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Réintégrer les Handicaps afghans

En Afghanistan, l’un des pays les plus infestés de mines au monde, le CICR a lancé en 1997 un programme de microcrédit pour favoriser la réinsertion professionnelle des handicapés de guerre.

Ainullah tient une échoppe de tailleur dans un village de la périphérie de Kaboul. En 1982, alors qu’il avait 10 ans, les hommes de sa famille ont rejoint les rangs des moudjahidin pour combattre l’armée soviétique. Persécuté par la police, le reste de la famille a dû se réfugier au Pakistan. «Là-bas, j’ai dû travailler tout de suite sur des chantiers pour aider ma famille», raconte Ainullah.

Dix ans plus tard, quand les moudjahidin ont pris Kaboul, Ainullah et sa famille sont rentrés et ont trouvé leur maison détruite. C’est peu de temps après, alors qu’il était parti dans les collines chercher du bois, qu’il a marché sur une mine et a dû être amputé. «Pendant que j’étais à l’hôpital, explique-t-il, la guerre a recommencé à Kaboul et j’ai dû fuir.» La famille a une nouvelle fois quitté la ville pour se réfugier à Jalalabad, dans l’est du pays. C’est là, au centre orthopédique du CICR, qu’il a reçu une prothèse et qu’il a réappris à marcher.

Coup de pouce

Dans le camp pour personnes déplacées où il vivait, il a été soutenu par le Croissant-Rouge afghan pour suivre une formation de tailleur. Il a tout de suite aimé son travail, qu’il a pratiqué quatre ans avant de pouvoir rentrer à Kaboul. Grâce à la machine à coudre et à l’équipement reçus du Croissant-Rouge à la fi n de sa formation, il a pu ouvrir une boutique.

Bientôt, un prêt du CICR dans le cadre du programme de microcrédit lui a permis d’acquérir une deuxième machine et du matériel. C’est alors qu’il a décidé de former à son tour des jeunes handicapés sélectionnés par le centre orthopédique de Kaboul. «J’ai eu tellement de chance quand le Croissant-Rouge m’a donné l’occasion d’apprendre ce métier, puis quand j’ai reçu un prêt du CICR, dit-il. Maintenant, c’est à mon tour d’en faire profiter les autres.»


Abdoul Samad dans son épicerie à Herat (Afghanistan).

Ainullah est l’un des 4640 bénéficiaires d’un prêt du CICR depuis le lancement en 1997 d’un programme de microcrédit dans les six centres orthopédiques à Kaboul, Jalalabad, Mazar-i-Sharif, Herat, Gulbahar et Faizabad.

Aujourd’hui, le programme orthopédique est l’une des activités les plus importantes du CICR en Afghanistan. Plus de 500 employés afghans travaillent dans les centres orthopédiques, encadrés et formés par six spécialistes étrangers. Ce soutien reste essentiel, puisque les innombrables mines enfouies partout dans le pays font encore au moins deux victimes chaque jour. En outre, le fragile système de santé afghan n’est pas encore capable de faire face efficacement à des maladies comme la poliomyélite ou la paralysie cérébrale, principales causes de handicap.

Pourtant, une prothèse et la rééducation physique ne sont souvent pas suffisants pour permettre aux handicapés de reprendre une vie normale. Ils doivent en effet affronter de lourds préjugés ancrés dans la société afghane, qui considère généralement que leur handicap les rend incapables de travailler.

