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Vagues de destruction

La Croix-Rouge et le Croissant-Rouge sont en première ligne des efforts d’assistance en faveur des victimes du tsunami du 26 décembre. Les Sociétés nationales des pays affectés conduisent les opérations avec l’appui de la Fédération internationale, du CICR et de nombreuses Sociétés soeurs. Alors que la phase d’urgence touche à sa fi n, le Mouvement s’oriente maintenant vers la reconstruction et le relèvement à long terme d’une région dévastée.

Marina beach, Chennai (Madras), Inde. Le raz-de-marée a touché le littoral indien environ deux heures et demie après le tremblement de terre en Indonésie. © STR / AFP

Côte du Puntland, Somalie.

Abdirisak, 11 ans, pêchait avec son frère au large du village de Hafun quand la mer s’est soudainement retirée, laissant sur le sable une multitude de poissons. Les deux garçons ignoraient que cet étrange phénomène annonçait un formidable raz-de-marée.

“Mon frère a sauté de la barque pour attraper un homard”, raconte Abdirisak. “Comme il s’éloignait, j’ai vu les vagues, hautes comme des montagnes, qui se précipitaient vers nous. Mon frère a disparu sous mes yeux.”

L’horreur de ce moment est difficile à imaginer. Abdirisak est resté sur la barque et s’est mis à prier. Un instant plus tard, il s’est rendu compte qu’il flottait au-dessus de son village. Jetant un regard en arrière, il a entrevu le corps de son frère ballotté par les flots déchaînés, puis la barque s’est immobilisée sur un toit.

Le littoral somalien est à plus de 7000 kilomètres de l’épicentre du séisme sous-marin. Bien que le tsunami ait perdu beaucoup de sa puissance après avoir traversé de part en part l’océan Indien en sept heures, c’est un mur d’eau de la hauteur d’une chambre qui est venu s’abattre sur Hafun, écrasant tout sur son passage.

Dans les jours qui ont suivi la catastrophe, le monde s’est demandé avec une anxiété croissante quel avait pu être le sort des populations de la province indonésienne d’Aceh, située à une centaine de kilomètres seulement de l’épicentre et balayée par des vagues trois fois plus grandes que celle qui avait touché la Corne d’Afrique. Lorsque les images de télévision, les photos de satellites et les témoignages oculaires ont commencé à circuler, la réponse est vite devenue claire: la destruction était totale.

Bien que le trajet depuis Jakarta représente près de 2000 kilomètres, Irman Rachman a réussi à atteindre Banda Aceh, la capitale provinciale située tout au nord de l’île de Sumatra, le 27 décembre, soit le lendemain de la catastrophe.

A son arrivée, le directeur des secours à la Croix-Rouge indonésienne a découvert qu’une quarantaine de volontaires rescapés du tsunami avaient déjà mis en place des opérations d’évacuation et de premiers secours. Le siège local ayant été balayé par le tsunami, ils n’avaient pratiquement aucun équipement, si ce n’est leurs gilets marqués de l’emblème de la croix rouge qui avaient au moins le mérite de consolider l’esprit d’équipe indispensable pour pouvoir agir dans cet environnement de mort et de dévastation.

A la fi n de la deuxième semaine, les volontaires déployés dans la région étaient dix fois plus nombreux, et des équipes provenant de tous les coins de l’archipel indonésien étaient venues leur prêter main forte.

La plupart appartenaient à des satganas, des équipes de jeunes volontaires spécialement formés aux interventions d’urgence comptant jusqu’à 50 membres — un pour chaque section de la Société nationale. La première de ces équipes est également arrivée à Aceh le 27 décembre.

Les satganas continuent inlassablement leur travail. Quand leur directeur, M. Rachman, a demandé à une jeune volontaire si elle désirait retourner quelque temps chez elle, elle a répondu: “Comment pourrais-je partir? Ma maison est ici.”

“Je me suis demandé de quelle maison il pouvait bien s’agir”, rapporte Rachman, visiblement ému et fi er de ses satganas. “J’ai regardé tout autour de nous et je n’ai rien vu... tout avait disparu.”

