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Sécurité
routière
La fin de l’hécatombe? |
| Plus
de 3200 personnes — soit le nombre de passagers de huit
avions gros porteurs — perdent la vie chaque jour sur
la route. Comment combat-on ce fléau planétaire,
et comment le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
contribue-t-il à cet effort? |
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Un blessé chinois attend les secours
sur les lieux d’un accident dans lequel 6 personnes
ont trouvé la mort et 22 autres ont été
blessées. Le développement économique
de la Chine a entraîné une motorisation
rapide qui n’a pas été accompagnée
des mesures de sécurité routière
adéquates : entre 1975 et 1998, 250 000 personnes
ont été tuées au cours d’accidents
dans le pays.
©REUTERS / CHINA NEWSPHOTO H A N / J J, AVEC L’AIMABLE
AUTORISATION DE www.alertnet.org
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DANS les colonnes du New York Times, Mary Mwangangi exprime
un voeu : «Qu’on se préoccupe de la sécurité
routière autant que du sida.» Responsable de
la circulation au sein de la police kenyane et avocate éloquente
de la sécurité routière dans son pays,
elle rappelle que «la route tue exactement comme le
sida, le paludisme et la tuberculose».
Pour Mary Mwangangi, ce dossier a une résonance particulière
: elle-même victime d’un accident de la route,
elle circule en chaise roulante. Selon l’Organisation
mondiale de la Santé (OMS), la route tue aujourd’hui
quelque 1,2 million de personnes par an, et faute de nouvelles
mesures de sécurité, ce chiffre pourrait atteindre
2 millions en 2020, ce qui ferait des accidents la troisième
cause de décès et d’invalidité. |
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Or,
même dans les pays développés, où
le risque est honni, chacun semble considérer ce fl
éau comme un tribut à payer à la modernité.
La plupart des experts de la sécurité routière
attribuent cette attitude à l’ignorance très
répandue de la portée du problème et
des mesures de lutte possibles.
Pour changer les mentalités, des experts de l’OMS
et de la Banque mondiale ont publié en 2004 le Rapport
mondial sur la prévention des traumatismes dus aux
accidents de la circulation, qui plaide pour que ces accidents
soient considérés comme un problème majeur
de santé publique, à l’instar du cancer,
des cardiopathies et des accidents cérébrovasculaires.
Et nulle part ce problème n’est aussi menaçant
que dans les pays en développement. |
| Un
mal de la pauvreté
Les rapports, comme les réunions, sont souvent décriés
comme une manière pour la communauté internationale
de se payer de paroles plutôt que d’agir. Dans
le cas de la sécurité routière, pourtant,
il est indéniable que le Rapport sur les catastrophes
dans le monde publié en 1998 par la Fédération
internationale a contribué à la prise de conscience,
dans les milieux de l’aide humanitaire et du développement,
du fait que les morts et les blessés sur les routes
représentent une vraie catastrophe mondiale, particulièrement
grave pour les pays en développement.
Pour les organismes internationaux, l’urgence était
clairement formulée dans le rapport : «à
la veille, dans les pays en développement, d’un
essor très rapide de la circulation, les accidents
de la route coûtent déjà à ces
pays pratiquement l’équivalent de l’aide
qu’ils reçoivent.» Les accidents de la
route entravent le progrès en faisant des décès
et des blessés parmi les personnes économiquement
actives, et le rapport prédisait qu’ils causeraient
plus de dommages, en termes de décès et d’invalidité,
que bon nombre des menaces sanitaires qui recevaient davantage
d’attention.
La solution ? Une stratégie de développement
qui intègre les principaux paramètres de la
sécurité routière.
Or, même dans les pays où l’essor du développement,
tout particulièrement en Asie, élève
rapidement les niveaux de «motorisation», les
mesures de sécurité routière ne suivent
pas nécessairement le mouvement.
Ainsi, en Chine, le nombre de morts sur les routes a plus
que triplé entre 1975 et 1998, selon une étude
citée dans le rapport OMS-Banque mondiale. En 2003,
plus de 250 000 Chinois ont perdu la vie dans des accidents.
Le gouvernement kenyan estime à 2600 le nombre de
personnes tuées chaque année dans des accidents.
Les milliers de Kenyans blessés sur les routes grèvent
les ressources médicales limitées du pays et
coûtent quelque 76 millions de dollars par an à
une économie fragile.
Sur le nombre total de décès par accident de
la circulation dans le monde, plus de la moitié surviennent
dans les pays émergents du Pacifique ouest et du sud-est
de l’Asie. En Russie, les accidents sont la deuxième
cause de décès.
