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Le poids de l'opprobre
par Jean Milligan et Saleh Dabbakeh |
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L'opprobre et la discrimination
privent les personnes qui vivent avec le VIH/sida des traitements,
des soins et du soutien dont elles ont désespérément
besoin et favorisent ainsi la propagation du virus. Cet article
met en lumière l'impact dramatique de ces comportements
de rejet.
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Rares sont les personnes vivant avec le VIH/sida qui échappent
à l'opprobre et à la discrimination. Lorsque
des individus en marge de la société sont contaminés,
beaucoup de gens y voient le châtiment de pratiques
réprouvées - les toxicomanes, les travailleurs
du sexe, les gays sont responsables de leur sort, estiment-ils.
En butte à l'intolérance de communautés,
ces marginaux se replient davantage encore sur eux-mêmes
et l'épidémie poursuit ses ravages, devenant
bientôt le problème de toute la communauté.
Si l'opprobre et la discrimination peuvent être invisibles,
leurs effets n'en sont pas moins dévastateurs: ils
plongent dans le désespoir ceux qui y sont exposés,
encouragent les comportements à risque et dissuadent
les gens de passer des tests de dépistage. "À
cause de l'opprobre et de la discrimination, des personnes
à risque et des individus contaminés poursuivent
des pratiques sexuelles dangereuses, de crainte, s'ils changeaient
leurs habitudes, qu'on les soupçonne d'être séropositifs",
soulignait un récent rapport de l'ONUSIDA.
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Condamnés à se taire
Ernst Stadgnizs sait ce qu'est l'opprobre. Âgé
de 26 ans, ce Letton s'est fait connaître pour son combat
énergique en faveur des droits des enfants. Il n'a
pas hésité à s'attaquer de front aux
problèmes sensibles que sont la toxicomanie et les
violences sexuelles parmi les jeunes. Mais, quand la conversation
en vient à lui, il se fait beaucoup plus discret. Séropositif,
il est contraint au silence à cause de l'opprobre qui
entoure le VIH/sida.
Ces deux dernières années, la Lettonie et l'Estonie
voisine ont enregistré une véritable explosion
de la pandémie, la grande majorité des nouveaux
cas d'infection se recrutant parmi les jeunes consommateurs
de drogues injectables. "Je m'inquiète pour ma
mère", explique Ernst. "Si je révèle
ma séropositivité, ne risque-t-elle pas d'avoir
des problèmes au travail? Mon jeune frère n'est
pas au courant. Comment réagirait-il? On se sent très
seul dans une telle situation."
Et l'opprobre a des effets qui dépassent largement
les soucis de famille. "La peur ronge chaque pan de votre
existence", poursuit Ernst. "Dans notre pays, le
soutien psychologique est quasi inexistant pour les personnes
qui vivent avec le VIH/sida. Les médecins eux-mêmes
sont souvent très mal à l'aise. Ils se concentrent
sur les problèmes physiques et ne m'apportent aucun
réconfort quand je suis anxieux ou déprimé.
On a l'impression que tout le monde voudrait simplement vous
voir disparaître."
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Réprobation universelle
La Déclaration des Nations unies sur le VIH/sida attache
une attention prioritaire à l'opprobre et à
la discrimination et recommande l'adoption de stratégies
pour combattre énergiquement ces phénomènes.
L'ONUSIDA a pris acte de cet engagement en prenant la tête
d'une campagne mondiale intitulée Vivre et laisser
vivre.
Malheureusement, les pouvoirs politiques et autres leaders
communautaires, tout en convenant de la nécessité
d'une action plus résolue, se montrent souvent très
réticents à s'attaquer de front au problème.
Résultat: les taux d'infection continuent d'exploser
dans de nombreuses parties du monde.
Les plus déterminés à promouvoir un
changement d'attitudes sont les individus directement affectés
par la pandémie. En constituant des groupes de soutien,
ils rompent leur propre isolement et contribuent à
freiner la propagation du virus. Ernst est lui-même
membre du Réseau mondial des personnes vivant avec
le VIH/sida (GNP+), une organisation partenaire de la Fédération.
Chaque jour, il reçoit des messages électroniques
de gens qui témoignent des conséquences des
préjugés et de l'ignorance sur leur existence.
Ces contacts sont un rappel permanent de l'ampleur de la tâche
restant à accomplir.
