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Quand l'Est passe à l'Ouest

par Margarita Plotnikova

Le 1er mai, dix nouveaux pays rejoindront l'Union européenne. Quelles seront les incidences de cet élargissement pour les Sociétés nationales des pays d'Europe centrale et orientale?

Le prochain élargissement de l'Union européenne (UE), le plus massif de son existence, constitue à la foi un événement historique et un succès stratégique. Pour les anciennes nations communistes d'Europe centrale et orientale et futurs membres, il représente le parachèvement du vertigineux processus entamé il y a 15 ans avec les premiers coups de pioches dans le mur de Berlin — et, peut-être, la fin de la "transition". Mais, pour les Sociétés nationales de la Croix-Rouge, il pose un certain nombre de questions et de défis.

"L'adhésion à l'Union européenne ne résoudra pas certains problèmes sociaux et elle pourrait même en entraîner d'autres", estime Srecko Zajc, secrétaire général de la Croix-Rouge slovène. La Slovénie, un des dix nouveaux arrivants, est une plaque tournante entre les Balkans et les nations riches comme l'Italie et l'Autriche. L'année dernière, l'agence Europol a cité la Slovénie et la Roumanie comme possibles pays d'entrée en Europe occidentale pour les trafiquants de drogue d'Amérique du Sud.

 

 

Pas de solutions miracles

L'élargissement devrait également s'accompagner d'une augmentation des flux migratoires, d'où la responsabilité pour les nouveaux membres de veiller sur les frontières extérieures de l'UE, qui représente la plus grande zone d'échanges du monde et, par là même, un eldorado pour des millions de migrants potentiels. En prévision de ces mouvements de population, les gouvernements et les Sociétés nationales ont entrepris de consolider leurs programmes et dispositifs concernant les réfugiés et les migrants.

"Nous sommes engagés depuis longtemps auprès des réfugiés", rappelle Emil Dyekiss, de la Croix-Rouge hongroise. "Dans le cadre d'un accord avec le ministère de l'Intérieur, notre organisation administre un centre d'hébergement et assure divers autres services dans ce domaine. Aujourd'hui, nous nous préparons à jouer un rôle renforcé dans la protection des migrants vulnérables."

Toutefois, l'élargissement se traduira aussi par une diminution des ressources disponibles à Bruxelles. En effet, l'UE deviendra globalement plus pauvre avec l'arrivée en son sein de pays dont les revenus par habitant sont en moyenne inférieurs de 40 pour 100 à ceux des membres actuels, et le budget de l'Union n'augmentera pas en proportion.

Pour pouvoir bénéficier des sources de financement de l'UE, les Sociétés nationales doivent faire preuve d'initiative, de transparence et d'une bonne gestion. Certes, l'Union s'engage volontiers dans des partenariats humanitaires, mais elle suscite également une compétition féroce parmi les demandeurs.

Dans ces conditions, s'en tenir à ce qui marche constitue la devise de Pentti Kotoaro, chef de la délégation régionale de la Fédération internationale à Budapest. "Ne vous dispersez pas trop", recommande-t-il, "mais concentrez-vous sur des activités essentielles et faites preuve d'innovation dans les méthodes de mobilisation de fonds. À terme, ces efforts permettront à votre Société nationale d'offrir des services humanitaires plus efficaces dans son propre pays et à l'extérieur."

Donateurs à nouveau

D'un jour à l'autre, des Sociétés nationales qui, pour beaucoup, ont plutôt été accoutumées à recevoir des aides durant la difficile période de transition, vont redevenir des donateurs potentiels et des partenaires opérationnels de l'action humanitaire de l'UE dans les pays voisins ainsi que dans le monde en développement.

En 1997, la Croix-Rouge lettone a été pour la première fois initiée aux règles de financement de l'UE, dans le cadre d'un programme de développement organisationnel conduit par la Croix-Rouge suédoise pour les trois Sociétés nationales de la Baltique. Ce stage de préparation à l'entrée dans l'Union comprenait également des cours de langues et d'informatique. "Cette formation a été très précieuse", rapporte Irena Bruziene, de la Croix-Rouge lituanienne. "Elle nous a permis de nous familiariser avec les normes européennes et de les intégrer dans nos propres programmes. Mais il nous reste encore beaucoup à faire et à apprendre, en particulier pour ce qui concerne les stratégies de mobilisation de fonds."

