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Les Tziganes, un peuple en danger
Jean-François Berger
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De jeunes garçons d'origine albanaise
parmi les ruines de maisons tziganes brûlées
à Pristina, Kosovo. Les anciens occupants ont été
chassés du pays lors d'une campagne de nettoyage ethnique.
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Avec la fin de la guerre froide et les mutations profondes qui
en ont résulté en Europe de l'Est, qu'est-il advenu
des Tziganes? Croix-Rouge, Croissant-Rouge a voulu en savoir
davantage sur le sort de ce peuple dispersé dans de nombreux
pays qui a appris à travers les siècles à
survivre dans des conditions extrêmes. |
| Chacun
a sa place à l'ombre", dit un proverbe gitan. Budila,
un village roumain de Transylvanie dont plus de la moitié
des 5000 habitants sont Tziganes, confirme on ne peut mieux
la justesse de ce dicton. Confinés dans un espace très
réduit auquel on accède par un chemin boueux,
les Tziganes y vivent en marge des autres communautés,
dans un dénuement extrême. Leurs masures, faites
de torchis et de planches disjointes qui laissent s'engouffrer
l'air froid et la pluie, se composent le plus souvent d'une
minuscule pièce unique où s'entassent jusqu'à
six personnes. Il n'y a ni électricité ni eau
courante.
Cette situation est représentative de celle qui prévaut
dans toute l'Europe centrale, où vivent entre six et
dix millions de Tziganes. Selon l'Union européenne,
ils seraient 700 000 à 800 000 en Bulgarie, 250 000
à 300 000 en République tchèque, 550
000 à 600 000 en Hongrie, 8200 en Lettonie, 50 000
à 60 000 en Pologne, 1,8 à 2,5 millions en Roumanie,
480 000 à 520 000 en Slovaquie, 6500 à 10 000
en Slovénie, et quelques milliers en Serbie, au Monténégro
et au Kosovo.
Quel que soit leur nombre exact, ces gens comptent parmi
les plus vulnérables de la région. Marginalisés
en dépit de l'importance de certaines de leurs communautés,
ils ont une espérance de vie moyenne inférieure
de dix à quinze ans à celle de l'ensemble de
la population et leurs conditions d'existence sont d'une extrême
précarité. Ils connaissent des taux de chômage
qui peuvent atteindre 100 pour 100, leurs enfants sont faiblement
scolarisés et, dans certains pays, l'instabilité
et les crises économiques ne font qu'exacerber la discrimination
et la violence traditionnelles à leur encontre. Ils
ne dépassent les autres communautés que dans
un seul domaine: la natalité!
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Les oubliés de la transition
A de rares exceptions près, les Tziganes sont les
grands perdants du passage à l'économie de marché.
Confinés dans des ghettos à la périphérie
des agglomérations, ils vivent pour la plupart dans
des conditions de profonde insalubrité et sont souvent
menacés d'expulsion par le retour en force de la propriété
privée. Plus de 70 pour 100 d'entre eux sont actuellement
sans emploi en Europe centrale, une proportion inverse de
celle des années 1970. Leur faible degré de
qualification professionnelle les pénalise particulièrement
aujourd'hui.
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L'insalubrité et le manque d'eau
pure entraînent une augmentation alarmante des maladies
infectieuses dans les ghettos tziganes.
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Et la situation n'est pas meilleure dans le domaine de la
santé. La mortalité infantile et les déficiences
néonatales augmentent, la tuberculose fait rage, et
le manque d'accès aux services de soins est dramatique.
"Une grande partie des Tziganes vit à 4 ou 5 kilomètres
des centres médicaux", souligne Milan Scuka, l'un
des rares parlementaires tziganes de Slovaquie. "L'éloignement
ne facilite pas les choses, mais le plus grave est que les
consultations nous sont souvent refusées, car, faute
d'emploi, nous sommes privés d'assurance maladie."
Les vaccinations des enfants sont irrégulières,
en partie à cause des mères, dont l'éducation
sanitaire n'est plus comme par le passé assurée
par la Croix-Rouge, mais plus encore des pouvoirs publics,
les vaccins étant administrés dans le cadre
scolaire. "Avant 1989, nous étions obligés
d'aller à la consultation médicale, sinon nous
ne recevions pas d'allocations familiales", rappelle
Milan Scuka.