Ces préjugés, Abdoul Samad en a longtemps souffert. Il a eu les jambes écrasées par un char lors de combats, en 1992, alors qu’il était soldat dans l’armée afghane. Après six mois dans un hôpital militaire à Kaboul, il est rentré chez lui à Herat, au nord-ouest de l’Afghanistan. «Je voulais ouvrir une épicerie et j’ai cherché quelqu’un pour me prêter de l’argent et acheter des marchandises, raconte-til. Mais personne n’a accepté. Je me suis alors mis à fabriquer des briques avec mon fils. Avec mes deux jambes presque paralysées, c’était un travail trop pénible !» Il a pourtant dû continuer pendant treize ans, jusqu’en 2005, quand il a entendu une émission à la radio locale qui présentait les activités orthopédiques du CICR. C’est ainsi qu’il a découvert le programme de microcrédit. «Le lendemain, je suis allé demander un prêt. Depuis treize ans, personne ne m’avait fait confiance; au CICR, il a suffi de quelques jours pour qu’ils me prêtent l’argent et j’ai enfin pu réaliser mon rêve!»


La réadaptation physique

Depuis 1988, plus de 70 000 handicapés afghans ont bénéficié d’un soutien du CICR pour leur rééducation. Plus de 56 000 prothèses, 61 000 orthèses, 105 000 béquilles et 10 000 chaises roulantes ont été fabriquées dans les centres orthopédiques. Dans le même temps, plus de 760 000 séances de physiothérapie ont été dispensées.

 

Soutenir des projets viables

Dans le cas d’Abdoul Samad, le prêt a été accordé très rapidement, mais chaque dossier fait l’objet d’une étude approfondie. Après qu’Abdoul Samad ait présenté son projet au centre orthopédique de Herat, l’équipe responsable du microcrédit a visité son quartier pour vérifier si son plan était viable et a longuement parlé avec lui pour s’assurer de sa motivation, comme pour toutes les demandes. Une fois un projet accepté, le CICR ne fournit pas d’argent aux bénéficiaires, mais procède lui-même aux achats selon le budget établi. Le bénéficiaire a entre six mois et deux ans, selon les cas, pour rembourser la somme empruntée, sans intérêt.

Même si tous les projets ne sont pas couronnés de succès, ce programme est la manière la plus efficace pour aider les handicapés à travailler et pour leur permettre, au-delà de leur rééducation physique, de se réinsérer totalement dans la société afghane. En leur permettant de sortir de la dépendance à l’égard des aides externes – de leur famille ou d’institutions –, le microcrédit est aussi le meilleur moyen pour les handicapés de reprendre confiance et de se sentir à nouveau des êtres humains à part entière. Quand un engin a explosé entre les jambes de Rachid Ahmad, alors qu’il avait 16 ans, et qu’il a dû être amputé, il a bien cru, comme la plupart de ceux qui ont subi une telle épreuve, que sa vie s’arrêterait là. «Mon voisin de lit à l’hôpital me disait que j’étais fi ni. Et je le croyais... Mais un neveu, amputé comme moi, est venu me voir. Il travaillait au centre orthopédique du CICR et m’a redonné espoir.»

Après avoir travaillé quelques annéeset économisé de l’argent, Rachid Ahmad a ouvert un atelier de ferronnerie. «Mais il y a beaucoup de coupures de courant à Kaboul et je n’arrivais pas à travailler suffisamment», dit-il. Quand il a entendu parler du projet de microcrédit, il a demandé un prêt pour l’achat d’un générateur. «Depuis que j’ai le générateur, j’ai beaucoup de travail. Mes frères ont commencé à m’aider et quand ils seront plus grands et qu’ils auront appris le métier, on agrandira l’atelier.»

Tous les bénéficiaires du microcrédit ont connu une expérience similaire à celle de Rachid Ahmad. Après des années passées dans l’angoisse de ne jamais pouvoir mener une vie normale, ils ont peu à peu reconstruit leur existence, se sont mariés et ont eu des enfants. Et grâce à leur travail, ils peuvent à nouveau faire des projets d’avenir : agrandir leur atelier, construire une maison, faire étudier leurs enfants ou payer leur mariage. Un avenir plein de promesses qu’aucun ne s’imaginait pouvoir retrouver.


Après avoir reçu une formation de tailleur, Ainullah a commencé à former lui même d’autres handicapés.
Olivier Moeckli / CICR

Olivier Moeckli
Délégué Communication du CICR en Afghanistan.

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