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Débris de guerre explosifs
par Louis Maresca et Camilla Waszink |
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Plus de 80 pays et territoires sont
aujourd’hui confrontés au problème des
débris de guerre explosifs. Dans certains lieux, ces
engins font chaque jour des morts et des blessés parmi
la population civile. Dans beaucoup d’autres, ils entravent
l’activité agricole, les efforts de reconstruction,
le retour des réfugiés et des personnes déplacées,
et aggravent la misère des communautés affectées
par la guerre. |
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LES “débris de guerre explosifs” sont
des munitions et autres engins explosifs qui n’ont pas
éclaté et qui demeurent sur place après
qu’un conflit a pris fin. Il peut s’agir d’obus,
de grenades, de mines, de bombes à fragmentation et
autres engins à sous-munitions, de roquettes ou de
missiles qui, dans la plupart des cas, ont été
tirés, enfouis ou utilisés d’une quelconque
manière durant le conflit, mais qui n’ont pas
explosé pour une raison ou une autre. Parfois, ils
n’ont pas servi, mais ont été simplement
abandonnés après un repli ou un arrêt
des hostilités.
Bien trop souvent, hélas, des hommes, des femmes ou
des enfants les trouvent avant que les services spécialisés
aient eu l’occasion de les repérer et de les
désamorcer. Les résultats sont généralement
tragiques. Comme les trop fameuses mines antipersonnel, d’autres
débris explosifs tuent et blessent une multitude de
civils, avec les conséquences socioéconomiques
qu’on peut facilement imaginer. Chaque jour, la Croix-Rouge
et le Croissant-Rouge sont confrontés aux terribles
effets de ces armes.
S’il est difficile d’établir avec précision
l’ampleur du problème, les exemples ne manquent
pas pour en mesurer la gravité. En Pologne, par exemple,
on continue de trouver et d’éliminer chaque année
des centaines de débris explosifs hérités
de la Deuxième Guerre mondiale. Depuis 1944, on en
a exhumé plus de 96 millions — dont 16 millions
de mines terrestres environ —, pour un coût global
de 866 millions de dollars. Entre 1944 et 1989, ils ont fait
4094 morts et 8774 blessés(1).
Au Laos, les guerres d’Indochine des années
1950, 1960 et 1970 ont laissé le territoire littéralement
infesté de tels débris. Alors que les hostilités
ont cessé en 1975, on estime qu’il en reste encore
entre 9 et 27 millions, et le nombre des civils tués
ou blessés dans l’intervalle est estimé
à environ 11 000, dont un pourcentage élevé
d’enfants(2). Près de trois
décennies après la fin des conflits, le Laos
est un des pays les plus lourdement touchés par ce
fléau et l’un des plus pauvres du monde. |

D’énormes quantités d’explosifs
abandonnés sur le terrain menacent de tuer ou de mutiler
des civils des années ou des décennies après
la fin d’un conflit.
©JOHN RODSTED
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Les parties à un conflit devraient être
tenues d’éliminer ou de faciliter l’élimination
des débris de guerre explosifs.
©JOHN RODSTED
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Trop
tarde
Au demeurant, il n’est pas nécessaire qu’une
guerre se prolonge pendant des décennies ou même
des années pour créer de sérieux problèmes.
Ainsi, depuis la fin du conflit au Kosovo en juin 1999, les
agences spécialisées ont retiré ou détruit
plus de 54 000 débris explosifs, mais, en un an à
peine, d’autres avaient déjà tué
ou blessé près de 500 personnes.
En Irak et en Afghanistan, il ne se passe guère de
jour qu’on ne signale des accidents graves. Les récentes
opérations militaires, s’ajoutant aux guerres
précédentes, ont laissé dans leur sillage
une multitude d’engins qui ont eux aussi fait quantité
de morts et de blessés.
La communauté internationale a pris d’énergiques
mesures pour tenter de limiter les ravages causés par
les mines antipersonnel. En revanche, les autres types de
débris de guerre explosifs n’ont guère
mobilisé l’attention à ce jour.
En 2003, en partie grâce aux efforts déployés
par le CICR ainsi que par de nombreuses Sociétés
nationales et organisations non gouvernementales, les États
parties à la Convention sur l’interdiction ou
la limitation de l’emploi de certaines armes classiques
ont entamé des négociations visant à
réduire la menace que représentent pour les
populations civiles les débris de guerre explosifs.
On espère que ces négociations déboucheront
sur l’adoption d’un nouveau Protocole à
la Convention énonçant une série de règles
exécutoires. Cela constituerait une avancée
notable pour le droit humanitaire international, dans un domaine
jusqu’à présent négligé.
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Action
préventive
Pour le CICR, la menace pourrait être sensiblement
réduite en exigeant des parties à un conflit
qu’elles éliminent ou facilitent l’élimination
des munitions qu’elles ont employées, qu’elles
fournissent aux organisations engagées dans l’élimination
des débris explosifs et dans la sensibilisation de
la population au danger qu’elles représentent
toutes les informations techniques et l’aide matérielle
propres à faciliter leur travail, et qu’elles
avertissent elles-mêmes les civils de la présence
de munitions non explosées. Il importe également
d’aider les personnes blessées par des débris
explosifs à mener une existence aussi normale et productive
que possible, notamment en soutenant les systèmes de
santé des pays affectés.
Le CICR a par ailleurs appelé à interdire l’utilisation
d’engins à sous-munitions contre des objectifs
militaires situés dans des zones à forte concentration
de population. Peu fiables et imprécis, ces engins
présentent en effet des risques particulièrement
élevés pour les civils. À ce jour, seule
une poignée de gouvernements s’est déclarée
favorable à une telle restriction. Dans le même
ordre d’idées, il conviendrait d’imposer
des mesures propres à empêcher que les engins
à sous-munitions et autres engins explosifs ne deviennent
des débris de guerre à risque. Ces mesures —
mécanismes d’autodestruction et précautions
de stockage, notamment — font l’objet de discussions,
mais sur un plan informel seulement. Moyennant une pression
publique et politique accrue, elles pourraient toutefois passer
au stade de la négociation dans un avenir pas trop
éloigné.
La 28e Conférence internationale offrira au Mouvement
une occasion privilégiée pour se faire entendre
sur ces questions. En 2001, le Conseil des délégués
avait appelé les États parties à la Convention
sur l’interdiction ou la limitation de l’emploi
de certaines armes classiques à négocier un
nouveau protocole couvrant le problème des débris
de guerre explosifs et encouragé toutes les composantes
du Mouvement à sensibiliser l’opinion sur leur
impact humain. Cette année, on espère que le
Conseil des délégués et la Conférence
pourront saluer l’adoption d’un tel instrument.
A défaut, il faudra inviter les États parties
à poursuivre leurs négociations et à
convenir de mesures énergiques — comme celles
proposées par le CICR.
L’enjeu est de taille: la santé, le bien-être
et la vie même d’une multitude de civils restent
menacés par les débris de guerre explosifs longtemps
après que les combats ont cessé. |

Barda, Azerbaïdjan. Un délégué
du CICR sensibilise des écoliers aux dangers des débris
de guerre explosifs.
©BORIS HEGER / CICR
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Louis Maresca et Camilla Waszink
Louis Maresca est conseiller juridique au CICR. Camilla Waszink
est chargée de programme au CICR.
1 Polish experiences with Remnants of War, rapport du génie
polonais, 2002.
2 Informations communiquées par Phil Bean, directeur
du National UXO Programme laotien, lors de la réunion
d’experts sur les débris de guerre explosifs
tenue les 18 et 19 novembre 2000 à Nyon, en Suisse.
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