Un mois après le tsunami, les volontaires de la Croix-Rouge indonésienne retrouvaient encore des cadavres à Banda Aceh. © AVENTURIER PATRICK / GAMMA

 

Au-delà de l’imagination
Peu de volontaires étaient jamais venus à Banda Aceh, où de nombreux habitants avaient déjà été déracinés par un confl it avant que la nature ne vienne aggraver leur sort, et encore moins avaient eu l’occasion de côtoyer la mort. Pourtant, en une seule journée, une équipe a ramassé plus d’une centaine de cadavres.

“Cela dépasse tout ce que vous pouvez imaginer”, déclare Aris Budiman, un étudiant en psychologie âgé de 20 ans. Ses sept camarades d’équipe poursuivent des études d’ingénieur, de comptable, de statisticien, de gestion ou de droit. Jeunes gens ambitieux, ils n’ont pourtant pas hésité une seconde à tout laisser pour venir passer trois semaines à Banda Aceh, par simple dévotion au travail de la Croix-Rouge.

“Le premier jour a été très dur”, ajoute Budiman. “Toute la nuit, j’ai continué de ramasser des cadavres en rêve.”

Avant que l’aide n’afflue du reste du pays et de l’étranger, ces volontaires ont été pratiquement les seuls à fournir une assistance. Comme toute catastrophe frappant une région isolée, le tsunami a constitué l’épreuve la plus difficile qui soit pour un jeune membre de la Croix- Rouge ou du Croissant-Rouge: agir avec efficacité aussitôt après une tragédie qui a frappé sa propre communauté.

Au cours des deux premières semaines, les satganas ont évacué plus de 1000 rescapés, organisé des services dans des camps de secours hébergeant quelque 13 000 personnes déplacées, et recueilli près de 20 000 corps. Ils ont procédé à des évaluations des besoins, localisé des sources d’approvisionnement en eau potable, réconforté les familles endeuillées, les blessés et les malades. Leur moyenne d’âge: 21 ans.

Les volontaires de la Croix-Rouge indonésienne ont aménagé sur un terrain d’exposition d’automobiles un siège provisoire, un dispensaire de premiers secours, un bureau de recherche, un entrepôt ainsi qu’un camp de tentes où ils s’accordaient quelques rares heures de sommeil.

Dans certains villages côtiers de Sumatra, on estime que la catastrophe a tué jusqu’à trois quarts de la population. Pour l’ensemble de l’Indonésie, le bilan s’établit à plus de 220 000 morts et disparus. Sans doute ne connaîtra-t-on jamais le nombre exact des victimes.

A Banda Aceh, la vie semble avoir retrouvé une certaine normalité. Des boutiques ont rouvert leurs portes, les paysans vendent à nouveau leurs produits sur le marché, la circulation est intense. Toutefois, dans une ville dont la moitié des habitations ont été détruites et où près de 50 pour 100 de la population manque à l’appel, la notion de normalité est toute relative.

La Croix-Rouge indonésienne a été en première ligne des efforts de secours d’urgence dans le nord de Sumatra et elle jouera un rôle essentiel dans le processus de reconstruction. La situation particulière d’Aceh, zone de conflit et région la plus durement touchée par le tsunami, a suscité la mobilisation de toutes les composantes du Mouvement: CICR, Fédération internationale et Sociétés soeurs.

La Fédération internationale a coordonné l’action du Mouvement en Thaïlande, aux Maldives, dans le sud et l’ouest du Sri Lanka, en Afrique de l’Est ainsi qu’en Indonésie, à l’exception de la province d’Aceh, le CICR assumant cette responsabilité dans le nord et l’est du Sri Lanka et à Aceh, régions où il était déjà opérationnel.

Tuuyahandi Ramalavathi, une habitante du village sri-lankais de Seenigama dévasté par le raz-de-marée, appelle sa soeur au Koweït sur un téléphone satellitaire grâce à un service mis en place par le CICR et la Croix-Rouge du Sri Lanka. © REUTERS / YVES HERMAN, AVEC L’AIMABLE AUTORISATION DE www. alertnet.org
© REUTERS / YVES HERMAN, AVEC L’AIMABLE AUTORISATION DE www.alertnet.org

Au total, plus de 30 Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont mobilisé des milliers de volontaires et près de 300 expatriés qui ont assuré des distributions de vivres et d’eau, des services de santé et de soutien psychologique, fourni des abris et des articles de première nécessité aux sinistrés. La Fédération internationale a déployé dix-huit unités d’intervention d’urgence et organisé près de 240 vols de secours à destination de l’Asie, en coordination avec le CICR et les Nations unies. Le CICR a établi une base de logistique à Singapour, d’où il a conduit ses opérations de secours par air et par mer.

