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Justice internationale pour tous
by Kim Gordon-Bates |
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La session inaugurale de la Cour
pénale internationale (CPI) a eu lieu le 11 mars 2003
à La Haye. Cette institution permanente est destinée
à compléter les juridictions nationales qui
ne peuvent ou ne souhaitent pas poursuivre en justice les
auteurs de crimes de génocide, de crimes de guerre
ou de crimes contre l'humanité.
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Il peut paraître étrange de chercher la solution
à l'un des problèmes les plus épineux
de notre monde dans un quartier envahi par les boutiques de
mobilier de bureau et les parkings. Dès 2007, toutefois,
la Cour pénale internationale (CPI) aura trouvé
un siège plus conforme à sa vocation dans une
zone résidentielle de la capitale néerlandaise.
Pour l'heure, la priorité est à l'aménagement
d'un tribunal, ce qui sera bientôt chose faite sur l'emplacement
du parking actuel. Quoi qu'il en soit, l'édifice qui
se dresse au 174 Manweg est l'héritier d'un impressionnant
passé juridique qui va des procès de Nuremberg
et de Tokyo aux tribunaux spéciaux comme celui d'Arusha,
sans oublier la Cour internationale de justice de La Haye.
Dans ces murs, le combat, trop longtemps frustrant, pour mettre
un terme à l'impunité des criminels de guerre
a enfin remporté sa première victoire.
Le 10 mars 2003, non loin de là, dans un cadre un
peu plus prestigieux, les dix-huit premiers juges de la CPI,
choisis par l'assemblée des États parties au
traité de Rome qui a posé les bases de l'institution,
ont prêté serment en présence de la reine
Béatrix des Pays-Bas et de personnalités du
monde entier. Le CICR était représenté
par son président Jakob Kellenberger. La cérémonie,
qui se déroulait peu avant un nouveau conflit, a été
largement célébrée par la communauté
internationale, par les médias et par les organisations
des droits de l'homme. Les nations qui ne figurent pas parmi
les 139 signataires du traité de Rome ni parmi les
89 qui l'ont ratifié ont dû se sentir bien isolées.
Cela dit, aussi important que soit cet événement,
l'inauguration de la CPI ne doit pas soulever des attentes
déraisonnables. "Il ne s'agit pas d'un véritable
bond en avant, mais plutôt de l'aboutissement d'un travail
de longue haleine entrepris au début des années
1990", tient à relativiser le Norvégien
Morten Bergsmo, conseiller juridique auprès du bureau
du procureur.
De fait, la CPI ne constitue qu'une instance de recours appelée
à intervenir uniquement lorsque les pays concernés
ne pourront ou ne souhaiteront pas donner eux-mêmes
suite à des plaintes déposées dans le
cadre de leurs propres systèmes juridiques. Au demeurant,
on a pu constater récemment que même des États
profondément affectés par des conflits comme
la Sierra Leone, le Cambodge ou le Timor oriental parviennent
à mettre en uvre les mécanismes nécessaires
pour poursuivre en justice les personnes accusées de
crimes de guerre. Le CICR soutient activement ces efforts
en aidant les autorités compétentes à
formuler des législations nationales adéquates
pour juger de tels crimes selon le principe de la juridiction
universelle.
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Sarajevo, 1993.
Diriger intentionnellement des attaques contre des objectifs
civiles est une crime de guerre imprescriptible. |
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Demandeurs et défendeurs
Mais, lorsque les pouvoirs nationaux font défaut
en la matière, la CPI peut effectivement entrer en
action. Depuis leur prise de fonction officielle en juillet
2002, une fois le traité de Rome ratifié par
60 États, les membres de la CPI n'ont d'ailleurs pas
chômé. En quelques mois, ils ont reçu
quelque 200 "communications" le terme agréé
pour désigner les plaintes. Si aucune précision
n'a été donnée à ce jour concernant
la nature de ces dernières, on pense que la plupart
proviennent d'Amérique latine, d'Afrique et d'Asie.
L'attrait de la CPI tient pour beaucoup au fait que n'importe
quelle entité individu, association, État
peut lui soumettre un dossier en vue d'intenter une action
en justice contre l'auteur présumé d'un crime
contre l'humanité, d'un crime de guerre ou d'un crime
de génocide.
