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Le droit
International humanitaire coutumier
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Une
nouvelle étude du CICR, attendue de longue date, identifie
des règles assurant une meilleure protection aux victimes
de la guerre. |
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CETTE étude, fruit de plus de huit années de
recherches et de consultations, identifie 161 règles
de droit international humanitaire coutumier qui renforcent
la protection juridique des victimes des conflits armés.
Elle a été entreprise à la demande de
la XXVIe Conférence internationale de la Croix-Rouge
et du Croissant-Rouge en décembre 1995.
Parallèlement au droit des traités, le droit
coutumier est l’une des sources principales du droit
international humanitaire. D’ailleurs, avant 1864 —
date qui marque le début de la codification du droit
humanitaire avec l’adoption de la première Convention
de Genève —, la coutume a représenté,
des siècles durant, la principale source du droit.
Contrairement aux traités, qui sont des conventions
écrites, le droit international coutumier découle
de la pratique des États et n’est pas codifié
noir sur blanc. Une règle est considérée
coutumière — et à ce titre contraignante
pour tous les États — si elle est étayée
par une pratique répandue, représentative et
pratiquement uniforme.
Toute la difficulté consiste donc à cerner
le contenu du droit international coutumier, et c’est
pourquoi les États ont demandé l’appui
du CICR. La tâche exige des recherches approfondies
sur la pratique des États, par l’étude
des manuels militaires, de la législation, de la jurisprudence
et des déclarations officielles des États du
monde entier. Toutes ces pratiques sont répertoriées
par thème dans le volume II de l’étude,
qui compte plus de 4000 pages. Le travail de recherche et
d’évaluation sur les pratiques a été
mené en consultation avec des experts du monde entier.
Les principes qui, sur la base de ces pratiques, ont été
jugés constitutifs de règles coutumières
sont présentés dans le volume I. |
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Les conclusions principales
L’objet de l’étude était de surmonter
les limitations du droit conventionnel qui entravent la protection
juridique des victimes des conflits armés.
Premièrement, les traités ne s’appliquent
qu’aux États qui les ont ratifiés. Si
les quatre Conventions de Genève de 1949 sont universellement
ratifiées, ce n’est pas le cas d’autres
traités; ainsi, un certain nombre d’États
impliqués aujourd’hui dans des conflits armés
ne sont pas liés par les Protocoles additionnels de
1977. Or, l’étude montre que maintes dispositions
contenues dans ces traités sont des règles coutumières
internationales, et de ce fait s’appliquent à
tous les États et à toutes les parties à
un conflit.
Deuxièmement, le droit des traités ne régit
pas de manière suffisamment détaillée
les conflits armés non internationaux, qui représentent
pourtant la majorité des conflits actuels. Le droit
conventionnel applicable aux conflits armés non internationaux
se limite à l’article 3 commun aux quatre Conventions
de Genève et aux quelques articles du Protocole additionnel
II, qui ne contiennent que des dispositions très sommaires
touchant par exemple la conduite des hostilités et
les opérations de secours humanitaire. Or, l’étude
démontre que la pratique des États a défi
ni, au sujet des conflits internes, des règles coutumières
plus détaillées que le droit conventionnel.
Sur les 161 règles identifiées dans l’étude,
non moins de 149 s’appliquent aux conflits armés
non internationaux. L’étude précise ainsi
la protection juridiquement due aux personnes touchées
par des conflits internes tels que ceux de la Colombie, de
la République démocratique du Congo, du Népal
et du Soudan. Soulignons à cet égard que dans
des conflits internes de ce type, tant les forces armées
gouvernementales que les forces rebelles sont liées
par ces règles coutumières et peuvent être
appelées à répondre de leurs actes si
elles les enfreignent.
Troisièmement, pour déterminer quel traité
s’applique à un conflit donné, il est
nécessaire de préciser la nature — internationale
ou non — du conflit, ce qui donne souvent lieu à
des problèmes ou à des controverses. Or, l’étude
prouve que de nombreuses règles s’appliquent
également dans les conflits armés internationaux
et non internationaux. Ainsi, l’interdiction des attaques
contre les civils, les journalistes ou le personnel de secours
humanitaire, ou encore l’interdiction des déplacements
forcés de populations, s’appliquent dans tous
les conflits armés. |
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Un outil prêt à l’emploi
Pour que le droit coutumier exerce des effets concrets sur
le terrain, il faut qu’il soit connu et utilisé,
non seulement par des universitaires mais par toutes les personnes
concernées par le droit international humanitaire,
y compris les juristes des armées, les responsables
gouvernementaux et les tribunaux nationaux et internationaux
chargés d’appliquer le droit international humanitaire.
