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Derrière les barreaux |
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Dans toute situation de conflit armé
ou de violence interne, des personnes sont capturées
et détenues, et risquent d’être victimes
de brutalités, de disparition ou d’exécution
extrajudiciaire. Depuis des décennies, le CICR s’efforce
de rencontrer les prisonniers et les détenus là
où son intervention peut être efficace. |
| L’histoire
s’écrit parfois dans des lieux inattendus. Voici
quelques années encore, rares étaient ceux qui
auraient pu situer la baie de Guantanamo sur une carte; aujourd’hui,
le monde entier sait que la base navale américaine
à Cuba abrite un centre de détention des États-Unis.
Idem pour la prison d’Abou Ghraib, à proximité
de Bagdad, où les sévices infligés aux
détenus irakiens par des soldats américains
ont suscité l’indignation de l’opinion
dans le monde entier. Dans la «guerre internationale
contre le terrorisme», Guantanamo et Abou Ghraib sont
devenus des théâtres cruciaux pour gagner les
coeurs et les esprits de l’opinion mondiale.
Ces sites ont aussi focalisé l’attention du
public sur une activité qui, depuis des décennies,
façonne l’identité et l’image du
CICR : les visites aux prisonniers de guerre et autres détenus.
Depuis la Première Guerre mondiale, le CICR a rendu
visite à des combattants et à des civils détenus
pendant la plupart des conflits armés, ainsi que dans
de nombreuses situations de tensions internes et de troubles
politiques. En 2004, ses délégués se
sont rendus dans des lieux de détention et ont visité
plus de 570 000 prisonniers dans près de 80 pays. Pourtant,
ces visites sont mal connues, car le CICR n’évoque
que très rarement ce qu’il constate dans les
prisons. |

Un groupe de détenus, menottes aux poings
et yeux bandés, assis dans la benne d’un camion
pendant leur transfert vers un centre de détention
après leur arrestation à Najaf (Irak), le 25
février 2005.
© REUTERS / Ali Abu Shish, avec l’autorisation
de www.alertnet.org
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Les premières
visites du CICR aux prisonniers de guerre, pendant la Première
Guerre mondiale, étaient motivées par leur vulnérabilité.
Loin de leur foyer, sans grande protection juridique, les
prisonniers de guerre étaient à la merci de
leurs gardiens. Depuis lors, le droit international protégeant
les personnes détenues en relation avec un conflit
armé a beaucoup progressé, de même que
les possibilités pour le CICR d’avoir accès
à elles. Toutefois, ces visites aux détenus
reposent sur un fondement juridique bien mince. Dans un conflit
armé, les Conventions de Genève confèrent
explicitement au CICR le droit de visiter les prisonniers
de guerre et les civils détenus; en revanche, en cas
de guerre civile ou de violences internes qui ne constituent
pas une guerre proprement dite, les gouvernements et les autres
parties ne sont pas tenus d’accorder au CICR l’accès
aux détenus.
Or, la plupart des visites du CICR se déroulent dans
des situations de violence qui ne sont plus des guerres. «Le
choix des détenus que nous voulons voir dépend
de leurs besoins et de leur vulnérabilité»,
explique Alain Aeschlimann, responsable du département
du CICR qui s’occupe des visites aux détenus.
«Même dans des situations de violence qui ne constituent
pas une guerre, les personnes détenues pour des motifs
politiques ou en raison de leur appartenance ethnique sont
souvent vulnérables. Le CICR intervient pour que les
détenus soient traités avec humanité
et dignité.» Lorsque des instances nationales
ou internationales, telles que le pouvoir judiciaire, les
médias, des ONG, des gouvernements étrangers,
ou encore les Nations Unies, ont peu d’influence, le
CICR est parfois la seule institution qui peut vérifier
ce qui se passe dans les prisons. |

Des nouvelles des proches. Dans la prison de
district de Pokhara, au Népal, un délégué
du CICR distribue aux détenus des messages de leur
famille.
©JON BJÖRGVINSSON / CICR
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Un
accès direct
Les prisons sont conçues pour réprimer, et
leur population vit en marge de la société.