La cour se met en action dès le moment où le
procureur, après un examen factuel et juridique approfondi
du dossier, décide d'entamer une procédure.
Toutefois, la CPI ne se prononcera pas nécessairement
sur toutes les plaintes déposées. "Notre
cible", explique Morten Bergsmo, "ce sont les vrais
responsables du projet criminel." En d'autres termes,
la CPI poursuivra plutôt un général que
dix capitaines.
La cour peut appeler les États parties au traité
à lui fournir un appui dans la collecte d'informations
relatives à un cas donné. Elle peut aussi conduire
ses propres investigations dans un cadre limité. Quoi
qu'il en soit, l'absence de coopération, voire l'hostilité
d'un État n'empêchera pas la tenue d'un procès.
"Les témoins sont de la plus haute importance"
souligne Bergsmo, en ajoutant que "l'accès aux
lieux sera significatif mais pas décisif." Par
ailleurs, la CPI ne garantira pas l'impunité aux inculpés
qui se montreront coopératifs, mais une telle attitude
pourra être prise en compte dans le verdict.
Selon le traité de Rome, la peine maximale encourue
par une personne reconnue coupable devant la CPI est l'emprisonnement
à vie; toutefois, dans la plupart des cas, la condamnation
n'excédera pas trente ans de détention. Un autre
aspect important des statuts de la cour réside dans
le fait qu'elle est habilitée à décider
si une victime peut prétendre à des dédommagements
et, dans l'affirmative, à fixer la nature de ces derniers.
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Le chaînon manquant
Le
Canadien Philippe Kirsch a récemment été
élu président du collège des juges de
la CPI. Il est membre du groupe des conseillers internationaux
du CICR jusqu'en août 2003.
Pourriez-vous nous expliquer en quelques mots le lien
qui unit le traité de Rome (et la CPI) et le droit
international humanitaire (DIH)?
Le traité de Rome vient compléter les instruments
existants du DIH en établissant une instance permanente
pour appliquer ce droit lorsque les États se révèlent
incapables de le faire. En d'autres termes, il représente
le chaînon manquant entre le DIHet le principe de la
responsabilité criminelle individuelle, de façon
à garantir le respect du droit et l'impunité
de ceux qui en violent les dispositions.
Quel pourrait être à votre sens l'impact
le plus notable de la CPI dans les mois ou les années
à venir?
Seuls les historiens de demain pourront véritablement
mesurer l'impact de la CPI. Ce que je souhaite personnellement,
c'est que la cour établisse fermement le principe de
la justice internationale et contribue ainsi à limiter
les violations du droit.
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Une force de dissuasion
Bras armé du droit international, la CPI devrait à
terme représenter une puissante force de dissuasion
pour tous les criminels potentiels et contribuer ainsi à
limiter les délits. Basée elle-même sur
les instruments existants du droit international, elle devrait
aussi permettre d'en élargir sensiblement le champ
d'application. Ainsi, l'existence d'une situation de conflit
n'est pas nécessaire pour que la cour intente une action
contre les auteurs présumés de crimes contre
l'humanité ou même de crimes de génocide.
"On est loin du compte en déclarant que les Conventions
de Genève et leurs Protocoles additionnels ont laissé
une empreinte sur le traité de Rome", insiste
Louise Doswald-Beck, secrétaire générale
de la Commission internationale des juristes à Genève.
"En réalité, le traité est entièrement
basé sur ces instruments."
Le CICR a activement participé aux négociations
diplomatiques qui ont abouti à l'adoption du traité
de Rome et il a accueilli avec une profonde satisfaction son
entrée en vigueur l'année dernière. Son
service juridique a entrepris d'aider les États signataires
à intégrer dans leurs législations nationales
les obligations qui leur incombent aux termes du traité.
En reconnaissance du mandat humanitaire particulier du CICR
dans les situations de conflit armé notamment de
la nécessité de préserver en tout temps
l'accès aux victimes les règles de procédure
de la CPI exemptent le personnel du CICR de l'obligation de
témoigner devant la cour. En dépit de tous les
obstacles, la CPI doit se mettre au travail et être
vue à l'uvre.
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Kim Gordon-Bates
Rédacteur au CICR.
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