Le lien direct entre la pauvreté et lesdommages infligés
par les accidents amène l’OMS et la Banque mondiale
à prédire qu’entre 2000 et 2020, les décès
par accident de la route baisseront de 30% dans les pays riches,
mais augmenteront de 80% dans les pays pauvres.
Katherine Sierra, Vice-présidente (Infrastructures)
de la Banque mondiale, relève : «La sécurité
routière est un enjeu crucial du développement,
souvent négligé, et qui frappe surtout les pauvres.
On ne réduira les graves effets sociaux et économiques
des accidents de la route qu’en faisant une place bien
plus large à ce problème, et en prenant des
mesures de prévention appropriées.»
Le docteur Etienne Krug, qui dirige à l’OMS
le Département Prévention de la violence et
des traumatismes, écrivait dans un article récent
: «Partout dans le monde, le développement économique
multiplie les voitures et les routes; or, nous oublions que
la sécurité devrait augmenter en parallèle.» |
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Le Caire, capitale de l’Égypte
: trois millions de véhicules se disputent un espace
conçu pour quatre fois moins de voitures. Pour
se frayer un chemin dans les bouchons, chacun crée
ses propres règles, avec pour résultat le
chaos général et des milliers de morts par
an. ©REUTERS / ALADIN ABDEL
NABY, AVEC L’AIMABLE AUTORISATIONDE www.alertnet.org
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Un enjeu pour la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge
Pour le Mouvement, la sécurité routière
est un domaine essentiel. Son savoir-faire en matière
de premiers secours l’oriente nécessairement
vers la sécurité routière et la prévention
des accidents.
Sur l’ensemble des décès, 57% se produisent
dans les minutes qui suivent le choc, avant l’arrivée
des secours. Les soins apportés dans ces instants critiques
peuvent sauver des vies, et aider victimes comme témoins
à faire face psychologiquement.
La Croix-Rouge et le Croissant-Rouge ont joué un rôle
crucial pour améliorer les normes de sécurité
routière par des cours de premiers secours. De nombreuses
Sociétés nationales dans les pays en développement,
comme le Ghana (voir encadré), qui n’est pas
doté d’un service d’ambulances efficace,
axent leur activité de formation aux premiers secours
sur les conducteurs, qui sont par définition les premiers
sur les lieux d’un accident.
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Pour
Christopher Lamb, conseiller spécial pour la représentation
internationale à la Fédération internationale,
la sécurité routière englobe des activités
qui «d’une manière ou d’une autre
concernent toutes les Sociétés nationales de
la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge dans tous les pays, ou
peu s’en faut».
«L’augmentation du nombre de décès
tragiques dus aux accidents de la route est un problème
mondial qui préoccupe beaucoup le Mouvement»,
ajoute le docteur Mohammed Al-Hadid, président du Croissant-Rouge
jordanien et de la Commission permanente. «Les plus
vulnérables sont les piétons, les cyclistes
et les utilisateurs de véhicules non motorisés;
les soins aux blessés pèsent lourdement sur
des services médicaux qui manquent de fonds, ce qui
retarde le développement dans certains pays.»
D’Oman à l’Érythrée et à
l’Autriche, le Mouvement mobilise ses ressources pour
faire face. Pour assurer un succès mondial, la Fédération
internationale est l’un des fondateurs d’une vaste
initiative de sensibilisation sur ces questions. |
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Vente d’accessoires de sécurité
dans les rues d’Accra, capitale du Ghana. ©MICHAEL
WINNETT / FÉDÉRATION INTERNATIONALE
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Une formation novatrice au Ghana
En décembre dernier, une dépêche laconique
annonçait au monde l’un des pires accidents que
le Ghana ait connu de mémoire humaine. Vingt-quatre
personnes, dont quatre enfants, avaient perdu la vie dans
un choc frontal entre deux autobus, entre Kumasi et Sunyani.
Les accidents de la circulation «sont fréquents
au Ghana», annonçait sans fioritures l’agence
de presse, en raison du «mauvais état»
des routes et de l’«ignorance délibérée»
des règles de la circulation chez la plupart des conducteurs.
Or, à Kumasi, ville animée et commerçante
dont les encombrements sont parmi les pires du continent,
les choses changent. La police ghanéenne se targue
d’avoir obtenu quelques succès pour faire respecter
par les taxis les règles sur le nombre de passagers,
et la Croix-Rouge a dispensé une formation spéciale
en premiers secours aux conducteurs professionnels de la ville.