S’agissant des plans d’avenir du Mouvement, Thierry Meyrat, chef de la délégation du CICR au Sri Lanka, mentionne deux grands défi s. “Les deux principaux défi s pour le Mouvement sont, d’une part, la coordination interne ainsi qu’avec les autres agences humanitaires et de développement et les autorités locales, et, d’autre part, la réponse aux besoins à long terme grâce aux fonds collectés qui nous permettront de mettre en place des programmes de soutien durables au bénéfice des populations sinistrées.”

Au Sri Lanka, près de 40 000 familles ont reçu une aide d'urgence de la Croix-Rouge. TILL MAYER /  FÉDÉRATION INTERNATIOANLE

Orphelins
Depuis l’épicentre du séisme au large de Sumatra, point de rencontre des plaques tectoniques indienne et birmane, le raz-de-marée a dû se déplacer plein ouest pour toucher les côtes sri-lankaises en deux heures à peine.

Ile “paradisiaque”, mais aussi, à l’instar de l’Indonésie, en guerre, le Sri Lanka a été le deuxième pays le plus durement éprouvé. La catastrophe y a fait au moins 31 000 morts et plus de 500 000 personnes déplacées. Le long du littoral dévasté, 80 pour 100 des bateaux de pêche ont été détruits, irrémédiablement pour la plupart.

Au Sri Lanka comme en Thaïlande, l’impact du tsunami a été filmé par de nombreuses caméras d’amateurs. Pour les vacanciers qui se prélassaient sur les plages, il aurait fallu une imagination débridée pour deviner ce qui était sur le point de se produire. Beaucoup se sont contentés d’observer avec curiosité la bande d’écume qui s’approchait de l’horizon. Quand ils ont vu le mur d’eau se précipiter sur eux, il était déjà trop tard. Par la suite, des journaux ont publié de bouleversantes photos prises par des personnes qui avaient péri quelques instants après.

La tragédie a fait un nombre élevé de victimes parmi les enfants, parce qu’ils n’avaient pas pu se mettre à temps en sécurité ou parce qu’ils ont offert une moindre résistance à l’impact du raz-de-marée et aux débris qu’il véhiculait. Elle a également laissé beaucoup d’orphelins, comme Nimanthi, une fillette de sept ans qui fréquente ainsi que des centaines d’autres enfants dans son cas un des centres de conseil mis sur pied par la Croix-Rouge du Sri Lanka avec l’appui des Sociétés nationales danoise et américaine.

Ses parents s’étaient rendus à une fête dominicale dans le secteur de Hambantota, au sud du pays, quand le tsunami s’est précipité sur la côte. Aujourd’hui, Nimanthi vit auprès de sa grand-mère, continuant d’espérer le retour de son père et de sa mère.

Près d’un million et demi d’enfants au total ont été affectés par la catastrophe en Asie et en Afrique de l’Est, et ils comptent pour un tiers des tués. A Banda Aceh, on estime qu’environ 1700 instituteurs et 35 pour 100 de leurs élèves ont péri.

Le docteur Margriet Blaauw, directrice du Centre de référence de la Fédération internationale pour le soutien psychologique, basé au Danemark, a visité en janvier les pays sinistrés. “Les enfants ont des besoins particuliers”, souligne-t-elle. “Beaucoup ne sont pas en mesure de s’exprimer. Les enseignants devront se montrer extrêmement patients.”

Le littoral méridional du Sri Lanka est une des destinations favorites des Européens qui veulent faire une coupure hivernale. La haute saison dure d’octobre à avril, quand la mousson s’éloigne vers le nord-est et que la mer est particulièrement sereine. Au début du mois de février, le gouvernement suédois a ouvert un débat parlementaire par la déclaration suivante: “Tsunami: un mot que nous n’oublierons jamais. Nous avons sans doute perdu plus d’enfants le 26 décembre au matin qu’en aucun autre jour de l’histoire de notre pays”.

