "Nous avons tout perdu. Nous avons
simplement pris la fuite, sans rien emporter, pas même
une casserole pour faire à manger. Mes petits-enfants
n'ont plus ni manuels scolaires, ni vêtements."
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Aide d'urgence
Dans de telles circonstances, les gens ont évidemment
besoin d'une aide matérielle immédiate. En mars
2001, quand les démolitions de maisons ont commencé
à se multiplier, le CICR a mis en place un programme
destiné à fournir des articles de première
néces-sité aux familles affectées. À
ce jour, des milliers d'habitants de Cisjordanie et de la
bande de Gaza ont reçu des tentes, des couvertures,
des ustensiles ménagers et des articles d'hygiène.
Pour les familles concernées, la destruction des
maisons entraîne souvent une dépendance étroite
vis-à-vis des voisins, de l'UNRWA (Office de secours
et de travaux des Nations unies pour les réfugiés
de Palestine dans le Proche-Orient), l'agence responsable
des camps, ou encore des autorités et des divers organismes
d'assistance actifs dans la région.
"Nous n'aurons pas de frais pendant les six prochains
mois", explique une femme installée dans un logement
gratuit après la destruction de sa maison en avril
à Jénine. "Ensuite, nous devrions regagner
notre maison dans le camp, en principe réparée
dans l'intervalle. Mais trois mois se sont déjà
écoulés, et les travaux n'ont pas encore commencé.
Nous sommes très inquiets à la perspective de
nous retrouver sans toit encore une fois."
Les gens qui accueillent des parents sans toit sont eux
aussi dans une situation très difficile. Cela représente
une très lourde charge, en cette période de
chômage massif et d'aggravation de la pauvreté
à travers tous les territoires palestiniens.
Les récentes incursions en Cisjordanie n'ont pas
détruit que des habitations, mais aussi des boutiques,
des ateliers d'artisans et autres locaux commerciaux, notamment
à Naplouse, qui vit en grande partie de l'industrie
du savon. La destruction de plusieurs fabriques au cur
de la ville a privé les quelque 150 000 habitants d'une
de leurs principales sources d'emploi depuis l'interdiction
de travailler en Israël promulguée peu après
le début de l'intifada.
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La perte de la maison et des biens personnels a également
de sérieux effets psychologiques, même si certains
s'efforcent de prendre les choses avec philosophie, ne serait-ce
que pour ménager leurs enfants. C'est le cas de Fayzieh
Mohammad, 40 ans, qui s'est réfugiée avec ses
six enfants chez des amis à la suite de la démolition
de sa maison à Jénine, en avril dernier. Aujourd'hui,
elle passe de longues heures auprès de son père,
âgé de 82 ans, sur une terrasse dominant le camp.
L'endroit offre une vue imprenable sur les ruines, parsemées
d'immenses banderoles où l'on a peint les portraits
des hommes tués lors des combats.
En dépit de son apparente sérénité,
Fayzieh est très inquiète pour sa fille de 16
ans; profondément perturbée par les événements,
celle-ci a désormais le plus grand mal à se
concentrer à l'école. "Lorsque nous avons
dû abandonner la maison, ma fille pleurait. Je lui ai
dit que la perte de nos biens n'avait pas d'importance, en
masquant ma propre détresse pour tenter de la réconforter.
J'essaie de la persuader que, même si la paix semble
bien lointaine aujourd'hui, tout finira par s'arranger."
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Action du CICR - Quelques chiffres
La dégradation marquée de la situation en Israël
et dans les territoires occupés et autonomes a conduit
le CICR à lancer de nouveaux programmes et à
renforcer ses activités courantes en matière
de protection et d'assistance aux civils. Une centaine d'expatriés
et 170 employés locaux travaillent actuellement dans
le cadre de ces opérations qui visent essentiellement
à promouvoir la stricte application du DIH, en particulier
de la Quatrième Convention de Genève.
