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Bilan de la 28e Conférence internationale
par Didier Revol |
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Réunis à Genève
du 2 au 6 décembre 2003, 1 722 délégués
ont adopté une Déclaration, un Agenda pour l'action
humanitaire et quatre résolutions. Si ces engagements
sont tenus, il devrait en résulter un respect accru
de la dignité humaine. |
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''Ça n'aurait pas pu être pire": c'est
dans ces termes qu'un ambassadeur a décrit l'environnement
politique dans lequel s'est inscrite la 28e Conférence
internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Les
attentats du 11 septembre 2001, les guerres en Afghanistan
et en Irak et la persistance du conflit israélo-palestinien
ont en effet mis en évidence et accentué les
frictions internationales, augurant mal du plus important
rendez-vous du Mouvement. D'aucuns ont craint un remake désastreux
de 1991, quand la 25e Conférence prévue à
Budapest avait été annulée. Contre toute
attente, cette réunion a été marquée
par un formidable consensus, tant dans les délibérations
officielles que dans les coulisses.
Le nombre des participants et la présence de plusieurs
chefs de gouvernements ont démontré que la communauté
internationale se fie de plus en plus fortement au droit international
humanitaire (DIH) et à l'action humanitaire pour résoudre
les grands problèmes contemporains associés
à des situations de conflits et de catastrophes. "C'était
la première Conférence internationale du XXIe
siècle et elle s'est tenue à un moment où
le monde est confronté à d'énormes menaces
pour la paix, la sécurité et la santé.
Jamais auparavant nous n'avions enregistré une participation
si massive", a commenté Jaime Fernández,
président de la Conférence. |

Le président du CICR Jakob Kellenberger et le président
de la Fédération internationale Juan Manuel
Suárez del Toro discutent entre deux séances.
©Christopher Black /
Fédération Internationale
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Protection
juridique pour tous
Une des priorités de la 28e Conférence consistait
à réaffirmer la pertinence du DIH dans le contexte
des conflits modernes et, notamment, de la "guerre contre
le terrorisme", dès l'instant où celle-ci
revêt la forme d'un conflit armé. Les participants
ont unanimement condamné les actes de terrorisme, rappelé
la protection garantie par le DIH aux personnes privées
de liberté — qu'il s'agisse de civils ou de combattants
— et souligné qu'aucun individu ne saurait être
considéré ou traité comme étant
en dehors du cadre de la loi. Ils ont également noté
que la meilleure sauvegarde de la dignité humaine réside
dans l'application complémentaire du DIH, des droits
de l'homme et, le cas échéant, du droit des
réfugiés. Plusieurs moyens d'optimiser l'application
du DIH ont été évoqués, y compris
le recours à la Commission internationale d'établissement
des faits (un organe institué par le Protocole additionnel
I aux Conventions de Genève, mais ignoré par
trop d'États et jamais actionné), le renforcement
de la fonction protectrice du CICR et la mobilisation de la
société civile.
Selon les dirigeants du CICR et de
la Fédération internationale, la 28e Conférence
internationale a contribué de façon significative
à la reconnaissance et à la prise en compte
des principales questions inscrites à l'ordre du jour:
personnes disparues et assistance à leurs familles;
coûts humains résultant de la prolifération
des armes et de leurs emplois abusifs dans les conflits; réduction
des risques de catastrophes et de leur impact, et amélioration
de la prévention et des secours; lutte contre le VIH/sida
et réduction de son impact sur les personnes vulnérables.
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Séance plénière à
la 28e Conférence internationale, Centre international
de conférences de Genève.
©Thierry Gassmann / CICR |
S'agissant des deux premiers thèmes, le CICR s'est
déclaré plutôt satisfait des textes adoptés.
Comme le souligne Yves-Jean Duméril, conseiller du
CICR à la division Politique et Coopération
au sein du Mouvement: "Ces résultats sont en bonne
part le fruit de consultations et de négociations engagées
de longue date. Diverses réunions internationales tenues
avant la Conférence ont permis de poser des bases solides
dans ces domaines." Les délégués
ont approuvé toutes les recommandations de la Conférence
internationale sur les disparus organisée en février
2003, ce qui devrait déboucher sur la mise en place
de mesures concrètes pour limiter les disparitions,
élucider le sort des personnes disparues et assister
leurs familles.