Lorsque Bandula Jayasekera est arrivé à Galle, la capitale de la Province du Sud, il a trouvé une équipe de la Croix-Rouge du Sri Lanka et du CICR en plein travail de recherche de disparus. “Je suis arrivé de nuit, on aurait dit une ville fantôme”, raconte-t-il. “L’air empestait de l’odeur des corps en décomposition ensevelis sous les décombres. Des chalutiers et autres bateaux avaient été projetés par les flots jusque dans la rue centrale. Ce n’était plus la ville colorée que j’avais connue.”

Vpali Sirimanne, moniteur de plongée, compte parmi les milliers de Sri-Lankais qui vivaient de la mer. Aujourd’hui, il ne reste rien de ses bateaux ni de son matériel. Après le raz-de-marée, l’unique chose qui fonctionnait dans les environs était un camion-citerne de la Croix- Rouge, dont la bruyante pompe troublait seule l’oppressant silence, pendant que les villageois hébétés attendaient en fi le de recevoir de l’eau.

 

 

L’esprit humanitaire
Mais Sirimanne est aussi président de la section Croix-Rouge de Bentola. A ce titre, il observe que le tsunami a exalté l’esprit humanitaire de ses concitoyens et mentionne avec fierté le nombre important de nouveaux volontaires enrôlés depuis la tragédie. Tout le long de la côte, ceux-ci ont poussé leurs brouettes bancales d’un village à l’autre, prodiguant des soins de base, distribuant des secours, aidant les habitants à nettoyer les puits.

En Thaïlande, le raz-de-marée n’a pas fait la différence entre les plages et hôtels de luxe et les communautés de pêcheurs. “Comment pourrai-je retourner à la pêche après ça?”, se demande Oh Navarak, qui a perdu toute confiance dans l’élément qui assurait autrefois sa subsistance. Déferlant partout sous un ciel uniformément bleu et sur une mer d’huile, le tsunami a pris tout le monde par surprise. Oh Navarak se souvient d’un matin radieux et calme quand la première vague a emporté sa barque, le projetant brutalement ainsi que ses deux fi ls âgés de 19 et 22 ans dans un monstrueux tourbillon. Tout ce dont il se rappelle, ensuite, c’est de s’être retrouvé accroché dans un arbre.

Oh Navarak raconte son histoire dans la cour de l’école primaire de Ban Park Weep, convertie par la Croix-Rouge thaïlandaise en refuge pour les sans-abri. La Société nationale a très rapidement réagi, mobilisant ses volontaires dans les heures qui ont suivi la catastrophe pour distribuer aux sinistrés des rations alimentaires, des bougies et des médicaments.

En Thaïlande, on a recensé plus de 5300 morts, dont 1700 étrangers originaires de trente-six pays. Beaucoup de touristes rescapés sont restés sur place pour participer aux efforts d’assistance, désirant payer ainsi leur dette envers les communautés locales qui avaient elles-mêmes tant fait pour secourir leurs hôtes étrangers.

Les raz-de-marée ont également anéanti les moyens de subsistance de milliers d’habitants des Etats indiens du Tamil Nadu et de l’Andra Pradesh, ainsi que de l’archipel de Nicobar. La Croix-Rouge de l’Inde a déployé des équipes médicales dans les districts les plus durement frappés.

“Notre section locale de Nagapattinam s’est mobilisée dans les heures qui ont suivi la catastrophe”, rapporte Bargavi Davendra, de la Croix-Rouge du Tamil Nadu, où résidaient 90 pour 100 des quelque 8800 morts recensés sur le sous-continent. “A mesure que la nouvelle se propageait, les volontaires affluaient en masse pour répondre aux besoins les plus pressants des sinistrés, en leur distribuant notamment de la nourriture et de l’eau.” L’existence de stocks d’urgence prépositionnés à des endroits stratégiques a considérablement facilité les choses.

Aux Maldives, la faible profondeur des eaux qui entourent les 200 îles habitées de l’archipel a limité l’amplitude des vagues. Néanmoins, une vingtaine d’entre elles ont été entièrement ravagées et près de quatre-vingt autres ont perdu leurs sources d’approvisionnement en eau potable. Un cinquième environ de la population a subi des pénuries alimentaires, mais, par miracle, une centaine de personnes seulement ont péri dans la catastrophe.

Une des pires catastrophes de tous les temps
Dans les pays les plus touchés, le tsunami a balayé des années de développement. Dans certaines régions côtières, les vagues se sont enfoncées de plusieurs kilomètres à l’intérieur des terres. Tout au long du mois qui a suivi la catastrophe, le bilan humain n’a cessé de s’alourdir pour atteindre plus de 280 000 morts ou disparus à la mi-mars, et plus d'un million de personnes déplacées.