Parmi les récentes initiatives du CICR, il faut mentionner
la distribution de coupons à quelque 20 000 familles
de villes cisjordaniennes fréquemment soumises à
des blocus ou à des couvre-feu. Ces coupons peuvent
être échangés contre des articles de base
dans certaines boutiques. Autre nouveauté: un programme
d'aide alimentaire au bénéfice de 30 000 familles
vivant dans des villages isolés de Cisjordanie et d'habitants
de la bande de Gaza.
Au nombre des activités courantes, l'assistance fournie
aux familles dont les maisons ont été détruites.
Elle touche près de 7000 habitants de la Cisjordanie
et de la bande de Gaza. En outre, 2000 familles de la vieille
ville d'Hébron reçoivent des colis alimentaires.
Par ailleurs, le CICR continue de soutenir le service médical
d'urgence du Croissant-Rouge palestinien et d'assurer un appui
au Magen David Adom dans différents domaines (banque
du sang, recherches de personnes, diffusion).
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Le strict minimum
Âgé de 53 ans, Hassan Abdel Da'em est père
de dix-huit enfants, dont huit sont des jumeaux. Parfois,
il peine manifestement à distinguer entre ces derniers
et à se souvenir de leurs prénoms respectifs.
Devant les visiteurs, les enfants s'amusent fort de la confusion
et chahutent joyeusement.
Au début du mois de juillet, Hassan et les siens ont
quitté la maison de trois pièces sise près
de Beit Hanoun, au nord de la bande de Gaza. Le secteur se
faisait de plus en plus dangereux et, la nuit, de fréquents
tirs d'armes à feu effrayaient les petits. L'un après
l'autre, les arbres du verger avaient été abattus
et le terrain entourant la maison avait été
réquisitionné par l'armée israélienne,
laissant la famille cruellement exposée. N'ayant pas
les moyens de louer une autre maison, celle-ci s'est transférée
dans le garage d'un parent, y amenant l'essentiel de ses biens
- trois matelas, quelques nattes de paille, des casseroles,
deux ou trois chaises et des vêtements.
Hassan a également emporté son plus précieux
trésor: la photo de ses enfants prise deux ans auparavant,
unique décoration ornant les murs de ciment brut. Le
garage aurait pu être sinistre, mais les enfants lui
ont donné vie. "Vous pourriez presque former deux
équipes de football", remarque plaisamment un
visiteur cependant que Hassan s'efforce de rétablir
le calme. La réflexion déclenche un nouveau
déferlement de rires et de brouhaha.
Si la famille Da'em ne rentrait pas strictement dans le
cadre du programme d'assistance du CICR en faveur des occupants
de maisons détruites, elle n'en avait pas moins un
pressant besoin de soutien. Hassan avait perdu son emploi
en Israël au début de l'intifada et, quelques
mois plus tard, les bulldozers de l'armée avaient rasé
le verger, son unique autre source de revenu. La seule possession
d'une certaine valeur, une vieille voiture, a quant à
elle été écrasée par un char.
Enfin, et surtout, il n'y avait guère de chance que
la famille puisse jamais se réinstaller en sécurité
dans sa maison.
Dans la semaine qui a suivi le déménagement,
le CICR lui a fourni deux grandes tentes, 40 couvertures,
des assortiments d'articles d'hygiène, des ustensiles
de cuisine, des tasses à café, des lampes à
gaz et des jerricans. Les turbulents enfants ont aidé
à décharger le véhicule et à porter
ce matériel dans un coin du garage, puis la femme de
Hassan a versé le thé dans les huit petits verres
de la famille, promptement rincés pour ceux qui n'avaient
pas été servis. Une fois les caisses déballées,
il y aura enfin assez de récipients pour tout le monde.
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Jessica Barry
Chargée de presse du CICR à Gaza.
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Dans notre prochain numéro paraîtra
un article sur les victimes israéliennes du conflit et
sur la réponse humanitaire.. |
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