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Il est urgent d'agir
"Ma famille m'ignore. Mon père et mes frères
me considèrent comme un fardeau", explique Tamara,
une Libanaise de 37 ans contaminée par le VIH. Elle
trouve heureusement un certain réconfort au sein d'un
groupe de soutien qui offre à ses membres une aide
psychologique et, parfois, financière. Modeste, ce
groupe a en outre jeté les bases d'un mouvement qui
prend peu à peu de l'importance dans un pays et une
région où les préjugés et la discrimination
à l'encontre des personnes séropositives sont
largement répandus.
Récemment, le groupe a élargi son champ d'activité.
"Nous avons commencé à débattre
des droits des personnes séropositives", rapporte
Nadia Badran, qui anime le groupe pour le compte de l'organisation
nongouvernementale Soins infirmiers et Développement
communautaire. Cette discussion a été lancée
après que deux membres du groupe ont été
exclus du service militaire à cause de leur séropositivité.
L'armée délivre un livret énonçant
les motifs pour lesquels un individu est considéré
comme inapte au service. Ce livret doit être annexé
à toute demande d'emploi, avec pour effet d'écarter
certaines candidatures. Le groupe a pris contact avec le chef
d'état-major pour tenter de mettre fin à ce
système discriminatoire. "Les discussions ont
été laborieuses", note Nadia Badran, "mais
nous avons au moins obtenu, s'agissant de la séropositivité
au VIH, l'adoption de la formule moins discriminatoire de
maladie incurable." Après ce premier résultat
encourageant, le groupe s'emploie maintenant à combattre
l'opprobre et la discrimination liés au VIH/sida dans
d'autres secteurs.
Toutefois, les personnes vivant avec le VIH/sida ne peuvent
gagner seules ce combat. L'engagement de toute la société
est indispensable pour surmonter les nombreux tabous et obstacles
qui favorisent la propagation de la pandémie.
"Près de vingt ans après l'apparition
de l'épidémie", notent les auteurs du rapport
de l'ONUSIDA, il est plus que temps d'agir. Les droits des
personnes vivant avec le VIH/sida doivent être protégés
et leurs besoins doivent être mieux pris en compte."
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Jean Milligan
Rédactrice de Croix-Rouge, Croissant-Rouge pour
la Fédération.
Saleh Dabbakeh
Délégué régional à l'information
pour la Fédération à Amman, Jordanie.
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La vérité sur
le sida. Faites passer
La campagne "La vérité sur le sida. Faites
passer
" a été lancée le 8
mai 2002. À ce jour, plus de 80 Sociétés
nationales se sont engagées dans des initiatives pour
combattre l'opprobre et la discrimination liés au VIH/sida.
La campagne vise à la fois à surmonter l'ignorance
et la peur associées à la pandémie et
à éduquer le public sur les modes de transmission
du virus et les soins à donner aux personnes contaminées.
Pour marquer le lancement de la campagne, le Croissant-Rouge
de l'Iran avait mobilisé près d'un million de
volontaires chargés de diffuser des messages contre
l'opprobre et la discrimination. À l'occasion de la
Journée mondiale de la lutte contre le sida, le 1er
décembre 2002, la Croix-Rouge argentine a mis sur pied
tout un éventail d'activités telles que défilés,
expositions, spectacles de danse, concerts et représentations
théâtrales. La Croix-Rouge arménienne
a pour sa part organisé un séminaire sur la
prévention du sida et la toxicomanie par injection.
En Guinée équatoriale, la Société
nationale a mené une campagne de sensibilisation en
faisant du porte à porte.
Cette année, l'objectif consiste à renforcer
les actions en cours et à augmenter le nombre des Sociétés
nationales associées à cet effort. À
terme, on espère que toutes les composantes du Mouvement
se dresseront publiquement contre l'opprobre, car le silence
n'est plus acceptable. Nelson Mandela, ex-président
de l'Afrique du Sud, l'a clairement exprimé: "Le
sida est une guerre contre l'humanité. Nous devons
briser le silence, mettre fin à l'opprobre et à
la discrimination, promouvoir la participation de tous au
combat contre ce fléau. Si nous rejetons les personnes
qui vivent avec le VIH/sida, nous ne méritons plus
de nous dire humains."
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