Les règles qui prévalent dans leurs murs sont
particulières : les relations entre les personnes qui
mènent les interrogatoires, les gardiens et les prisonniers,
ainsi qu’entre détenus, sont souvent caractérisées
par une certaine discipline, voire par une violence –
sanctionnée ou non – qui dépasse ce qui
serait jugé acceptable ailleurs. Pour agir, le CICR
doit d’abord bien comprendre la situation réelle
: il doit savoir qui détient des personnes (en général
le gouvernement, mais souvent aussi des groupes non étatiques),
dans quels lieux (qui vont de geôles tenues par des
rebelles à des prisons massives hébergeant des
milliers de prisonniers), et quelles sont les règles
qui régissent la privation de liberté et les
lieux de détention.
Lorsqu’ils pénètrent dans une prison,
les délégués du CICR inspectent les locaux,
y compris les cellules, les toilettes et les cuisines, et
enregistrent les détenus jugés à risque
ou particulièrement vulnérables, comme les personnes
détenues pour raisons de sécurité ou
les enfants. Ils interrogent les détenus sans témoin
et parlent aux responsables de l’établissement
pour entendre leur version des faits. Ils permettent aussi
aux détenus de maintenir le contact avec leur famille
grâce aux messages Croix-Rouge. Des visites de suivi
permettent ensuite aux délégués de vérifier
la situation des détenus enregistrés pour éviter
qu’ils ne disparaissent. Ils s’enquièrent
aussi de leur situation juridique et du respect des garanties
d’une procédure régulière.
L’un des objectifs essentiels des visites est d’établir
comment les détenus sont traités. Les sévices
sont généralement dissimulés, et il est
donc rare que les délégués du CICR soient
témoins d’actes de torture, mais ils tablent
sur les informations fournies par les détenus eux-mêmes
pendant les entretiens sans témoin. Lorsqu’il
évoque des soupçons de mauvais traitements,
le CICR n’est la plupart du temps pas en mesure de fournir
des preuves irréfutables, mais il s’efforce de
fournir des indications suffisamment crédibles pour
exiger des autorités une enquête officielle.
Le personnel du CICR recoupe soigneusement les informations
fournies par les détenus, et les examine pour établir
les symptômes physiques et psychologiques révélateurs.
Outre les lésions physiques et les douleurs, la torture
peut souvent avoir des effets profonds sur la santé
mentale. Elle peut causer un état de confusion et de
perte de repères, des troubles du sommeil, des «flashbacks»,
un état d’angoisse, de dépression ou des
troubles psychotiques. La participation du personnel médical
aux visites du CICR est donc essentielle. Le personnel médical
demande aux détenus de décrire les symptômes
causés par les sévices; il observe leur comportement,
leur aspect, et examine leur état physique et mental.
Selon Jonathan Beynon, médecin du CICR spécialisé
dans les questions de santé des détenus, cet
examen permet de mieux évaluer la crédibilité
des allégations d’une personne. «Ceci dit,
les tortionnaires savent de mieux en mieux comment procéder
sans laisser de traces, et ils recourent de plus en plus à
des méthodes psychologiques. L’absence de marques
physiques ne signifie pas l’absence de torture : les
signes psychologiques peuvent être non moins révélateurs.
» Il est particulièrement difficile de décrire
les dommages psychologiques dus à la torture, car les
symptômes – tant aigus qu’à long
terme – doivent être analysés et associés
aux éventuels sévices subis dans le passé. |

Bakou, en Azerbaïdjan : institution spéciale
de soins pour prisonniers tuberculeux. Les entretiens initiaux
et finals entre le personnel du CICR et la direction de la
prison sont des étapes essentielles des visites dans
les prisons.
©CIRC
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Les
Sociétés nationales et les migrants détenus
Certaines Sociétés nationales visitent des
lieux de détention dans le cadre de leur mandat humanitaire.
La plupart se concentrent sur les besoins spécifiques
des demandeurs d’asile et des migrants détenus.
La Croix-Rouge canadienne visite des lieux de détention
depuis 1999, lorsque l’arrivée massive de réfugiés
de la mer chinois dans l’ouest canadien et leur détention
par les autorités émurent fortement l’opinion.
Des volontaires formés surveillent désormais
régulièrement la situation des étrangers
arrêtés au titre des lois sur l’immigration.
«Cette action fait partie de notre mandat humanitaire,
ce qui a été reconnu par le gouvernement canadien
dans un accord signé en 2002», explique Johanna
Hökeberg, responsable adjoint du suivi de la détention
au sein de la Croix-Rouge canadienne. «Ces détenus
sont pour nous un groupe particulièrement vulnérable.»
