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Echanges mutuels

Le partage des connaissances n’est pas un processus unilatéral du monde développé vers celui en développement. En témoigne le programme d’échanges de la Croix-Rouge de la jeunesse de Norvège, dans le cadre duquel de jeunes volontaires de la Croix-Rouge de la Jamaïque ont initié des collègues scandinaves à l’éducation mutuelle sur le VIH/sida.

‘‘Le fait d’être séropositive au VIH/sida a changé ma vie, mais ne m’a pas brisée”, explique une jeune femme jamaïcaine à un groupe de volontaires de la Croix-Rouge de la jeunesse. “Maintenant”, ajoute-t-elle, “je raconte mon histoire pour aider les autres.” À Trondheim, en Norvège, un homme d’âge moyen s’adresse à un autre groupe de jeunes volontaires. “C’est dur de vivre avec le VIH”, déclare-t-il. “Je suis heureux que vous vouliez participer aux efforts pour rendre les choses plus faciles.” Ces deux groupes, si éloignés sur le plan géographique, sont engagés dans une même initiative visant à former de jeunes volontaires à l’éducation mutuelle sur le VIH/sida et autres maladies sexuellement transmissibles.

Lancé en 1992, le programme Together We Can (Ensemble, nous pouvons) de la Croix-Rouge de la Jamaïque a déjà touché plus de 20 000 jeunes gens. Basé sur une approche participative faisant intervenir des activités créatives et des discussions de groupes, il a pour objet d’apprendre aux jeunes volontaires à sensibiliser leur génération aux modes de transmission et aux méthodes de prévention de ces fléaux. Créé en 2001, le programme Active Choice (Choix actif) de la Croix-Rouge de Norvège applique une démarche similaire. Le nombre de jeunes membres engagés dans cette initiative augmente année après année.

Outre leur vocation commune à combattre la propagation du VIH/sida, les deux programmes ont un lien très étroit, le second ayant été inspiré par le premier dans le cadre d’un projet d’échanges de jeunes délégués mis sur pied par la Croix-Rouge de Norvège. Lancé en 2000, ce projet vise à favoriser l’apprentissage mutuel et le développement organisationnel. Les participants suivent une formation intensive avant leur départ et sont étroitement encadrés tout au long de leur séjour à l’étranger.

Entre les jeunes volontaires de Jamaïque et de Norvège, le courant passe bien. © ÅSTA YTRE / FÉDÉRATION INTERNATIONALE

 

Apprentissage et développement

Le programme d’échanges, qui est entré dans sa quatrième année, regroupe aujourd’hui les Sociétés nationales de Norvège, d’Arménie, du Liban et du Kenya, et il a déjà profité à de jeunes volontaires Croix-Rouge et Croissant-Rouge de la Jamaïque, du Soudan et de l’Azerbaïdjan. Au total, 45 jeunes gens âgés de 20 à 28 ans y ont participé à ce jour, pour leur bénéfi ce personnel et celui de leurs Sociétés nationales.

Administré par la Croix-Rouge de Norvège avec l’appui de la Fédération internationale, le programme est partiellement financé par l’agence norvégienne pour le développement. Baptisée Fredskorpset, cette institution fondée en 1963 soutient diverses organisations norvégiennes et de pays en développement qui souhaitent s’engager dans des échanges bilatéraux. À l’origine, elle se vouait aux échanges unilatéraux entre la Norvège et les pays en développement, mais sa stratégie a changé en 2000. “Notre philosophie a évolué”, déclare Hans Inge Corneliussen, un représentant de Fredskorpset. “Auparavant, nous n’envisagions que la contribution potentielle des Norvégiens en faveur des pays moins développés, mais, aujourd’hui, nous avons compris que ceux-ci ont également beaucoup à nous apporter. Le programme d’échanges de jeunes délégués lancé par la Croix-Rouge de Norvège est un témoignage exemplaire des bienfaits à attendre de la réciprocité.”

De nombreux avantages

Outre Active Choice, en plein essor, d’autres programmes sont en cours de développement au sein de plusieurs des Sociétés nationales associées au projet, comme le Smiley Club, destiné à des enfants réfugiés en Arménie. Au départ, le Smiley Club avait été créé par un jeune volontaire arménien afin d’aider des enfants réfugiés en Norvège. Dans un deuxième temps, l’initiateur a recueilli des fonds pour lancer un programme similaire dans son propre pays.