Mais c'est sans doute le domaine de l'éducation qui
témoigne le mieux de la marginalisation des Tziganes,
très faiblement scolarisés en Europe de l'Est.
Dans bien des cas, leurs enfants sont placés dans des
établissements pour attardés mentaux. Faute
d'argent ou de motivation des parents, moins de la moitié
d'entre eux achèvent l'école primaire. En dépit
des initiatives gouvernementales pour promouvoir l'éducation
des Romungros - le groupe majoritaire de Tziganes parlant
la langue magyare en Hongrie - Bernath Gabor, responsable
du Centre de presse tzigane (RSK) à Budapest, affirme
qu'un Tzigane de Hongrie a cinquante fois moins de chances
d'obtenir un diplôme universitaire qu'un Hongrois non
tzigane.
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| Une
communauté déshéritée
Peter yovkov, de la Croix-Rouge bulgare, n'est pas un Tzigane,
mais il se sent pleinement concerné par le sort de
cette communauté déshéritée. "Les
Bulgares et les Tziganes vivent côte à côte
depuis des siècles, mais ils ne se connaissent toujours
pas. Or, lorsqu'on ne se connaît pas, on ne se comprend
pas et, bien souvent, on vit dans la peur et la défiance.
Les Bulgares ne rencontrent les Tziganes que mendiant dans
les rues ou devant les églises, ou roulés dans
leurs couvertures dans les halls de gare. Ils n'ont d'eux
qu'une vision péjorative et limitée. Nous devons
apprendre à mieux nous connaître."
À Filipovtzi, une banlieue de Sofia, Yovkov s'emploie
à préparer le terrain pour le programme de Développement
communautaire participatif (DCP) déjà mis en
place dans un village du nord-est du pays où cohabitent
des communautés tzigane et turque, ainsi que dans le
quartier tzigane sinistré de la ville industrielle
de Sliven. Le DCP vise à aider les gens à analyser
leur situation et à concevoir des initiatives susceptibles
d'améliorer leur sort. Les membres de la communauté
sont étroitement associés au processus, qui
rassemble toutes les parties concernées, y compris
les pouvoirs publics et les ONG.
Ici, à Filipovtzi, la Croix-Rouge bulgare doit surmonter
un lourd handicap, car une multitude d'ONG l'ont précédée
sans que la population ait vu le moindre changement se produire.
Il est difficile dans ces conditions de gagner la confiance
de gens qui, aux portes de la jungle de béton de Lulin,
vivent dans le plus profond dénuement. Dans cette banlieue
désolée, les canalisations d'égout sont
brisées, l'eau courante pratiquement inexistante, il
n'existe pas de service de ramassage des ordures ni la moindre
cabine de téléphone.
Le médecin local explique à Yovkov que la misère
et l'insalubrité sont les principales causes du déplorable
état de santé des habitants. "Nous vivons
dans des cagibis et il n'y a même plus d'établissement
de bains publics, confirme une femme. Depuis l'avènement
de la démocratie, nous vivons comme des bêtes."
Yovkov s'emploie à mettre sur pied une équipe
de la Croix-Rouge locale qui enquêtera parmi la communauté
et élaborera avec elle un modeste projet de développement.
Il est pleinement conscient que cela n'ira pas sans difficultés.
"Mais si ça marche à Sliven, il n'y a pas
de raison que cela ne marche pas ici aussi...", observe-t-il.
Le quartier tzigane de Sliven, Nadezhda, est l'un des plus
déshérités de la Bulgarie. Dans cette
ville industrielle de 100 000 habitants située au pied
du massif montagneux du Balkan, au centre du pays, quelque
15 000 Tziganes sont entassés dans des ruelles misérables.
La plupart n'ont ni emploi ni assurances et vivent dans des
conditions sanitaires lamentables.
Le programme DCP cible 500 familles dont quelques-unes d'origine
turque ou bulgare. L'équipe qui coordonne les activités
à Nadezhda devait rendre un rapport à la fin
juillet. "Il ne fera que confirmer que nous sommes oubliés
des hommes comme de Dieu", déclare un habitant.