Observateur neutre et indépendant, la Croix-Rouge canadienne
s’efforce de veiller à ce que les détenus
soient traités dans le respect de la législation
nationale et des normes internationales, telles que l’Ensemble
de règles minima des Nations Unies pour le traitement
des détenus.
L’immigration est une question très sensible
en Australie, où l’opinion est divisée
sur la politique gouvernementale de détention obligatoire.
Au cours de leurs visites régulières dans les
centres de détention, les collaborateurs de la Croix-Rouge
australienne aident les détenus à communiquer
avec leur famille par des messages Croix-Rouge, organisent
des cours de couture et de cuisine, et fournissent habits,
cartes téléphoniques et journaux en diverses
langues.
«Les détenus sont heureux de nos visites, même
si notre accord avec le gouvernement pose des limites strictes
à nos activités», explique Hang Vo, elle-même
réfugiée du Viet Nam, aujourd’hui responsable
des services de recherches internationales et d’aide
aux réfugiés de la Croix-Rouge australienne.
«Nous ne traitons pas vraiment d’allégations
de sévices de détenus et nous n’intervenons
pas publiquement en leur nom. Mais il y a de nombreuses autres
organisations qui se chargent de ces tâches.»
À l’instar du CICR, les Sociétés
nationales du Canada et de l’Australie ont choisi de
conduire leurs visites loin de l’attention des médias.
Leurs conclusions sont abordées de manière confidentielle
avec les autorités. Selon Peter Robinson, volontaire
de la Croix-Rouge canadienne qui dirige ces visites, et ex-délégué
du CICR chargé de la détention au Rwanda, il
y a d’autres points communs avec le CICR : «Entretiens
sans témoin avec les détenus, relation professionnelle
mais ferme avec les autorités détentrices, et
application systématique des normes internationales.»
Ces deux Sociétés nationales savent que leurs
raisons de se rendre dans les lieux de détention ne
sont pas toujours comprises et acceptées. «Au
départ, nous craignions que le public ne soutiendrait
pas les activités en faveur de personnes souvent accusées
de ne pas être de vrais réfugiés»,
explique Hang Vo. «Pourtant, au sein même de la
Société, les perceptions ont déjà
changé. Plus les gens connaissent nos activités
dans les lieux de détention et plus ils reconnaissent
qu’elles sont justifiées.» |
Un
signal d’alerte avancée
Pendant les visites, les délégués évaluent
aussi les conditions matérielles de détention,
en particulier le logement, la nourriture, l’eau et
l’hygiène, ainsi que l’accès aux
services médicaux. Selon Nicolas Roggo, conseiller
du CICR en matière de détention, «Il y
a des endroits où des détenus meurent de malnutrition.
Or, les prisonniers sont condamnés à être
privés de liberté, mais pas de vivres, d’eau
ou de soins.» Dans les pays pauvres en particulier,
c’est souvent le sous-développement et le manque
de ressources, y compris de personnel pénitentiaire
qualifié, qui explique les problèmes. Mais il
n’est pas rare que l’on constate aussi un vrai
manque de volonté politique d’améliorer
les conditions de vie en prison.
Lorsqu’il constate des problèmes, le CICR tente
d’abord d’inciter les autorités à
assumer leurs responsabilités en veillant à
ce que les conditions de détention soient conformes
aux normes minimales pertinentes. C’est souvent une
sorte de signal d’alerte avancée, qui appelle
l’attention des autorités sur des problèmes
jusque-là négligés. Duncan McLaughlin,
ancien directeur de prison en Irlande du Nord, qui a souvent
eu affaire à des équipes du CICR au cours de
visites, voit là un élément crucial :
«Les systèmes pénitentiaires changent
rarement par eux-mêmes. Mon expérience me dit
que ce sont en général les pressions extérieures
qui amènent des changements significatifs.»
Lorsque les autorités n’agissent pas en temps
utile pour éviter de graves problèmes humanitaires
dans les prisons, le CICR peut intervenir de manière
plus concrète. L’un des plus grands programmes
d’assistance aux détenus que le CICR ait jamais
entrepris s’est déroulé au Rwanda en 1994,
après le génocide, lorsque des dizaines de milliers
de suspects furent entassés dans des prisons à
tel point surpeuplées que nombre d’entre eux
ne pouvaient même pas s’asseoir. Ces circonstances
exceptionnelles, l’ampleur des besoins et la réaction
limitée de la part des autorités ne laissèrent
pas d’autre choix au CICR que de fournir vivres, eau
et soins médicaux à la plupart des détenus.
