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Interview de Mar'ie Muhammad, président de la Croix-Rouge
indonésienne par Jean-François Berger
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Quatrième pays du monde par
sa population avec quelque 210 millions d'habitants, l'Indonésie
est constamment menacée dans sa stabilité par
des crises socioéconomiques, des troubles internes
et des catastrophes naturelles dévastatrices. Croix-Rouge,
Croissant-Rouge a demandé à Mar'ie Muhammad,
premier président démocratiquement élu
de la Croix-Rouge indonésienne depuis sa fondation
en 1945, d'évoquer les défis et changements
auxquels sont confrontés le pays et sa Société
nationale.
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Quels sont les principaux obstacles auxquels se heurte
aujourd'hui l'action de la Croix-Rouge indonésienne?
Le principal obstacle réside dans les ressources humaines.
Nous travaillons à renforcer et à moderniser
notre Société nationale afin d'améliorer
nos capacités dans tous les domaines. Cet effort est
au cur de toutes nos activités depuis 1999. Actuellement,
nous développons nos ressources humaines aussi bien
au siège que dans nos sections régionales et
locales, volontaires inclus. La Croix-Rouge indonésienne
est loin de pouvoir répondre à tous les défis
qui se posent aujourd'hui dans notre pays. L'absence de revenus
stables compte pour beaucoup dans nos difficultés.
Vous disposez toutefois de certains moyens?
Bien entendu. Nos volontaires sont notre principale ressource.
Sans eux, la Croix-Rouge n'est rien. Néanmoins, nous
touchons ici à une autre difficulté: comment
améliorer nos services sur une base essentiellement
bénévole? La plupart de nos volontaires ont
entre 15 et 25. Beaucoup sont encore étudiants et sont
issus de milieux peu favorisés. Nous sommes donc obligés
de leur verser un minimum d'argent, à seule fin qu'ils
puissent payer leurs déplacements et leurs repas.
Quel est le changement le plus important intervenu depuis
votre élection il y a trois ans?
Notre organisation compte plus de 300 sections. Il y a trois
ans, moins de 40 pour 100 d'entre elles étaient vraiment
actives. Aujourd'hui, la proportion atteint 60 pour 100.
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Pour développer les capacités de votre organisation,
vous dépendez du soutien du public...
L'une de nos priorités consiste à améliorer
notre image dans toute l'Indonésie et auprès
de la communauté internationale. Lors des grandes inondations
à Djakarta et après le séisme qui a frappé
Bengkulu, nous avons mis en place plusieurs cantines mobiles
et fourni des abris aux sinistrés. Ces actions ont
suscité la sympathie et le soutien spontané
de la population ainsi que d'organisations internationales.
La Croix-Rouge indonésienne joue un rôle
important dans les services du sang nationaux
Notre Société nationale est la seule institution
du pays mandatée par le gouvernement pour agir dans
ce domaine. Nous fournissons du sang aux hôpitaux, mais
nos équipements sont pour la plupart inadéquats
et désuets. J'attache personnellement beaucoup d'importance
à la qualité des services de transfusion. J'ai
pris contact avec la Croix-Rouge du Japon dans l'espoir d'obtenir
son soutien, car cette Société nationale administre
près d'une centaine d'hôpitaux. Nous sommes également
en pourparler avec la Croix-Rouge austra-lienne en vue d'un
éventuel partenariat commercial dans le domaine de
la transfusion.
Quelle est votre stratégie pour prévenir
l'explosion du VIH/sida et quelle aide offrez-vous aux personnes
séropositives?
Nous nous efforçons de garantir la sécurité
des produits sanguins en effectuant des tests de dépistage
parmi les donneurs, nous assurons une aide à domicile
aux personnes qui vivent avec le VIH/sida, nous menons des
programmes d'éducation mutuelle parmi les jeunes et
les femmes, et nous luttons contre l'opprobre et la discrimination
liés au VIH/sida. Actuellement, 60 pour 100 des personnes
séropositives au VIH sont des consommateurs de drogues
injectables. Pour tenter d'enrayer ce phénomène,
nous avons formé nos volontaires à sensibiliser
la population au danger des échanges de seringues et
d'aiguilles.
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Votre Société nationale travaille activement
dans plusieurs régions en proie à des conflits
et autres troubles internes. Comment faites-vous pour opérer
dans ces contextes délicats?
