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Yalla Shabab!

Des représentants de Sociétés nationales du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord
ont tenu cette année leur première réunion officielle à Damas (Syrie). Objectif : renforcer la voix des jeunes au sein du Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Ce matin, les couloirs du Green Hills Hotel de Damas résonnent de voix parlant arabe, anglais, farsi et français : celles de 24 jeunes des deux sexes qui assistent à la première réunion officielle des responsables Jeunesse Croix-Rouge Croissant-Rouge du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA). Une cloche tinte au fond de la salle, et une jeune femme élève la voix au-dessus du vacarme : Yalla shabab ! «Allons-y, les jeunes !» Les participants représentent 11 des 18 pays de la région; leur diversité se reflète dans leurs habits, qui vont du complet-veston au «hijab» traditionnel, en passant par des jeans ou des robes plus décontractés. Malgré la diversité des langues, des nationalités et des religions dans la région, ces jeunes veulent non seulement parler d’une seule voix : ils veulent que cette voix soit entendue.

Passant en revue leurs atouts et leurs points faibles collectifs, ils ont vite cité à titre de menaces extérieures les catastrophes naturelles, les problèmes politiques, la guerre et la croissance démographique,et ils ont ajouté des faiblesses internes comme le manque de motivation et de soutien. Toutefois, ils ont aussi constaté que leurs points forts collectifs l’emportaient sur ces points faibles, et que les chances à saisir pesaient plus que les menaces. Les jeunes volontaires considèrent comme des points forts leur expérience, leur culture commune, leurs besoins similaires, leur diversité, leur volonté, leurs structures et la communication; ils sont tous d’accord pour considérer qu’il est temps pour eux d’agir ensemble. Ils veulent améliorer leurs activités, et faire davantage pour améliorer l’existence des personnes vulnérables. Le réseau régional de la jeunesse de la région MENA, nouvellement formé, avec le comité de coordination élu pendant la réunion de Damas, pourrait devenir l’un de leurs meilleurs atouts pour y parvenir.


©ÅSTA YTRE / FÉDÉRATION INTERNATIONALE


Priorité aux jeunes

La réunion a été organisée suite à l’Assemblée générale de la Fédération internationale en 2003, et à la 4e Conférence MENA à Bahreïn en 2004, qui avait fait de la jeunesse l’une de ses cinq priorités, mettant l’accent sur des mesures concrètes, comme le partage des données d’expérience, la mise en réseau et la création de partenariats pour encourager la participation des jeunes à tous les échelons des Sociétés nationales et de la Fédération internationale.

C’est dans ce contexte que la réunion de Damas a décidé de créer un réseau régional jeunesse dynamique, doté d’un comité de coordination efficace, de partager les programmes ayant fait leurs preuves, sur la base des priorités régionales, de définir un plan d’action régional ayant pour objectif d’obtenir des résultats dans les programmes Jeunesse Croix-Rouge Croissant-Rouge, et d’améliorer le travail de sensibilisation à l’échelle locale et nationale.

Partager l’acquis

Comme dans bien des Sociétés nationales, les jeunes de la région représentent le gros des troupes des volontaires, et un réservoir de compétences hautement qualifié dans des secteurs comme la gestion des catastrophes et la prise en charge des communautés. Une journée entière a été réservée pour permettre aux Sociétés nationales d’échanger leurs données d’expérience acquise dans le cadre des programmes prioritaires pour la région.

«Les participants ont vraiment apprécié ces séances», explique Darine El Sabeh, conseillère jeunesse de la région MENA, qui a organisé et animé la réunion. «Il était très important pour eux de mieux se connaître, de connaître les structures et les systèmes de gestion, la manière dont les volontaires des diverses Sociétés nationales font face aux difficultés et dont les activités leur permettent de se mettre en valeur.»

L’expérience réussie du Croissant-Rouge marocain (CRM), qui a fait participer des jeunes aux secours en cas de catastrophe, a ainsi été relatée. Rachid Yakoubi, coordonnateur jeunesse du CRM, a expliqué qu’au départ, les jeunes ne représentaient que 65% des volontaires formés pour les interventions en cas de catastrophe, mais que ce chiffre s’était accru de près de 20% au cours de l’année suivant la première intervention où la participation des jeunes avait été très visible. Il a aussi évoqué les efforts visant à inclure plus de femmes dans ces activités, efforts grâce auxquels la participation des femmes aux interventions en cas de catastrophe avait passé de 19 à 37%.