Fait exceptionnel, il alla même jusqu’à
aider à construire une prison pour réduire la
surpopulation carcérale. Cette démarche présente
un écueil potentiel : les autorités détentrices
risquent de refuser purement et simplement d’engager
des dépenses pour les prisonniers si elles savent que
le CICR interviendra de toute manière en cas d’urgence.
Contrairement à des organisations de défense
des droits de l’homme telles qu’Amnesty International
ou Human Rights Watch, le CICR table sur des contacts discrets
plutôt que sur des déclarations et condamnations
publiques lorsqu’il s’agit de persuader les gouvernements
de régler les problèmes de leurs lieux de détention.
Le CICR considère que sa démarche confidentielle
permet aux autorités d’apporter les améliorations
nécessaires sans «perdre la face ni politiser
les problèmes». Mais que se passe-t-il si elles
décident d’ignorer délibérément
le CICR, sachant pertinemment qu’il ne les critiquera
probablement jamais publiquement ? Selon Alain Aeschlimann,
«la confidentialité a des limites. En acceptant
la présence du CICR dans leurs prisons et sa méthode
de travail, les autorités s’engagent à
agir de bonne foi sur les questions sensibles qu’il
leur signale, comme les actes de torture. » S’il
n’y a pas de volonté politique d’écouter
et d’agir, le CICR peut décider de suspendre
ses visites, ou tenter de faire pression en sollicitant d’autres
acteurs. Endernier recours, le CICR peut aussi évoquer
publiquement la situation dans une prison, si l’organisation
estime que cela aidera les détenus concernés.
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Entretien en privé avec un détenu
à la prison d’Anayancy, à Quibdo (Colombie).
©BORIS HEGER / CIRC
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Confidentialité
et transparence
Les contacts du CICR avec les autorités détentrices
ont fait l’objet de débats animés après
la publication par les médias, en mai 2004, d’un
rapport confidentiel sur la prison d’Abou Ghraib. Publié
sans l’accord de l’organisation, le rapport évoquait
les incidents dépeints par les photographies qui avaient
choqué l’opinion publique mondiale. Tandis que
d’aucuns accusaient le CICR d’avoir délibérément
organisé la fuite du rapport pour noircir les États-Unis,
d’autres jugeaient que le silence public de l’organisation
sur ce qu’elle avait constaté à Abou Ghraib
était un signe de collusion avec la nation la plus
puissante du monde, qui se trouve par ailleurs être
le plus gros donateur du CICR.
Abou Ghraib est un parfait exemple du dilemme dans lequel
se trouve le CICR dans ses relations avec les autorités
détentrices. D’un côté, choisir
le dialogue confidentiel plutôt que la dénonciation
publique facilite l’accès du CICR aux lieux de
détention et peut encourager les gouvernements à
s’attaquer aux problèmes dans leurs prisons,
s’ils savent qu’ils n’auront pas à
admettre publiquement leur échec le cas échéant.
En revanche, ils peuvent choisir de délibérément
ignorer les rapports du CICR, laissant entendre que par son
silence public, l’organisation approuve leur système
de détention. Il n’y a pas ici de recette miracle.
Une attitude plus ferme à l’égard des
autorités détentrices pourrait amener celles-ci
à interdire au CICR tout contact avec les détenus,
en particulier lorsqu’elles n’ont aucune obligation
légale d’accorder l’accès. À
l’inverse, si le CICR est perçu comme trop laxiste,
l’indépendance et la neutralité de l’organisation
risquent d’être gravement mises en doute.
La crise d’Abou Ghraib a aussi soulevé des questions
sur l’efficacité du CICR. Pour les critiques
de l’organisation, à quoi bon des visites si
les sévices continuent ? Des pressions croissantes
s’exercent sur le CICR pour qu’il fasse preuve
de plus de transparence, dans le climat de préoccupation
dû au fait que les gouvernements, confrontés
à la menace du terrorisme, se montrent de plus en plus
disposés à contourner les droits de l’homme
et le droit international humanitaire lorsqu’il s’agit
de détenir des suspects. «Par le passé,
explique Pierre Kraehenbuehl, le directeur des opérations
du CICR, nous disions : “ faites-nous confiance, nous
faisons notre travail ”. À présent, nous
devons prouver que notre action produit des résultats.
Cela nous oblige à prouver notre efficacité
sans ambages et selon nos propres critères.»