“Ce tsunami est une des pires catastrophes de tous les temps”, analyse Alan Bradbury, coordinateur des secours à la Fédération internationale, “non seulement au regard des terribles pertes humaines, mais aussi par son étendue géographique et par le nombre global de personnes affectées.”

L’acheminement de l’aide humanitaire s’est toutefois heurté à d’énormes problèmes de logistique. Dans certaines zones reculées, il a fallu plus d’une semaine pour que les premiers chargements de secours parviennent sur place. Les conflits en cours dans certaines parties de l’Indonésie et du Sri Lanka ont encore compliqué les choses.

Les volontaires locaux de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont souvent été les premiers — et, parfois, les seuls — à intervenir dans les heures et les jours qui ont suivi les raz-de-marée. Ils ont assuré tout l’éventail des services les plus pressants, s’employant à évacuer les corps afin de prévenir d’éventuelles épidémies, conduisant des activités de recherche et de soutien psychologique,administrant des soins de base et distribuant des articles de première nécessité.

La mobilisation internationale en faveur des victimes a dépassé toutes les attentes. En un mois, les Sociétés nationales et le secrétariat de la Fédération internationale ont collecté 1,6 milliard de dollars. De son côté, le CICR a reçu plus de 60 millions de dollars pour ses opérations en Indonésie et au Sri Lanka.

Si le montant total des contributions est considérable, par comparaison avec d’autres catastrophes, les sommes globalement allouées à la reconstruction ne dépassent probablement pas, par exemple, les 13 milliards de dollars débloqués par le gouvernement des Etats-Unis suite à la saison des ouragans de 2004 en Floride.

Quoi qu’il en soit, le volume des dons a également posé un certain nombre de problèmes aux organisations humanitaires. Dans une lettre ouverte, le secrétaire général de la Fédération internationale a insisté sur les responsabilités qui en résultaient pour toutes les composantes du Mouvement en termes de redevabilité vis-à-vis tant des donateurs que des bénéficiaires. Le 26 janvier, il a annoncé une baisse de régime des efforts de mobilisation de ressources, la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge disposant de suffisamment de fonds pour la phase d’urgence et pour le relèvement à long terme.

 
 

“ Je suis en vie”
La recherche des innombrables personnes toujours portées disparues demeure une priorité pour les organisations engagées dans l’opération. En Indonésie, les volontaires de la Croix-Rouge et les délégués du CICR ont sillonné les camps de personnes déplacées afin d’enregistrer des messages “Je suis en vie”. Des listes de noms étaient ensuite publiées dans les médias locaux et, des semaines après les raz-de-marée, elles continuaient de grossir. Parallèlement, le CICR a créé un site Internet spécialement dédié à l’enregistrement des disparus et des rescapés.

La Croix-Rouge indonésienne a également enregistré des “mineurs non accompagnés”, autrement dit, des enfants séparés des membres adultes de leur famille. Farizal, quatre ans, en faisait partie. La veille du tsunami, il était arrivé à Banda Aceh avec sa mère, une veuve de Lhokseumawe, une ville du littoral oriental de Sumatra. Il a miraculeusement survécu à la catastrophe, mais s’est retrouvé seul. Légèrement blessé, il a été conduit dans un dispensaire par un policier. Là, la Croix-Rouge l’a pris en photo afin d’afficher son portrait sur un tableau installé au siège local de l’organisation. Une équipe de télévision a ensuite filmé le panneau, ce qui a permis son identification. Farizal a ainsi retrouvé un oncle, mais sa mère, comme des dizaines d’autres milliers d’Indonésiens, est toujours portée disparue.

Près de deux mois après la catastrophe, les volontaires de la Croix-Rouge indonésienne continuaient de recueillir jour après jour des dizaines de cadavres. Ils en avaient déjà ramassé près de 60 000 et prévoyaient de poursuivre cette tâche éprouvante jusqu’au milieu de l’année. Dans l’intervalle, plus de 300 000 sinistrés avaient reçu des tentes, de la nourriture
et autres secours de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Tout en poursuivant ses activités d’aide d’urgence, le Mouvement a entrepris de formuler des plans pour le relèvement à long terme. Il s’emploiera, entre autres, à restaurer les moyens de subsistance des victimes, à remettre en état les systèmes d’approvisionnement en eau et d’assainissement, à rétablir les liens à assurer des services de santé soutien psychologique.