Le cours a été conçu pour l’Afrique
de l’Ouest, où les équipements de pointe
font défaut et où, comme l’indique le
descriptif du projet, «les délais d’admission
à l’hôpital sont longs». On enseigne
essentiellement la position d’attente permettant de
dégager les voies respiratoires d’un blessé,
les précautions élémentaires à
prendre pour protéger la colonne vertébrale,
la lutte contre les hémorragies, la pose d’éclisses,
le triage des blessés, ainsi que la gestion du site
d’un accident et de situations où les victimes
sont nombreuses.
Au cours de la première année du projet, plus
de 60% des chauffeurs de taxi formés ont eu l’occasion
d’utiliser concrètement leurs nouvelles compétences.
Kumasi ne dispose pas d’un service d’ambulances
digne de ce nom; les chauffeurs professionnels sont très
souvent les premiers sur les lieux d’un accident, et
un peu plus de 70% des blessés arrivent à l’hôpital
dans un véhicule commercial, qui, la plupart du temps,
est un taxi.
Le projet a été mené conjointement par
la section d’Ashanti de la Croix-Rouge du Ghana, l’Université
Kwame Nkrumah de la science et de la technologie, la Ghana
Private Road Transport Union et l’Université
de Washington. Avant son démarrage, 13% seulement des
chauffeurs professionnels de la ville avaient une formation
en matière de premiers secours. Aujourd’hui,
ils sont environ 500.
«Je ne supporte pas de voir des gens mourir de façon
si absurde, alors que des mesures simples pourraient les sauver»,
explique le docteur Charles Mock, de l’Université
de Washington, qui a été étroitement
associé au projet de Kumasi. Pour lui, les blessures
et les décès causés par les traumatismes,
et en particulier par les accidents de la circulation, sont
«un problème énorme qui a été
terriblement négligé dans le monde entier». |
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La Croix-Rouge colombienne, par ses services
d’ambulance et de premiers secours, est une composante
essentielle dans le système de réaction d’urgence
aux accidents de la route dans le pays. ®JAVIER GALEANO
/ AP PHOTO
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Une
alliance internationale
L’expérience montre qu’en instaurant des
mesures élémentaires de sécurité
routière, les pouvoirs locaux ou nationaux peuvent
réduire le nombre d’accidents et de blessés
de 80%.
Si les fabricants de véhicules renforçaient
les mesures de sécurité, la réduction
pourrait être encore plus marquée. Selon le docteur
Krug, «Il faut persuader les constructeurs de ne plus
faire de la vitesse un argument de vente.» Et d’ajouter
: «Le secteur privé a fait beaucoup pour perfectionner
les ceintures de sécurité, les coussins gonflables
et les systèmes de freinage, mais bien des améliorations
techniques restent encore possibles.»
En 1998, après la publication du Rapport sur les catastrophes
dans le monde de la Fédération internationale,
la Banque mondiale et la Fédération internationale
ont créé le Partenariat mondial pour la sécurité
routière (GRSP), qui réunit des sociétés
privées, des associations et des gouvernements, afin
de sensibiliser l’opinion et de réduire durablement
les accidents de la route dans les pays en développement
ou en transition.
Quelque 200 organismes participent actuellement aux activités
du GRSP, menées dans plus de 10 pays. David Silcock,
son directeur, dépeint cet organisme comme «une
composante d’une coalition toujours plus forte de professionnels
des transports et de la santé publique qui demandent
que la sécurité routière soit dotée
de plus de ressources et devienne une vraie priorité».
Le groupe a «un programme dynamique de projets et une
somme croissante de connaissances et d’expérience».
La dernière initiative du GRSP est un programme de
10 millions de dollars, financé par sept des plus grandes
sociétés pétrolières et automobiles
du monde. L’initiative, qui sera mise en oeuvre par
le GRSP, va se concentrer sur des thèmes clés
de la sécurité routière, sur la formation
de professionnels de la sécurité dans les pays
en développement, et fournira des capitaux d’amorçage
à l’appui de programmes pilotes afin de renforcer
la sécurité routière dans ces pays.
En Asie, le GRSP concentre ses efforts sur quelques «pays
cibles». En dix ans, le nombre de véhicules dans
deux de ces pays — l’Inde et la Thaïlande
— a plus que doublé; dans le troisième,
le Viet Nam, il a plus que triplé, le nombre de motocyclettes
croissant de près de 70% au cours des deux seules dernières
années. Selon David Silcock, «dans les zones
urbaines d’Asie, les voies de circulation voient coexister
piétons, charrettes tirées par des animaux,
véhicules à moteur anciens et modernes et deux-roues».
