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Ce ne fut pas un accouchement facile, et la politique a bien
failli avoir raison des arguments d’ordre humanitaire
qui plaidaient pour le nouvel emblème. L’espoir
d’une adoption par consensus fut balayé, mais
finalement le vote dégagea une nette majorité
et le Protocole additionnel I II devint réalité.
La conférence s’achevait ainsi dans l’émotion,
mettant un point final au très long débat entre
États au sujet des signes distinctifs employés
par le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
La décision prise en 1929 de reconnaître trois
emblèmes était censée régler définitivement
la question, mais rien n’y fi t, et la question de l’emblème
devait resurgir régulièrement, notamment en
1949, sans que l’on parvienne jamais à trouver
une solution.
C’est dans les années 1990 que la question redevint
brûlante. Cornelio Sommaruga, président du CICR,
lança alors un appel à la création d’un
emblème additionnel «dépourvu de connotation
religieuse, politique, ethnique ou autre». La Commission
permanente de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge se saisit
ensuite de la question et, en 1999, lors de la Conférence
internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, les
gouvernements et les Sociétés nationales exprimèrent
le voeu que soit apportée une solution globale à
la question de l’emblème. La solution la plus
prometteuse semblait celle d’un emblème additionnel
institué par un troisième Protocole additionnel
aux Conventions de Genève.
Et maintenant ?
Maintenant que le cristal rouge a pris place aux côtés
de la croix et du croissant rouges, que va-t-il se passer
?
Le processus de signature et de ratification du Protocole
va se poursuivre. Dans les semaines suivant l’adoption,
de nombreux pays ont signé le Protocole, mais la ratification
prendra du temps. Le Protocole entrera en vigueur six mois
après le dépôt par deux États de
leur instrument de ratification ou d’adhésion
auprès du gouvernement suisse.
Le prochain fait saillant sera une Conférence internationale
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, qui se tiendra les
20 et 21 juin 2006; les États, les Sociétés
nationales, la Fédération internationale et
le CICR examineront à cette occasion les modifications
à apporter aux Statuts du Mouvement pour tenir compte
de la situation nouvelle.
Les amendements proposés sont simples; ils concernent
surtout l’article 3 et l’article 4, lequel énumère
les dix conditions de reconnaissance des Sociétés
nationales. Plutôt que de stipuler qu’une Société
doit «faire usage du nom et de l’emblème
de la Croix-Rouge ou du Croissant- Rouge conformément
aux Conventions de Genève», l’article dira
«faire usage d’un nom et d’un emblème
distinctif conformes aux Conventions de Genève et à
leurs Protocoles additionnels».
Le cristal rouge sera ainsi intégré aux Statuts,
et les Sociétés nationales auront en outre la
possibilité d’employer un double emblème
: la croix rouge et le croissant rouge, associés au
cristal rouge. Un certain nombre de Sociétés
nationales avaient souhaité utiliser un double emblème
par le passé, mais le «ou» de l’article
4 les en empêchait. Or, le Protocole additionnel III,
outre qu’il institue le cristal rouge, modifie aussi
la manière dont les États et leurs Sociétés
nationales peuvent employer les emblèmes.
Une fois les Statuts amendés, un travail considérable
devra encore être accompli, à l’échelon
national comme sur le plan international. Certains pays pourraient
avoir à amender leur législation pour que la
Société puisse bénéficier de la
souplesse instaurée par le Protocole. Le C ICR et l
a Fédération internationale se tiendront prêts
à les conseiller.
Un emblème peu familier
Pour de nombreuses personnes – à l’intérieur
comme à l’extérieur du Mouvement –
le cristal rouge est un symbole peu familier. Quand deviendra-t-il
une réalité aux yeux du grand public ?
Tout dépendra du moment et du contexte où on
commencera à l’employer. Le Protocole additionnel
I II autorise le CICR et la Fédération internationale
à l’utiliser «dans des circonstances exceptionnelles».
Les États et les Sociétés nationales
ont eux aussi la possibilité de l’utiliser. Si
l’adoption du Protocole ne contraint aucun État
ni aucune Société nationale à modifier
la situation actuelle, ils pourront cependant décider
d’utiliser le cristal rouge, temporairement ou dans
des situations d’urgence, si les circonstances laissent
à penser que leur emblème ne serait pas perçu
comme neutre.
Le cristal rouge semble appelé à faire sa première
apparition dans les deux pays qui ont des Sociétés
nationales non reconnues : l’Érythrée
et Israël. Israël a déjà annoncé
son intention d’utiliser le nouvel emblème, dans
l’espoir que sa société, le Magen David
Adom, sera reconnue dès le mois de juin, et pourra
ainsi devenir membre de la Fédération internationale.
Tant le CICR que la Fédération internationale
souhaitent voir le Magen David Adom pleinement intégré
au Mouvement. Ils partagent le point de vue exprimé
par de nombreux gouvernements lors de la conférence
diplomatique, à savoir que le mémorandum d’accord
signé entre le Croissant-Rouge palestinien et le Magen
David Adom le 28 novembre 2005 devrait ouvrir la voie à
un statut de membre à part entière pour les
deux entités.
Quant aux 183 Sociétés nationales reconnues,
elles utilisent déjà soit la croix rouge, soit
le croissant rouge; c’était l’un des critères
de leur reconnaissance. Certaines d’entre elles souhaiteront-elles
tirer parti de la possibilité d’utiliser le nouvel
emblème ?
Une option inédite
La question de l’emblème est chargée
d’émotion. Les Sociétés nationales
sont très attachées à leur identité,
qui s’incarne souvent dans le symbole de la croix rouge
ou du croissant rouge. Le cristal rouge crée une option
nouvelle : la possibilité, pour une Société
nationale, d’employer les deux emblèmes et de
modifier son nom pour inclure à la fois «Croix-Rouge»
et «Croissant-Rouge».
Il est trop tôt pour savoir si l’option du «double
emblème» séduira les Sociétés
nationales existantes et reconnues. Quelques-unes d’entre
elles ont manifesté leur intérêt à
cet égard. Il s’agit d’une décision
importante qui ne peut être prise que par une Société
nationale, sur la base de sa législation nationale.
Il n’est pas difficile, en revanche, d’imaginer
quel type de pays pourrait être intéressé
par cette option. Tout en préservant la neutralité
de tous les emblèmes, les pays qui ont des populations
très diversifiées culturellement pourraient
envisager l’utilisation, par la Société
nationale, de la croix rouge et du croissant rouge à
l’intérieur du cristal rouge. Un tel usage pourrait
aussi attirer davantage de donateurs et de volontaires.
Quant aux pays dont la Société nationale n’est
pas reconnue, comme l’Érythrée, il est
possible qu’ils optent pour le cristal rouge avec le
double emblème à l’intérieur, mais
aucune décision n’a encore été
prise.
Les effets sur le Mouvement
À court terme, le nouvel emblème fera surtout
sentir son impact sur l’universalité du Mouvement,
avec l’adhésion de nouveaux membres. C’est
cet aspect qui était prioritaire pour la Fédération
internationale comme pour le CICR pendant les longues années
de discussion. Une adhésion rapide du Magen David Adom,
du Croissant-Rouge palestinien et de la Société
d’Érythrée serait un grand pas.
À plus long terme, l’adoption du cristal rouge
devrait mettre fi n au risque de prolifération des
emblèmes, et d’affaiblissement de leur rôle
essentiel, la protection sur le champ de bataille. Si ce danger
est réellement écarté, alors le Mouvement
aura pleinement réalisé le voeu exprimé
par la XXVIIe Conférence internationale : trouver une
solution complète et durable à la question de
l’emblème. |