Cette opération, l'une des plus grandes jamais mise sur pied dans l’histoire de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, est coordonnée par Johan Schaar, 54 ans, Représentant spécial de la Fédération internationale. Ce responsable de l’aide humanitaire et de la gestion des conflits à l’Agence suédoise de développement international résume ainsi sa philosophie: “Le public et les gouvernements nous ont confié d’énormes ressources et certains s’attendent peut-être à ce que nous les dépensions très rapidement. Mais l’expérience nous a appris que, tout en répondant aux besoins les plus urgents, il est essentiel de planifier les efforts de reconstruction et de relèvement, et d’oeuvrer à réduire les risques futurs”.

Les personnes suivantes ont contribué à la rédaction de cet article: Bernt Apeland, chargé de presse du CICR en Aceh; Jessica Barry, chargée de presse du CICR au Sri Lanka; Robin Bovey, délégué CICR (Sécurité économique) en Aceh; Virgil Grandfield, délégué information de la Fédération internationale à Jakarta; Bandula Jayasekera pour la Fédération internationale au Sri Lanka; Josephine Mumukunde, chargée d’information à la Croix-Rouge rwandaise; Andrei Neacsu, délégué information de la Fédération internationale à Nairobi.

Action du CICR

Indonésie
Depuis sa base à Banda Aceh, le CICR a organisé avec la Croix-Rouge
indonésienne des distributions de bâches goudronnées et de colis
familiaux à des personnes déplacées dans les heures qui ont suivi la
catastrophe. Depuis lors, il a pris part aux activités suivantes:

• distributions de vivres, d’ustensiles ménagers et de matériaux pour abris;
• fourniture de sacs pour cadavres, de bâches en plastique, de gants et de masques pour l’évacuation des corps;
• services d’approvisionnement en eau et d’assainissement;
• distributions de fournitures médicales et services de santé;
• rétablissement des liens familiaux grâce à des téléphones satellitaires, à des messages Croix-Rouge, à des communications dans les médias et à un site Internet spécialisé (www.familylinks.icrc.org);
• visites de détenus.

Sri Lanka
Présent dans le nord et l’est du Sri Lanka depuis une quinzaine d’années, le CICR dispose de dix bureaux dans le pays. En étroite collaboration avec la Croix-Rouge du Sri Lanka et d’autres Sociétés nationales, il a pris part aux activités suivantes:
• distributions d’assortiments de secours familiaux (nattes, savon, seaux, casseroles, lampes) à des personnes déplacées hébergées dans des camps provisoires;
• fourniture de citernes à eau et de latrines dans des camps de transit;
• mise à disposition de personnel et d’équipements médicaux dans les hôpitaux et services de santé mobiles;
• rétablissement des liens familiaux.

Action de la Fédération Internationale

Depuis le 26 décembre, la Fédération internationale a mobilisé dix-huit unités d’intervention d’urgence et expédié 240 vols de secours en Asie, en liaison avec le CICR et avec l’office des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires.

Au titre de l’aide d’urgence, la Fédération internationale assure l’approvisionnement quotidien en eau potable de plus de 115 000 bénéficiaires, des soins médicaux à un millier de patients par jour, des abris, de la nourriture et des boissons chaudes à 40 000 sinistrés, ainsi que des services de soutien psychologique à environ 11 000 personnes.

Indonésie
La Fédération internationale a démarré son opération de secours dans les jours qui ont suivi la catastrophe. En collaboration avec la Croix-Rouge indonésienne, elle a assuré les services suivants:
• distribution de secours alimentaires et non alimentaires à plus de 125 000 personnes;
• approvisionnement en eau et assainissement;
• soins de santé de base;
• soutien psychologique.

Sri Lanka
En collaboration avec la Croix-Rouge du Sri Lanka, la Fédération internationale a assuré les services suivants:
• distribution de secours alimentaires et non alimentaires;
• approvisionnement en eau et assainissement;
• soins de santé de base;
• soutien socio-psychologique.

Maldives
La Fédération internationale a assuré des services d’hébergement provisoire et procuré aux sinistrés des secours alimentaires et non alimentaires.

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