Et, vraisemblablement, que la Croix-Rouge devrait concentrer
ses efforts dans le domaine de la santé publique.
Éduquer les enfants
La section de Sliven de la Croix-Rouge bulgare est bien connue
des Tziganes. Il y a six ans, elle a commencé à
s'attaquer au problème des enfants des rues. Livrés
à la mendicité, au vol et à la prostitution,
victimes d'abus sexuels, contraints de gagner de l'argent
pour assurer la survie de la famille, leur nombre ne cessait
d'augmenter. "Ces enfants n'avaient pas d'avenir. Si
nous voulons changer la situation des Tziganes, il est impératif
qu'ils reçoivent une éducation", affirme
Margarita Ruseva, secrétaire de la section.
De fait, l'un des facteurs les plus déterminants de
la marginalisation des Tziganes réside dans le taux
élevé de chômage, lequel résulte
en bonne partie de leur faible niveau d'éducation.
Certes, c'est à l'État qu'il incombe de remédier
à ce problème, mais la Croix-Rouge joue un rôle
de sensibilisation important dans le pays en ouvrant la voie
à des programmes novateurs.
À Sliven, grâce à un financement de la
Croix-Rouge de Belgique, elle a converti une ancienne garderie
en un foyer pour enfants écartés du système
scolaire. Âgés de huit à dix ans, ces
derniers y apprennent la langue nationale et diverses autres
matières indispensables pour aller de l'avant.
Outre cet enseignement de base, le centre offre aux enfants
des vêtements, une salle de bains et trois repas quotidiens.
Plutôt qu'une instruction académique, l'accent
est mis sur l'hygiène et le mode de vie, ainsi que
sur la communication avec les autres. Les cours sont brefs
et ne recoupent pas le programme scolaire officiel. "Le
but, explique Dimitar, le directeur de centre, est de les
réadapter aux réalités de la société
et de préparer progressivement leur réintégration
dans le système de l'éducation publique."
Croix-Rouge tzigane
La Croix-Rouge poursuit ce même objectif dans d'autres
villes bulgares comme Yambol et Pazardjik. Yambol est exceptionnelle
à un autre titre: depuis 1997, elle possède
une sous-section de la Croix-Rouge tzigane.
La plupart des programmes Croix-Rouge sont réalisés
avec des partenaires tziganes issus du secteur des ONG, qui
a connu une formidable expansion ces dernières années.
Mais, pour Yambol, qui compte une des plus grosses populations
tziganes du pays et connaît un taux de chômage
oscillant entre 80 et 90 pour 100, il fallait faire davantage.
"Nous devions ouvrir en grand les portes d'une communauté
qui restait repliée sur elle-même", note
Diana Dineva, secrétaire régionale de la Croix-Rouge.
Shukri Hasanov, un médecin tzigane jouissant de la
confiance de sa communauté, s'en est chargé
en créant une sous-section qui est bientôt devenue
un puissant groupe de pression.
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Hasanov et ses collègues ont rapidement dressé
l'inventaire des principaux problèmes du quartier,
et la Croix-Rouge suisse a financé un projet d'assistance
sociale et d'éducation à la santé d'une
durée de dix-huit mois. Un club de jeunes mères
a été constitué, lequel offre des services
de soutien psychologique et pédagogique ainsi que des
consultations médicales à des femmes dont beaucoup
sont à peine sorties de l'enfance.
On a également lancé des programmes éducatifs
pour les tout petits, axés sur les activités
créatives. Issus de familles très pauvres, les
élèves y apprennent le chant, la danse et la
peinture. Dans le cadre d'un club de gymnastique, les jeunes
peuvent aussi s'entraîner avec une ancienne championne
d'Europe et du monde, Margarita Mollova.
Ce projet a certes connu des difficultés et il a fallu
le revoir quelque peu avant son achèvement en mars
2002, mais l'impact est indéniablement positif et les
activités mises en uvre vont se poursuivre et
s'étendre. Bientôt, de nouveaux plans seront
soumis à l'attention des donateurs.