Les jeunes de la Croix-Rouge libanaise ont parlé de leur programme d’éducation par les pairs sur le VIH. Leur expérience sera mise à profit par des jeunes volontaires de Jordanie, du Liban, du Maroc et de Syrie, qui vont collaborer pour organiser au Moyen-Orient une formation des formateurs dans ce domaine.

 
 

Un avenir commun

Outre ce partage d’expériences, la réunion a porté sur la participation des jeunes à la Fédération internationale ainsi que sur la communication et la planification. Le premier comité de coordination jeunesse pour la région MENA a été élu, puis un plan d’action a été préparé.

Dans une région où les jeunes sont souvent exclus des processus de décision, l’élection du comité était un événement important. Selon El Sabeh, ce fut pour bon nombre de participants l’un des moments essentiels de la réunion. «Les participants ont apprécié l’élection; ils ont apprécié de débattre de la procédure et de la structure du comité, malgré les divergences.»

Après des débats très vifs et deux tours de scrutin, le premier comité de coordination a été désigné. Il se compose de deux membres élus d’Arabie saoudite, d’Égypte, d’Iran, d’Irak, du Liban et de Palestine, plus un membre de la Commission jeunesse de la Fédération internationale appartenant à la région. Le comité assurera le suivi du plan d’action, coordonnera la coopération et la communication et plaidera pour le développement des activités touchant la jeunesse dans la région.

Une démarche nouvelle

Les participants ont appris à mieux connaître divers instruments de planification, et ils ont procédé à une analyse «FFOM» (forces, faiblesses, opportunités, menaces) de leur situation actuelle, avant de préparer un plan d’action régional. Le plan a été défi ni en conformité avec la Stratégie 2010, en trois parties : renforcement de programmes jeunesse réactifs et ciblés; utilisation de la participation des jeunes pour contribuer à des Sociétés nationales qui fonctionnent bien; coopération optimale avec tous les partenaires potentiels. Pour atteindre leurs objectifs, les jeunes devront coopérer avec les autorités de leurs Sociétés nationales; El Sabeh voit là une difficulté potentielle. «Le défi majeur pour le réseau et son comité sera d’être entendu par les dirigeants de certaines Sociétés nationales de la région», pense-t-elle. «Les jeunes appliquent une méthode nouvelle, il est normal de créer des réseaux, mais moins courant d’utiliser des comités de coordination avec des réunions régulières pour traiter de questions précises. Il faudra du temps pour s’y habituer, mais il faut espérer que les jeunes vont progresser dans leur plan d’action et pourront faire valoir des résultats concrets; ainsi, l’importance du réseau sera manifeste par son travail.»


De jeunes volontaires du Croissant-Rouge marocain pendant un exercice d’intervention en cas de catastrophe.
©CROISSANT-ROUGE MAROCAIN

 

Plus de coopération

En plus du plan d’action et du comité de coordination élu, la première réunion des jeunes de la région MENA a réussi à rapprocher les jeunes de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge de la région, et à les motiver pour s’entraider.

Plusieurs liens nouveaux entre Sociétés nationales de la région ont été noués au cours de la réunion; d’autres ont été renforcés. L’un de ceux-ci unit l’Irak et la Palestine, avec l’appui de la délégation de la Fédération internationale à Amman (Jordanie). L’Irak reçoit maintenant une assistance pour définir une politique et une structure de la jeunesse et des volontaires, et pour concevoir un plan d’action sur deux ans.

«Beaucoup de Sociétés nationales sont dépourvues de section jeunesse», ajoute El Sabeh. «Après la réunion, les jeunes étaient motivés pour améliorer leur situation; ils ont exprimé leur voeu de promouvoir la jeunesse, et on avait vraiment le sentiment que chacun comprenait qu’il pouvait faire quelque chose lui-même !»

Åsta Ytre
Responsable de la communication jeunesse à la Fédération internationale

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