“Nous avons retiré de nombreux avantages de ces échanges”, affirme Lois Hue, directrice générale adjointe de la Croix-Rouge de la Jamaïque. “Premièrement, nous nous sommes familiarisés avec d’autres méthodes de travail; deuxièmement, nous avons bénéficié de l’apport de nouveaux collaborateurs possédant des compétences complémentaires aux nôtres;
troisièmement, nos propres membres ont acquis des connaissances nouvelles et ont pu faire profi ter les autres de leur expérience personnelle.” Pour Lois Hue, la participation à ces échanges se justifie aussi par la possibilité de promouvoir ses propres programmes. “Il n’est pas facile de faire circuler l’information et de faire connaître son travail – surtout du monde en développement vers les pays développés”, commente-t-elle.

“Le choix des partenaires est déterminé par plusieurs critères”, explique Erling Kvernevik, premier coordinateur du programme d’échanges de jeunes délégués à la Croix-Rouge de Norvège. “Fredskorpset exige que les pays candidats figurent parmi les nations officiellement reconnues par l’Organisation pour le développement économique comme étant habilitées à bénéficier de l’aide publique au développement. Pour notre part, nous prenons en considération les programmes de coopération existants ainsi que les contacts à disposition dans les pays envisagés.”

Active Choice est le fruit d’un séjour en Norvège effectué en 2000 par Marvin Gunter, un jeune volontaire de la Croix- Rouge de la Jamaïque. Marvin savait que quelque chose de bon sortirait de cet échange, mais il n’en espérait pas autant. “Je m’attendais à des échanges culturels, à l’établissement de contacts et autres bénéfices similaires”, raconte-t-il, “mais certainement pas à la naissance d’un programme si important.”

Tout a commencé quand Marvin et un de ses collègues ont animé un weekend d’initiation au programme Together We Can. Erling Kvernevik explique que le premier groupe de participants jouissait d’une grande liberté de choix, car le programme d’échanges en était encore à ses balbutiements. “Il était donc tout naturel que Marvin choisisse de parler de ce qu’il connaissait le mieux: la prévention du VIH/sida.”

Entre les jeunes volontaires de Jamaïque et de Norvège, le courant passe bien. © ÅSTA YTRE / FÉDÉRATION INTERNATIONALE

 

Perspectives d’avenir

Une fois la première série d’échanges achevée, les jeunes Norvégiens qui avaient fait le voyage de la Jamaïque relancèrent le processus. Durant la seconde année du programme, avec le groupe suivant de délégués jamaïcains et le concours de jeunes délégués du Liban et de l’Azerbaïdjan, Rilito Povea et un collègue entreprirent d’adapter Together We Can à la culture de leur pays et organisèrent plusieurs sessions de sensibilisation sur le VIH/sida et autres maladies sexuellement transmissibles. Enfin, ils mirent au point avec les jeunes volontaires et délégués de la Croix-Rouge de la jeunesse la version norvégienne du programme: Active Choice.

Rilito explique que les deux programmes présentent des différences mineures. En particulier, le programme norvégien met davantage l’accent sur les autres maladies sexuellement transmissibles, dont l’incidence est supérieure à celle du VIH/sida. Des éléments culturels entrent également en ligne de compte. “Les attitudes et les valeurs ne sont pas les mêmes en Jamaïque et en Norvège”, note-t-il. “La façon d’aborder le sexe et la sexualité, en particulier, diffère sensiblement. Si nous voulons faire évoluer les comportements, il est essentiel de traiter de ces questions d’une manière conforme aux mentalités locales.”

Malgré ces différences, le programme jamaïcain est à ses yeux parfaitement pertinent en Norvège. “Nous avons le devoir de nous engager dans ce combat, même si le VIH est relativement peu répandu dans notre pays, car la situation est très grave ailleurs dans le monde, y compris dans des pays voisins du nôtre”, affirme-t-il. “Nous ne pouvons nous permettre de rester à l’écart.”

Bien que Active Choice en soit encore à la phase initiale, six cours de formation régionaux sont déjà prévus pour le printemps 2005 et un coordinateur de la Croix-Rouge de la jeunesse a été spécialement affecté au projet. Rilito se félicite de ces premiers résultats. “C’est formidable que de jeunes délégués jamaïcains et norvégiens, et d’autres pays encore, aient uni leurs efforts pour mettre en place ce programme, et, avec l’enthousiasme de nos jeunes volontaires, les perspectives d’avenir sont très encourageantes”, conclut-il.

Åsta Ytre
L’auteur est chargé de communication pour la jeunesse à la Fédération internationale.


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