La motivation des enfants et des parents pour garantir une
bonne éducation de la jeune génération
continuera de revêtir une importance cruciale. En fournissant
des petits déjeuners aux élèves réguliers,
la Croix-Rouge tzigane contribue à briser le cercle
vicieux de l'exclusion, estime Nikolina Atanasova, secrétaire
de la sous-section de Yambol et conseillère pour les
minorités auprès de la municipalité.
Grâce à cette modeste initiative, la fréquentation
a déjà augmenté de 12 pour 100.
À travers le monde entier, c'est l'implantation communautaire
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge qui fait l'efficacité
de leurs programmes. L'expérience de la Croix-Rouge
bulgare montre que la question tzigane ne fait pas exception.
Avec plus de six millions de membres en Europe centrale, cette
communauté devrait être davantage représentée
au sein du Mouvement.
John Sparrow
Chef du département régional de la communication
de la Fédération à Budapest.
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La montée du racisme
Les élans nationalistes attisés par la fin
de la guerre froide ont réveillé les réflexes
anti-Tziganes qui, loin d'être absents sous l'ère
communiste, étaient néanmoins contenus par l'autorité
de l'État. Les revendications de "pureté
ethnique", les difficultés économiques
croissantes et l'insécurité liées au
post-communisme se sont liguées contre cette communauté,
à laquelle on impute volontiers la responsabilité
de tous les maux actuels. Les incidents de nature raciste,
notamment les agressions de skinheads, se sont multipliés
dans la plupart des pays de l'Europe de l'Est, de même
qu'en Europe occidentale.
"A l'époque communiste, seule la police était
agressive, aujourd'hui toute la population peut l'être",
explique Nicolae Gheorghe, un leader respecté des communautés
tziganes. Résultat: certains Tziganes tentent d'affirmer
leur identité et de faire valoir leurs droits en tant
que minorité, cependant que d'autres cherchent à
se fondre dans les groupes dominants.
Certes, les réformes démocratiques d'après
1989 ont entraîné une prise de conscience relative
aux droits de l'homme et aux droits des minorités qui
peut se révéler à long terme propice
aux intérêts des Tziganes et à leur émancipation.
L'éclosion d'ONG animées par des Tziganes est
un signe révélateur.
Le moteur de ce mouvement n'est autre que la fondation du
richissime George Soros: l'Open Society Institute (OSI, Institut
pour une société ouverte). En misant sur la
formation d'une élite intellectuelle tzigane et en
finançant un important réseau d'ONG locales,
"l'OSI souhaite que les Tziganes participent à
la vie publique et qu'ils deviennent partie prenante aux décisions
les concernant", explique Rumyan Rusinov, un jeune directeur
de l'Institut qui incarne cette nouvelle élite rodée
aux paramètres de la bonne gouvernance à l'occidentale.
Il faut dire que nombre d'ONG tziganes ne sont pas des modèles
de gestion et de transparence comptable...
Travaillant pour le compte de l'Union européenne (UE)
à Bucarest, Simona Botea s'efforce d'identifier des
représentants tziganes "capables d'élaborer,
de gérer et d'évaluer des projets de développement
et d'éducation". Conscients de l'importance des
enjeux, l'UE et l'Organisation pour la Sécurité
et la Coopération en Europe (OSCE) ont ainsi renforcé
leur aide à l'intégration des Tziganes - ou
Roms, ainsi qu'ils se désignent eux-mêmes. Pour
sa part, le Conseil de l'Europe est engagé depuis une
dizaine d'années dans l'amélioration du statut
juridique et des conditions de vie des Tziganes, visant à
terme à ce qu'ils participent effectivement à
la vie publique. Les gouvernements de l'Europe de l'Est sont
incités à favoriser une telle évolution,
la protection des minorités constituant l'un des critères
politiques majeurs de l'adhésion à l'UE.
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Les économies des pays d'Europe de
l'Est et d'Europe centrale continuant de s'effondrer, les
communautés tziganes vont s'enfoncer davantage encore
dans la misère et servir de boucs émissaires
pour tous les maux qui affectent la région. Sur cette
photo, un groupe de Tziganes de Roumanie occupent une maison
sans eau, électricité ni gaz dans une banlieue
de Varsovie.
