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Urgence sanitaire au Myanmar |
Au
Myanmar, un pays qui compte près de 50 millions d’habitants,
des maladies comme la diarrhée, le paludisme et la
rougeole font des ravages, et on soupçonne une progression
rampante du VIH/sida. La Fédération internationale
et la Croix-Rouge du Myanmar s’efforcent de lutter contre
ces fléaux. |
Dans
l’État birman de Shan, près du triangle
d’or qui s’étend sur la Chine, le Laos
et la Thaïlande, des gens présentaient de mystérieuses
lésions cutanées et tombaient malades brutalement,
sans qu’on comprenne l’origine de leur mal. Était-ce
parce qu’ils avaient quitté leurs villages de
montagne pour chercher du travail dans les restaurants, les
salons de massage ou sur les chantiers de construction situés
de l’autre côté de la frontière?
Dans de nombreux villages, explique Yvonne Ginifer, déléguée
sanitaire à la Fédération internationale,
les habitants n’imaginaient même pas que leur
comportement puisse avoir un impact sur leur santé.
“N’ayant aucune idée de la notion de santé,
ils ne savaient même pas qu’ils étaient
malades ni, par voie de conséquence, qu’ils pouvaient
faire quelque chose pour améliorer leur état”,
raconte-t-elle.
Aujourd’hui, le silence est brisé et l’ignorance
commence à reculer, mais il est très difficile
d’estimer combien d’habitants du Myanmar sont
séropositifs au VIH. D’après le gouvernement,
le nombre serait de 177 000, mais l’ONUSIDA pense qu’il
pourrait être proche du million et que le pays risque
de connaître la plus dramatique épidémie
du continent asiatique.
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Sensibiliser
les communautés rurales
Depuis deux ans, la Fédération internationale
et la Croix-Rouge du Myanmar s’efforcent de faire baisser
l’incidence des maladies endémiques et de freiner
la propagation du VIH/sida dans l’État oriental
du Shan, caractérisé par une population très
mobile. La Croix- Rouge australienne et l’Agence australienne
du développement international assurent le financement
d’un projet pilote de sensibilisation communautaire
qui s’étalera sur trois ans, pour un montant
de plus de 380 000 dollars.
En commençant par diffuser des informations sanitaires
de base, les employés et volontaires de la Croix- Rouge
ont progressivement gagné la confiance d’habitants
qui exploitent de petites fermes isolées et qui n’ont
pratiquement pas accès à l’éducation.
Grâce à de patients efforts, ils sont parvenus
à briser l’ignorance, les préjugés
et les mythes qui entourent le VIH/sida.
“Au début, le sujet était tabou, et on
manquait cruellement d’informations et de ressources”,
rapporte Yvonne Ginifer. “Mais ces gens sont intelligents
et ils ont soif de connaissance.”
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S’adapter au contexte local
Néanmoins, l’équipe de la Croix-Rouge
est confrontée à une multitude de difficultés.
Dans certaines communautés, les habitants passent toute
la journée aux champs pendant la belle saison et, durant
la saison des pluies, les routes sont impraticables. Il y
a aussi des obstacles de nature culturelle. Chaque village
présente une combinaison unique sur le plan linguistique
et ethnique. Pour toucher un maximum de gens, la Croix-Rouge
a recruté des volontaires appartenant aux différents
groupes — Wa, Kachin, Shan, Akha, Lahu — qui travaillent
dans leurs propres villages ou dans leurs environs immédiats.
Ensuite, il a fallu produire des supports éducatifs,
les traduire en plusieurs langues et les tester afin de s’assurer
qu’ils étaient bien appropriés aux différentes
cultures.
Malgré toutes ces difficultés, des progrès
ont été enregistrés, notamment au regard
du nombre de cas de dysenterie et de diarrhée recensés.
Les boutiques des villages vendent davantage d’anti-moustiques
et moins de fébrifuges contre le paludisme.
Ces progrès ont d’ailleurs excité la
curiosité des habitants de Wan In, une communauté
bouddhiste de l’ethnie Shan. “Nous avons vu deux
autres villages devenir plus propres et plus sains, et nous
avons voulu profiter nous aussi de ces améliorations”,
témoigne un notable. Depuis, 23 des 135 habitants de
Wan In ont reçu une initiation aux principes de base
des premiers secours communautaires. Il n’a pas été
facile d’enrôler des femmes dans le cours, les
hommes étant par tradition toujours au premier plan.