La question des armes a également bénéficié
d'un traitement favorable, en partie grâce à
l'adoption la semaine précédente d'un protocole
sur les débris explosifs de guerre dans le cadre de
la Convention de 1980 relative à certaines armes classiques.
Dans l'Agenda, les États sont vivement encouragés
à ratifier ce protocole et à poursuivre leurs
efforts en vue de l'élimination des mines antipersonnel.
Dans ce même domaine, l'Initiative sur la biotechnologie,
les armes et l'humanité lancée par le CICR,
approuvée auparavant par le Conseil des délégués,
a progressé à travers la formulation d'objectifs
spécifiques. Bien qu'ils ne soient pas très
contraignants, ces objectifs ont l'avantage d'imputer aux
États la responsabilité de veiller à
ce que la biotechnologie ne soit pas détournée
à des fins hostiles. "De manière générale,
nous avons avancé sur la question des armes",
commente Robin Coupland, de l'unité mines et armes
du CICR.
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Les personnes vulnérables
sur le devant de la scène
La reconnaissance accordée aux politiques de réduction
des risques constitue un autre succès de la Conférence.
Il y a quelques années seulement, gouvernements et
donateurs ne manifestaient guère d'intérêt
pour cette question. Désormais, il apparaît évident
que l'adoption de mesures simples contribue à limiter
l'impact des catastrophes et leurs conséquences pour
les populations affectées. Selon l'Agenda, les États
devraient, entre autres, promouvoir une gestion plus rationnelle
des ressources naturelles, mettre en place des systèmes
d'alerte rapide, appliquer des normes de construction adéquates,
développer les programmes de sensibilisation et surveiller
les effets du changement climatique. "Les catastrophes
sont clairement un enjeu du développement, car leur
fréquence accrue installe les plus vulnérables
dans un état de pauvreté chronique", déclare
Eva von Oelreich, chef du département de la préparation
et de l'intervention en cas de catastrophe à la Fédération
internationale. "Nous oublions trop souvent que les victimes
sont parfaitement capables de surmonter elles-mêmes
ces épreuves, à condition qu'on les aide à
réduire leur vulnérabilité."
La lutte contre le sida et contre la discrimination qui frappe
les personnes affectées par la pandémie occupait
également une place de premier plan dans l'ordre du
jour de la Conférence. Pour Bernard Gardiner, chef
de l'unité sida à la Fédération
internationale, les mesures envisagées dans l'Agenda
sont dans l'ensemble satisfaisantes et devraient garantir
dorénavant une meilleure prise en compte des besoins
et des priorités des personnes vivant avec le VIH/sida.
"Ceux qui vivent aux marges de nos sociétés,
comme les migrants et les toxicomanes par injection, sont
particulièrement vulnérables. Notre but est
de faire prendre conscience aux États que l'ostracisme
dont ces personnes sont victimes favorise la propagation de
la maladie. Je pense que le message est bien passé
du fait que nous avons confiné le débat au domaine
de la santé publique." L'Agenda insiste par ailleurs
sur la nécessité d'une coopération élargie
dans la lutte contre le sida, y compris dans le cadre des
conflits armés. "L'objectif de l'Organisation
mondiale de la santé, consistant à procurer
des traitements à trois millions d'individus d'ici
2005, ne pourra être atteint qu'à cette condition",
poursuit Gardiner. "Nous devons veiller à ce que
cette campagne ne bénéficie pas qu'aux privilégiés.
À cet égard, nos partenaires admettent que les
volontaires du Mouvement sont les mieux placés pour
toucher les plus vulnérables."
La 28e Conférence s'est achevée en beauté
avec la signature par les participants d'environ 370 engagements
principalement associés aux objectifs de la Déclaration
et de l'Agenda pour l'action humanitaire. La signature collective
de 60 engagements par des États et leur Société
nationale a témoigné d'une véritable
volonté d'unir toutes les forces pour améliorer
le respect de la dignité humaine. Par le biais de leurs
sièges et de leurs délégations, le CICR
et la Fédération internationale entendent bien
aider les Sociétés nationales et les gouvernements
à concrétiser tous ces objectifs et engagements.
Il appartient maintenant aux composantes du Mouvement de faire
la démonstration de leur unité et de leur solidarité. |
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Didier Revol
Journaliste indépendant, Didier Revol réside
à Genève.
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