Le casque n’est guère répandu, et la proportion
de motocyclistes parmi les victimes est élevée,
allant même jusqu’à 80% dans une province
thaïlandaise.
Toujours d’après Silcock, «Il y a peu
de recettes miracle, mais les mesures les plus à même
d’avoir un effet rapide et important sont le port du
casque, l’utilisation de la ceinture de sécurité,
la lutte contre l’alcool au volant et la maîtrise
de la vitesse. Le Mouvement de la Croix-Rouge a beaucoup à
offrir en termes de programmes de sensibilisation et de prévention
dans les communautés touchées.»
«Les programmes individuels du GRSP en Asie reflètent
à bien des égards la culture politique de chaque
pays», poursuit-il. «De fortes pressions politiques
sont exercées en Thaïlande pour améliorer
la sécurité routière, et une fondation
GRSP a été enregistrée dans le pays.»
Il y a donc des raisons d’espérer.
Autre pays cible du GRSP, bien placé pour illustrer
les problèmes particuliers des économies en
transition et dans lequel, qui plus est, le Mouvement est
actif en matière de sécurité routière
: la Pologne. |
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La transition : voitures neuves sur routes antiques
La «transition» de la Pologne d’un système
communiste à une économie de marché peut
s’illustrer par le graphique du nombre de véhicules
sur les routes du pays. La ligne monte en flèche en
1989, atteignant deux ans plus tard un pic qui ne sera plus
dépassé. «C’est une vraie catastrophe»,
explique Katarzyna Stepinska, administratrice principale de
la Croix-Rouge polonaise qui coordonne les activités
dans ce domaine. «L’explication est simple : de
bonnes voitures sur de mauvaises routes.»
Dans une Polski Fiat 126 — la voiture que les Polonais
rêvaient d’acquérir à l’ère
socialiste après des années d’épargne
—, «écraser le champignon» avait
des effets modestes. Aujourd’hui en revanche, comme
partout dans l’ex-bloc soviétique, les véhicules
convoités sont des modèles allemands puissants,
ou tout au moins des voitures japonaises, qui toutes dépassent
allègrement, lorsqu’on les sollicite, la limite
de vitesse en zone urbaine (50 km/h).
L’excès de vitesse est unanimement considéré
comme la cause numéro un des décès sur
les routes polonaises. Le réseau routier polonais,
construit pour l’essentiel avant la Seconde Guerre mondiale,
est l’un des plus dangereux de tous les pays de l’OCDE
(Organisation de coopération et de développement
économiques). «Nos routes ? Elles sont formidables...
à condition de conduire un char», explique, sourire
en coin, Andrzej Grzegorczyk, responsable du Conseil national
pour la sécurité routière.
À ses yeux, la crise du réseau routier polonais
est effectivement un problème de transition, qui découle
d’une décennie de libéralisation et de
motorisation, et d’une mentalité de «fou
du volant» qu’il constate surtout chez les jeunes
hommes. «Naguère, explique-t-il, c’étaient
les pères de famille qui tenaient le volant, pas leurs
fils, et ils prenaient grand soin d’un véhicule
qu’ils avaient trimé dur pour acquérir.»
Pourtant, en Pologne, le nombre de décès baisse
depuis peu en dépit de la hausse continue du nombre
de véhicules, preuve que les mesures de prévention
portent leurs fruits. «Notre stratégie repose
sur l’amélioration des premiers secours»,
explique Scholastyka Sniegowska, secrétaire générale
de la Croix-Rouge polonaise, dont le cours de 16 heures est
désormais certifié conforme aux normes défi
nies par les Croix-Rouge en Europe (on estime que 70% des
Polonais qui décèdent sur les lieux d’un
accident auraient pu être sauvés). La Croix-Rouge
polonaise, qui a conclu un accord avec les pompiers sur la
préparation aux accidents et aux catastrophes, demande
avec insistance depuis des années au gouvernement d’améliorer
la formation aux premiers secours dans les cours de conduite
destinés à la population.