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Chassés par la guerre
"Fils du vent, éternels errants", les Tziganes
ont payé un lourd tribut lors des différents
conflits qui ont déchiré l'ex-Yougoslavie. Durant
le conflit du Kosovo, les Tziganes ont été pris
entre deux feux. Entre 1998 et 1999, ils ont dû abandonner
leurs maisons au moins à trois reprises: en 1998, suite
aux affrontements entre la police serbe et l'armée
de libération du Kosovo (KLA); lors de l'intervention
aérienne de l'OTAN dès mars 1999; enfin, en
juillet 1999, par crainte des représailles de la KLA.
Le problème majeur est aujourd'hui le retour et la
récupération des biens perdus.
Très controversé, le chiffre des Tziganes
au Kosovo avant 1998 varie entre 50 000 et 150 000. L'une
des raisons tient au fait qu'avant la guerre, les Ashkali
et les Égyptiens - traditionnellement proches des Albanais
du Kosovo - étaient considérés et comptabilisés
comme des Albanais. Depuis, les Ashkalis tentent de se faire
reconnaître en tant que tels, mais demeurent isolés
et marginalisés. Ceux qui étaient plus proches
des Serbes ou soupçonnés d'avoir collaboré
avec eux ont quitté le Kosovo pour la Serbie et la
Macédoine. En Serbie, les écarts des estimations
de la population tzigane sont encore plus variables: de 150
000 (sources officielles) à 800 000 (sources tziganes).
Là aussi, un effet de mimétisme fait que certains
d'entre eux se déclarent Serbes ou Tziganes en fonction
des événements.
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Depuis août 2001, la Croix-Rouge de Belgique conduit
avec une section de la Croix-Rouge yougoslave un projet de
réhabilitation socio-économique en faveur de
800 Tziganes chassés du Kosovo et réinstallés
à Cukarica, une banlieue de Belgrade. Six personnes
- deux Tziganes, deux Serbes et deux Belges - se répartissent
les tâches qui comprennent la médiation sociale,
l'entretien des lieux de vie, l'appui scolaire pour les enfants,
les vaccinations et mille et un autres petits services quotidiens.
Pour Vladimir, l'un des médiateurs sociaux, "il
s'agit d'être réaliste dans notre approche et
de faciliter l'accès des Tziganes aux services de la
vie ordinaire". Son collègue Stefan souligne que
"ce sont des survivants qui ne savent pas à qui
faire confiance". Unique en son genre, ce projet a deux
autres volets, l'un en Slovaquie et l'autre en Bulgarie (voir
encadré Une communauté déshéritée).
En Macédoine, les Tziganes ont une longue histoire.
Le réalisateur Kusturica y a tourné des séquences
du fameux film "Le temps des Gitans". Esma Redzepova,
la grande chanteuse surnommée "la reine des Gitans"
vit à Skopje, l'une des principales cités tziganes
de la planète. À noter que 55 pour 100 de la
population de ce pays fragile vit au seuil de la pauvreté.
Deux récentes migrations de Tziganes ont eu lieu: la
première en juillet 1999 en provenance du Kosovo (il
reste actuellement 3000 réfugiés qui attendent
depuis trois ans un hypothétique accueil dans des pays
occidentaux), la seconde dans le cadre du conflit interne
de 2001. La Croix-Rouge de Macédoine, appuyée
par le CICR et la Fédération, soutient activement
réfugiés, déplacés et cas sociaux,
qui bénéficient aussi de l'action de 70 ONG
tziganes.
JFB
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Que fait la Croix-Rouge ?
Les Tziganes bénéficient des programmes de
la Croix-Rouge, comme tous les membres les plus vulnérables
de la communauté. Néanmoins, les Sociétés
nationales ne peuvent faire l'économie de certaines
questions. Leur fournit-on une aide suffisante? Les différences
culturelles, l'énormité des besoins et les préjugés
dont souffrent les Tziganes justifieraient-ils des programmes
taillés sur mesure? Ou vaut-il mieux s'employer à
les intégrer plus étroitement dans les services
existants, étant donné que les populations des
pays d'Europe centrale dans leur ensemble sont confrontées
à de très sérieuses difficultés?