Le fait est que la tâche n'est pas aisée. À
Aceh, nous sommes reconnus par les deux parties au conflit,
autrement dit, par le mouvemetn Free Aceh (GAM) et
par le gouvernement. Aux Moluques, au début de 2000,
la situation était particulièrement délicate.
Aujourd'hui, les choses vont mieux, toutes les parties, musulmans
comme chrétiens, nous acceptant.
À Aceh, vous êtes fortement engagés
sur le plan humanitaire, notamment en ce qui concerne l'enregistrement
des victimes. Quelles sont les limites de cet engagement?
Aussi longtemps que les séparatistes et le gouvernement
accepteront notre présence, nous continuerons de faire
tout ce qui est en notre pouvoir. Vous savez que beaucoup
de victimes ne sont pas identifiées, aussi nos équipes
vont-elles sur le terrain pour tenter de les recenser. Nous
avons connu des difficultés, mais, depuis que nous
avons mis en place des procédures standard, la sécurité
est meilleure. Avec le CICR, nous nous employons aussi à
diffuserles principes du droit humanitaire parmi les forces
armées et la police. Toutes nos sections et tous nos
volontaires locaux sont engagés dans cet effort.
L'Indonésie continue d'accueillir des boat people.
Que fait la Croix-Rouge à cet égard?
Ces réfugiés proviennent principalement de l'Irak,
de l'Afghanistan, de l'Iran et de la Somalie. Ils cherchent
à obtenir l'asile par le truchement du HCR. Suite à
un accord passé avec cette agence, nous aidons ceux
qui ont obtenu le statut de réfugiés à
recevoir les soins médicaux dont ils ont besoin.
L'Indonésie compte la plus forte population de
musulmans au monde et sa Société nationale utilise
l'emblème de la croix rouge. Est-ce que cela ne crée
pas parfois des problèmes?
Il n'existe en tout cas aucun problème au sein
de notre Société nationale. À ceux qui
nous demandent pourquoi, dans un pays à majorité
musulmane, nous utilisons la croix plutôt que le croissant,
nous expliquons que l'important n'est pas le symbole, mais
les services que nous rendons. La législation indonésienne
reconnaît d'ailleurs l'emblème de la croix rouge
pour notre Société nationale et elle
en garantit la protection. Je me suis entretenu de cette question
avec plusieurs des ministres concernés et tous m'ont
confirmé que le gouvernement n'avait aucune intention
de changer cet état de fait.
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Quelle coopération entretenez-vous avec le Mouvement?
La coopération est excellente avec toutes les composantes
du Mouvement. Nous avons des projets conjoints avec la Croix-Rouge
de Singapour, la Croix-Rouge néerlandaise, la Croix-Rouge
du Japon, la Croix-Rouge australienne et quelques autres,
et nous collaborons étroitement avec le CICR et la
Fédération.
Quelle est votre vision de l'avenir du Mouvement?
Il y a cinquante ans, le Mouvement de la Croix-Rouge et
du Croissant-Rouge avait quasiment le monopole de l'aide humanitaire.
Aujourd'hui, il existe des milliers d'ONG qui ont des activités
similaires aux nôtres, d'où un environnement
très compétitif. Que pouvons-nous faire, sinon
améliorer encore et toujours nos services tout en réduisant
nos coûts? Genève est un endroit vraiment très
onéreux.
Qu'est-ce qui revêt le plus de valeur pour vous
dans le monde actuel?
Dans ce pays, nous n'aurions jamais imaginé avoir
autant de personnes déplacées et des conflits
aussi violents que ceux qui font rage à Aceh, aux Moluques
ou, il n'y a pas si longtemps, à Kalimantan. Pour nous,
ce qui importe le plus, c'est de restaurer la paix et nous
y contribuons à travers nos activités humanitaires.
C'est déjà quelque chose!
Êtes-vous un optimiste?
Je suis un optimiste lucide.
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Propos recueillis par Jean-François
Berger
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Attentat à Bali
Aussitôt après l'attentat à la bombe
qui, le 12 octobre à Bali, a fait plus de 180 morts
et plus de 300 blessés, la Croix-Rouge indonésienne
a lancé une opération d'urgence coordonnée
par son président, Mar'ie Muhammad. Près d'une
centaine de volontaires ont assuré des services de
premiers secours, transporté les blessés à
l'hôpital, aidé à l'identification des
corps et pris contact avec les familles des victimes. Ces
efforts ont bénéficié du soutien de la
Fédération, du CICR et de la Croix-Rouge australienne.
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