Imposer des limites aux véhicules et aux conducteurs
comporte aussi des enjeux politiques bien connus. Comme le
rappelle un expert : «Dans la Pologne démocratique,
chaque conducteur est aussi un électeur.» C’est
ainsi qu’à trois reprises, des projets de loi
visant à instaurer une limite de vitesse nationale
ont échoué devant le parlement. |
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Quand
la route tue : le coût humain
Les accidents de la route entraînent d’énormes
problèmes de santé publique et de développement
:
• 1,2 million de décès par an, soit 3242
morts par jour en moyenne;
• Près de 50 millions de blessés ou d’invalides
chaque année;
• 11e cause de mortalité et 2,1% de l’ensemble
des décès dans le monde.
Les traumatismes dus à des accidents de la route frappent
neuf fois sur dix des personnes vivant dans les pays à
faible et moyen revenu, en particulier en Asie :
• Plus de 50% de tous les décès causés
par accident de la route concernent de jeunes adultes âgés
de 15 à 44 ans, la tranche d’âge la plus
productive de toute société;
• Les hommes constituent 73% des morts sur les routes;
• Les usagers de la route les plus vulnérables
sont les piétons, les cyclistes, les utilisateurs de
deux-roues motorisés et les passagers des transports
publics.
Si rien n’est fait, le problème s’aggravera
dans les pays en développement :
• Les traumatismes dus à des accidents de la
route pourraient devenir d’ici à 2020 le troisième
facteur de la charge mondiale de morbidité;
• Les décès dus aux accidents de la route
devraient augmenter de 80% dans les pays à faible et
moyen revenu et baisser de 30% dans les pays à haut
revenu.
On estime que les accidents de la route coûtent chaque
année :
• 518 milliards de dollars à l’échelle
de la planète;
• 65 milliards de dollars dans les pays à faible
et moyen revenu, somme supérieure au montant total
de l’aide au développement;
• Entre 1 et 1,5% du produit national brut dans les
pays à faible et moyen revenu;
• 2% du produit national brut dans les pays à
haut revenu.
De nombreux pays ont réussi à réduire
fortement le nombre d’accidents et de victimes :
• En appliquant des lois sur les limites de vitesse,
l’alcool, les ceintures de sécurité, les
dispositifs de retenue pour enfants et le port du casque;
• En appliquant des politiques des transports et d’aménagement
du territoire qui encouragent des déplacements moins
nombreux, plus courts et plus sûrs; en encourageant
des modes de transport moins risqués, tels que les
transports publics; en intégrant des mesures de prévention
des traumatismes dans la gestion de la circulation;
• En rendant les véhicules plus sûrs pour
leurs occupants, pour les piétons et pour les cyclistes,
et plus visibles grâce à des phares diurnes,
des feux d’arrêt en hauteur et des matériaux
réfléchissants sur les cycles, les charrettes,
les pousse-pousse et autres véhicules non motorisés.
| Source : OMS/Banque mondiale,
Rapport mondial sur la prévention des traumatismes
dus aux accidents de la circulation, 2004. |
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Inverser
la tendance
La campagne des Sociétés nationales de l’Union
européenne, qui entame sa troisième année,
avec le passage de flambeau entre les Croix-Rouges allemande
et britannique, est sans doute la plus réussie de toutes
les initiatives concertées de la Croix-Rouge et du
Croissant-Rouge pour la sécurité routière.
Quelque 9000 enseignants et des centaines de milliers d’enfants
ont directement participé aux activités de la
campagne, qui a culminé l’année dernière
avec la publication, sous forme de CD et de brochure, d’un
Guide des bonnes pratiques, disponible en 13 langues. Selon
Luc Henskens, directeur du bureau de la Croix-Rouge auprès
de l’UE à Bruxelles, la contribution apportée
par les pays de l’élargissement a été
cruciale, «en termes de volume et de qualité
des activités».
En été 2005, la campagne donnera lieu à
une tournée, dans tous les pays participants, de quatre
véhicules, qui convergeront sur Bruxelles en septembre
pour une manifestation finale.
La Croix-Rouge britannique — à l’instar
de bien d’autres Sociétés nationales —
plaide pour l’intégration des premiers secours
dans l’examen général du permis de conduire.
La Croix-Rouge française a lancé une campagne
ambitieuse, qui mêle des messages télévisés
spectaculaires sur les accidents de la route avec la promotion
des premiers secours comme technique permettant de sauver
des vies. Anita Kerwin-Nye, conseillère de la Société
en matière de premiers secours, considère que
«nous avons tous la capacité d’apprendre
des gestes simples qui peuvent sauver des vies s’ils
sont pratiqués sur les lieux d’un accident». |
Rester
en vie
Œuvrer pour la sécurité routière
exige de s’attaquer à quelques-uns des problèmes
les plus irréductibles des sociétés modernes
: alcoolisme, toxicomanie, sous-développement et ignorance.