De fait, la Banque mondiale a constaté que, entre
1988 et 1998, les taux de "pauvreté absolue"
en Europe centrale et en Europe de l'Est avaient augmenté
d'environ 20 pour 100. En Europe centrale, entre 20 et 30
pour 100 des quelque 130 millions d'habitants vivent désormais
en dessous du seuil de pauvreté et les systèmes
publics de santé et d'aide sociale ne sont plus d'aucun
secours. Dans ces conditions, des Sociétés de
la Croix-Rouge aux moyens limités peuvent-elles cibler
des minorités particulières - en admettant qu'elles
en aient la capacité?
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Les réponses ne sont pas faciles et certains, au sein
même des organisations de la Croix-Rouge, pourraient
être tentés de mettre la tête dans le sable.
Pourtant, la Croix-Rouge est dans une position unique pour
aider, en particulier par le biais de programmes de santé
communautaire et d'activités de sensibilisation.
Pour les Tziganes, le principal obstacle tient en fait au
durcissement des conditions d'obtention d'une assistance.
Généralement fixées par les services
sociaux de l'État, ces conditions comportent notamment
de fournir des documents administratifs dont les Tziganes
sont souvent dépourvus... Le problème n'est
toutefois pas strictement bureaucratique. C'est un véritable
cercle vicieux qui reflète la condition déplorable
des Tziganes et les limitations structurelles qui les tiennent
à l'écart de la société.
Car, pour bon nombre d'entre eux, la chute du Mur de Berlin
a fait naître de nouvelles barrières - y compris
entre l'Est et l'Occident - qui accroissent leur vulnérabilité.
Pour le Mouvement, il y a dans la question tzigane un potentiel
d'action mobilisateur, aussi bien dans le domaine d'action
classique de l'éducation sanitaire que dans le secteur
social. Comme le résume l'ancien dissident hongrois
Andras Biro: "La question tzigane est une bombe qui risque
d'exploser si on ne laisse pas ces gens s'intégrer
dans la société."
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Après le conflit du Kosovo, un délégué
du CICR s'entretient avec des Tziganes en vue d'organiser
un programme d'assistance à leur communauté.
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Une histoire éclatée
Tout ce qui touche à la mémoire des Tziganes
est aléatoire, du fait que leur culture est essentiellement
orale. Les estimations de la population tzigane dans le monde
font état d'environ douze millions d'individus, dont
plus de huit millions en Europe, la majeure partie de ces
derniers - autour de six millions - résidant en Europe
de l'Est, ce qui en fait la plus importante minorité.
Originaires de l'Inde, les communautés tziganes ne
revendiquent ni territoire ni souveraineté politique
- elles aspirent essentiellement à une reconnaissance
de leur existence et des droits qui y sont associés.
Elles sont fragmentées géographiquement et culturellement
et leur manque d'unité au niveau de la représentation
internationale est notoire. Les Tziganes ou Roms - terme qui
signifie "homme" en romani, la principale langue
tzigane - comprennent divers groupes tels que les Kalderash
(du mot roumain kladerash signifiant chaudron), les Lovara
(du mot hongrois lov signifiant cheval), les Sinti, les Manouches,
les Gitans du sud de la France et d'Espagne. Ils n'ont pas
de religion spécifique, mais perpétuent des
rites qui leurs sont propres, ceux-ci s'adaptant en général
aux diverses religions des pays dans lesquels ils sont établis.
Leur pénétration en Europe s'est faite au cours
de grandes migrations à partir du 14e siècle.
Très prisés par les cours européennes
dès la Renaissance en raison de leurs qualités
de guerriers, de cavaliers et de forgerons, les Tziganes ont
vu leur statut se déprécier au cours des siècles.
Durant la Deuxième Guerre mondiale, on estime que la
moitié d'entre eux a été exterminée
dans les camps nazis, mais leur sort a été pratiquement
occulté par le Tribunal de Nuremberg.
JFB
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Jean-François Berger
Rédacteur en chef du magazine Croix-Rouge, Croissant-Rouge
pour le CICR.
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