Kristiina Kumpula, secrétaire général adjoint de la Croix-Rouge finlandaise, se souvient du jour où son pays a adhéré à l'UE en 1995. "Au début, nous hésitions beaucoup à mettre à profit les possibilités de financement de l'Union, parce que le système nous semblait trop compliqué. Par la suite, la Commission européenne nous a fourni des aides à plusieurs reprises. Il n'était pas facile de traduire nos programmes dans le jargon de l'UE, mais les obstacles ont été surmontés à mesure que nous nous sommes engagés plus étroitement dans des activités communes."

L'élargissement de l'UE permettra à la Croix-Rouge d'exploiter plus pleinement encore son expérience des partenariats. "L'Union nous apportera de nouveaux partenaires aux plans national et international", confirme Luc Henskens, directeur du bureau de la Croix-Rouge auprès de l'UE à Bruxelles, citant en exemple la campagne européenne de sécurité routière à laquelle se sont associés l'année dernière 26 pays du continent.

Certaines Sociétés nationales ont déjà testé d'autres formes de coopération européenne. Ainsi, les Sociétés nordiques et baltiques ont mis en place différents partenariats, et la Croix-Rouge autrichienne a lancé une initiative commune avec les organisations de la Croix-Rouge tchèque, slovaque, hongroise et slovène.

"Ces Sociétés nationales s'appliquent à résoudre des problèmes par leurs propres moyens", souligne Lynette Lowndes, chef du département Europe de la Fédération internationale. "Avec l'arrivée de nouveaux pays au sein de l'UE, ces liens vont encore se renforcer."

 

"L'adhésion à l'UE entraînera pour nous davantage d'obligations
et une compétition accrue."

 

Une voix régionale

Les institutions de l'UE offrent également de nouvelles plateformes pour les activités de sensibilisation. Pour la plupart des Sociétés nationales de la région, elles représentent l'espoir de pouvoir contribuer positivement aux crises humanitaires régionales en parlant d'une seule voix et en agissant de concert.

Dans cette optique, elles peuvent déjà s'appuyer sur les neuf réseaux Croix-Rouge existant dans l'UE, comme la Plateforme européenne Croix-Rouge de coopération sur les réfugiés, les demandeurs d'asile et les migrants (PERCO) ou le Réseau européen sur le VIH/sida. Ces réseaux constituent autant de forums pour faire pression sur les gouvernements de l'Union.

Scholastyka Sniefowska, de la Croix-Rouge polonaise, est convaincue que le renforcement des activités de plaidoyer représente pour les Sociétés nationales un des principaux bénéfices de l'élargissement de l'UE. "Désormais", souligne-t-elle, "vingt-cinq Sociétés de la Croix-Rouge pourront parler d'une seule et même voix, d'où un poids accru vis-à-vis des gouvernements. La nouvelle Constitution européenne, les politiques en matière de migration, la sécurité et les droits de l'homme sont autant de thèmes sur lesquels la Croix-Rouge pourra exprimer ses positions et priorités."

"Mais l'adhésion à l'UE entraînera aussi pour nous davantage d'obligations et une compétition accrue", insiste Srecko Zajc. "Nos priorités devront être mises à jour. Nous aurons besoin de critères plus clairs pour l'assistance aux groupes vulnérables actuels et futurs. Dans ce contexte de concurrence croissante, la Croix-Rouge slovène devra concentrer son action en mettant l'accent, notamment, sur l'aide aux enfants victimes de violences domestiques, y compris dans les familles de toxicomanes."

L'élargissement de l'UE ne résoudra pas les problèmes humanitaires auxquels est confrontée la région. Le trafic d'êtres humains, l'immigration illégale, le VIH/sida et autres maladies infectieuses, ou encore la pauvreté devront continuer d'être pris en charge si on ne veut pas qu'ils minent les bénéfices à attendre de l'élargissement. Néanmoins, ce processus représente pour Maya Sverdruip, de la Croix-Rouge danoise, "une chance unique de relever plus efficacement les défis qui pèsent sur tout le continent, en particulier le VIH/sida, le trafic d'êtres humains et la migration."


Margarita Plotnikova
Journaliste indépendante, Margarita Plotnikova réside à Budapest.



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