L’étude a été conçue comme
un outil d’emploi facile, et rédigée pour
être utile à des personnes sans formation juridique;
elle formule et explique les règles coutumières
afin que toute personne concernée par une situation
de confl it armé — commandants et soldats, certes,
mais aussi diplomates, journalistes et agents humanitaires
en général — puisse les connaître
et les comprendre. Le CICR entend tirer pleinement parti de
cette étude dans son activité de protection
et d’assistance aux victimes, et se fondera sur elle
pour rappeler à l’ensemble des parties aux conflits
leurs obligations. Pour faire connaître l’étude,
le CICR organise en 2005 et en 2006 une série de manifestations
de lancement dans le monde. |
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Jean-Marie Henckaerts
et Eric MongelardDivision juridique du CICR
Customary International Humanitarian Law,
Jean-Marie Henckaerts et Louise Doswald-Beck, Cambridge University
Press, 3 vol., 2005. Ouvrage disponible auprès de Cambridge
University Press (www.cambridge.org)
en langue anglaise. Le vol. I est en cours de traduction en
français, arabe, chinois, espagnol et russe. |
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Premières
réactions
Robert Kolb
Professeur de droit international aux universités de
Neuchâtel, Berne et Genève
«En quoi la coutume a-t-elle pertinence aux côtés
du droit conventionnel ? Elle peut servir de plusieurs manières.
Premièrement, elle sert à interpréter
le droit écrit : la pratique montre la manière
dont une norme est entendue et elle peut fixer sa compréhension.
Cette pratique peut aussi être jurisprudentielle (par
exemple le Tribunal pénal pour l’exYougoslavie).
En deuxième lieu, la coutume comble les lacunes laissées
par le fait que certains États n’ont pas ratifié
certains textes importants (par exemple, pour les États-Unis
d’Amérique, le Protocole additionnel I de 1977).
Troisièmement, la coutume est particulièrement
précieuse comme véhicule de progrès juridique
dans le droit des conflits armés non internationaux,
dans lequel la codification n’a pas encore pu aller
très en détail. Quatrièmement, la coutume
fournit un étalon de mesure commun dans certaines situations,
comme celle où une série de contingents de diverses
nations sont engagés sur le terrain alors que les États
dont ils relèvent n’ont pas ratifié les
mêmes textes (par exemple en Somalie en 1992). La multiplication
des régimes applicables peut alors jusqu’à
un certain point être résorbée par la
coutume.»
Theodor Meron
Président du Tribunal pénal international pour
l’ex-Yougoslavie
«Cette étude est sans précédent
par le sérieux et l’ampleur de la méthode
mise en oeuvre pour identifier les pratiques en vigueur, avec
des études nationales dans près de 50 pays.
Il est probable que certaines de ses conclusions donneront
lieu à controverse, en particulier en ce qui concerne
le libellé des règles proprement dites, mais
il est hors de doute que toute discussion future du droit
coutumier se fondera nécessairement sur cette étude.
Il est fort probable que dans certains cas, les États
et les tribunaux s’appuieront davantage sur la description
de la pratique contenue dans l’étude que sur
la lettre du texte de la règle correspondante.»
Yves Sandoz
Membre du CICR et chargé de cours aux universités
de Genève et de Fribourg
«Voilà une entreprise particulièrement
importante à une époque où l’humanité
connaît un regain de tension et où les frictions
entre religions et cultures sont exploitées à
des fi ns belliqueuses. Les Conventions de Genève sont
universellement acceptées; les règles de droit
international humanitaire représentent une sorte de
patrimoine commun de l’humanité, avec des racines
dans toutes les cultures. On peut donc voir en elles un ciment
entre les cultures. Il est donc essentiel de rappeler l’existence
de ces règles et de convaincre chacun de les respecter.
Cette étude a représenté une occasion
sans pareil pour ce faire. (...) L’étude est
un instantané de la réalité, réalisé
avec un souci absolu d’honnêteté intellectuelle,
c’est-à-dire sans jamais tenter de faire dire
au droit ce qu’on voudrait qu’il dise. C’est
à mes yeux ce qui fonde sa crédibilité
internationale. Pourtant, si elle représente un reflet
aussi fidèle que possible de la réalité,
elle ne prétend aucunement clore le débat. Elle
n’est pas exhaustive — il a fallu faire des choix
— et nul n’est infaillible. (...) Je souhaite
qu’elle soit lue, discutée et commentée;
qu’elle suscite un réexamen du droit international
humanitaire et des moyens de le développer et de le
faire mieux respecter.»
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