Dans ce combat, le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
dispose de tactiques de base : la prévention et les
premiers secours.
La lutte doit être menée à tous les échelons.
Gouvernements, entreprises, médias et société
civile doivent s’appuyer sur des initiatives conjointes,
telles que le GRSP. Pour inverser une tendance préoccupante,
qui pourrait faire des millions de victimes supplémentaires
sur les routes, il faut dépasser le stade de projets
pilotes comme le GRSP et faire de la sécurité
routière une priorité absolue de la santé
publique. Comme l’affirme le rapport de l’OMS
et de la Banque mondiale, «La prévention des
traumatismes dus aux accidents de la circulation et leur atténuation
devraient recevoir la même attention et les mêmes
ressources, proportionnellement, que d’autres problèmes
de santé importants, si l’on veut éviter
les pertes en vie humaine et les traumatismes de la route,
ainsi que leurs répercussions dévastatrices
sur le plan humain et le coût économique énorme
pour la société.» |
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Alex Wynter
Établi à Londres, Alex Wynter est rédacteur
et journaliste indépendant.
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Le port obligatoire du casque est la
plus urgente des mesures que le gouvernement du Viet
Nam envisage de prendre pour réduire le nombre
toujours croissant des victimes de la route. ©GÉRARD
LAUTRÉDOU / CROIX-ROUGE FRANÇAISE
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Viet Nam : d’une ville l’autre
Le Viet Nam est «pauvre», certes, mais il s’enrichit
vite : le taux de croissance annuel moyen de son produit intérieur
brut entre 1991 et 2000 (7,5%) ferait pâlir d’envie
les gouvernements européens.
Conséquence directe : la croissance exponentielle
de la circulation et des accidents, devenus — et de
loin — la première cause de décès
pour les 18-50 ans, la tranche d’âge la plus productive.
Le Viet Nam est l’exemple classique d’un pays
en développement qui paie le prix fort, en morts et
en blessés, de la «motorisation» (souvent
sous forme de petits deux-roues bon marché) qui accompagne
le développement. Au cours des dix dernières
années, le nombre de morts sur les routes a été
multiplié par quatre : de 3000, il a bondi à
près de 13 000, soit 36 décès par jour
sur les routes du pays.
En 1995, on dénombrait sur les routes 4 millions de
véhicules; ils sont aujourd’hui 12 millions,
avec une majorité écrasante de motocyclettes.
La première mesure que le gouvernement pourrait prendre
pour réduire notablement les décès serait
l’obligation du port du casque.
Un projet conjoint des Croix-Rouge française et du
Viet Nam, d’un montant de presque 250 000 dollars, va
adopter une méthode à deux composantes pour
améliorer la sécurité routière
: des premiers secours à des carrefours clés
de la capitale, Hanoï, et de Hô-Chi-Minh-Ville,
et des campagnes dans les médias.
Le projet, signé en octobre dernier pendant la visite
d’État au Viet Nam du président français
Jacques Chirac, a pour objet «de réduire la mortalité
croissante sur les routes», selon un communiqué
de presse des Sociétés nationales. Depuis trois
ans, la France a redoublé d’efforts pour réduire
le nombre d’accidents, avec de très bons résultats.
La Croix- Rouge française est l’une des Sociétés
nationales les plus expérimentées dans ce domaine.
Au Viet Nam, les efforts de la Croix-Rouge en matière
de premiers secours se concentrent sur des sites particulièrement
dangereux : les points d’entrée dans les villes
des grands axes du réseau national. À Hanoï,
ils sont situés sur l’autoroute Than Lang, en
direction de l’aéroport, dans le quartier Dong
Anh vers le nord, à Trau Quy vers l’est et à
Van Dien vers le sud. Sur chacun des quatre sites seront postés
500 volontaires, munis de trousses de premiers secours et
d’un brancard.
À Hô-Chi-Minh-Ville, 160 volontaires seront
postés dans un premier temps à l’un des
quatre points d’accès jugés les plus dangereux.
Dans les deux villes, la Croix-Rouge organise aussi des campagnes
d’affichage et de presse pour inciter les gens à
conduire moins vite, encourager les motocyclistes à
porter le casque et prévenir la consommation d’alcool
chez les conducteurs.
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Gérard Lautrédou
Gérard Lautrédou est chef de mission de
la Croix-Rouge française au Viet Nam. |
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