Les 216 habitants du village voisin, Hu Nar, une communauté
chrétienne d’ethnie Kachin, travaillent avec
la Croix-Rouge depuis vingt mois déjà. Leur
chef est très favorable à cette collaboration
qui comporte des exposés mensuels sur des questions
de santé, des cours de formation et une assistance
technique en matière d’eau et d’assainissement.
“Avant, nous connaissions la Croix-Rouge de nom, mais
nous ne savions rien de ses activités”, déclare-t-il.
“Maintenant, nous comprenons son action et je suis fier
d’être moi-même un volontaire de la Croix-Rouge.
Les conditions d’existence à Hu Nar se sont améliorées
de façon spectaculaire.”
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Changer
les comportements
Certains remèdes traditionnels restent en vigueur.
Pour soigner la diarrhée, les gens boivent une infusion
d’herbe locale. Pour chasser la douleur ou la fièvre,
ils frottent la nuque au moyen d’une pièce de
monnaie. Mo She nous montre les rougeurs qui marquent sa nuque
là où il s’est pincé la peau pour
soigner une toux qui, nous déclare-t-il, a maintenant
presque disparu.
Yvonne Ginifer explique que d’autres traitements n’étaient
pas sans risques. “Quand nous leur avons demandé
quelle était la méthode de traitement qu’ils
préféraient, beaucoup de gens ont cité
les injections. De fait, on pratiquait abondamment les injections
dans la région — mais de quels produits, nous
n’en avons pas la moindre idée!” Heureusement,
cette pratique a nettement Diminué.
Une fois que les gens ont constaté que les notions
de santé de base donnent des résultats, ils
réclament un soutien plus spécialisé.
Un jour, un villageois a timidement signalé à
la Croix-Rouge qu’un membre de la communauté
était séropositif au VIH. L’équipe
lui a rendu visite et a passé du temps avec lui pour
le réconforter. Ce comportement a étonné
les villageois, tellement effrayés par le virus qu’ils
avaient mis l’homme en question en quarantaine. Après
le décès de ce dernier, la Croix-Rouge a emmené
son fils de cinq ans, gravement malade et également
séropositif, afin qu’il reçoive des soins
appropriés en clinique, où son état s’est
peu à peu amélioré. Suite à cette
expérience, les villageois, qui prétendaient
auparavant que la prise en charge d’une personne séropositive,
de toute façon condamnée, représentait
un trop lourd fardeau, ont demandé à la Croix-Rouge
de leur dispenser une formation sur les soins aux personnes
affectées par le VIH/sida.
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Un modèle pour d’autres régions
La Croix-Rouge espère que les bienfaits de ce projet
pilote s’étendront bien au-delà de l’État
du Shan, note Joanna MacLean, chef de la délégation
de la Fédération internationale. Le travail
accompli par la section de Keng Tung pourrait servir d’inspiration
pour améliorer les autres branches de la Société
nationale. “Cette expérience reflète une
approche dans laquelle les priorités ne sont plus déterminées
de façon centralisée, mais sur la base des besoins
réels des communautés locales. Un autre élément
de nouveauté réside dans la participation active
des personnes concernées”, souligne-t-elle.
“Jusqu’à présent, le projet pilote
de Keng Tung a donné des résultats très
encourageants. Les employés et les volontaires y ont
gagné en compétences et les communautés
se sont engagées avec enthousiasme. Déjà,
on observe des changements de comportement et des améliorations
notables des conditions de santé des populations rurales.
Nous sommes convaincus que ce projet peut contribuer plus
largement au développement global de la Croix-Rouge
du Myanmar”, conclut Joanna MacLean. |
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Rosemarie North
L’auteur a travaillé comme déléguée
régionale à l’information pour la
Fédération internationale à Bangkok. |
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Activité
s du CICR au Myanmar
Présent depuis 1986 au Myanmar, le CICR est
essentiellement engagé dans les activités
suivantes:
• visites aux détenus;
• rétablissement des liens familiaux entre
les détenus et leurs familles;
• coopération avec la Croix-Rouge du Myanmar.
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Activité
s de la Fédération internationale au Myanmar
Présente dans le pays depuis 1992, la Fédération
internationale mène les projets suivants:
• Soutien aux programmes communautaires de santé
et de préparation aux catastrophes menés
par la Croix-Rouge du Myanmar
• Soutien au développement des capacités
de la Société nationale
• Coordination d’opérations internationales
de secours
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