Les centaines de milliers de détenus que les mieux
placés pour juger de l’efficacité de ses
visites. Nombre d’entre eux, à n’en pas
douter, déplorent le refus du CICR de mettre en cause
les motifs de la détention – ce qui, selon l’organisation,
violerait son mandat strictement humanitaire – comme
sa réticence à dénoncer publiquement
leur situation. D’autres doutent de l’indépendance
de l’organisation par rapport aux autorités qui
les détiennent ou ont du mal à accepter les
limites de l’action du CICR. Malgré tout, la
plupart des détenus sont reconnaissants au CICR d’être
présent dans une période qui est souvent la
plus dure de leur vie. «C’est grâce au CICR
que nous avons recouvré notre dignité humaine»,
a écrit Ali Najab, pilote de chasse marocain, dans
une lettre au président du CICR après sa libération
par le Front Polisario après 25 années de captivité.
«Malgré d’énormes difficultés,
grâce à leur tact et à leur patience,
ils ont pu nous aider, nous soutenir et agir comme un cordon
ombilical entre les prisonniers et nos familles grâce
aux messages Croix-Rouge.»
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Un délégué du CICR visite
des détenus à la prison centrale surpeuplée
de Kigali en 1994. Le CICR fut obligé de fournir des
vivres et des soins médicaux aux prisonniers détenus
dans cet établissement.
©THIERRY GASSMANN / CIRC
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La cour de la prison de Noubarashen,
à Erevan (Arménie), est utilisée
par les personnes condamnées à la réclusion
à perpétuité pour prendre de l’exercice.
©BORIS HEGER / CIRC
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À l’affût des abus
Loubna Freih est l’ancienne directrice genevoise de
Human Rights Watch, organisation internationale qui surveille
le respect des droits de l’homme et qui fait campagne
contre les violations.
Human Rights Watch dénonce publiquement
les violations des droits de l’homme pour faire pression
sur les gouvernements et les parties aux conflits, tandis
que le CICR préfère les contacts confidentiels
avec les autorités. Ces deux manières de procéder
sont-elles contradictoires ?
Pas du tout. Human Rights Watch s’exprime publiquement,
sachant que cela peut parfois l’empêcher d’avoir
accès aux détenus ou à d’autres
victimes dans tel ou tel pays. Nous agissons en dénonçant
ceux qui violent les droits de l’homme, tandis que le
CICR utilise sa méthode confidentielle comme moyen
d’entrer dans les prisons et de voir les détenus.
Ces deux démarches, à nos yeux, se complètent;
les deux types d’organisation sont nécessaires.
Quelle est la valeur ajoutée par les
activités du CICR dans les lieux de détention
?
L’existence d’une organisation comme
le CICR, capable d’avoir systématiquement accès
aux détenus, est essentielle, surtout dans des situations
où plus le secret règne, plus on peut redouter
les pires violations des droits de l’homme.
Selon le CICR, sa stratégie confidentielle
lui permet d’influer sur les gouvernements et
de les persuader de faire cesser les abus. Pensez-vous que
cela peut marcher ?
Cela peut fonctionner, à condition que le CICR puisse
avoir accès à des interlocuteurs haut placés
et toucher les personnes compétentes dans les ministères
appropriés lorsqu’il n’obtient pas une
réaction suffisante à ses rapports. Pouvoir
dire «nous avons été sur place, nous avons
constaté cela, nous avons toutes les informations,
voici le rapport» est très important. C’est
sans doute dans les cas où les plus hauts responsables
gouvernementaux ignorent les agissements de leurs responsables
pénitentiaires que l’impact du CICR peut être
le plus fort. En revanche, lorsque des gouvernements choisissent
d’ignorer délibérément le CICR,
les choses peuvent être très difficiles. Ils
pensent ne courir aucun risque parce que le CICR ne publiera
pas ses informations. C’est là le point faible
du CICR; il devrait sans doute expliquer plus systématiquement
au public ses procédures et son mandat, et mettre en
valeur certains des succès qu’il a obtenus.
Depuis les attaques du 11 septembre 2001, la
protection accordée aux détenus par le droit
international humanitaire a été critiquée.
En quoi la donne a-t-elle changé pour le CICR ?
Le CICR est effectivement mis en cause, notamment par les
pays responsables de violations. Certaines des critiques sont
dues à l’ignorance; le CICR doit donc faire un
effort de communication pour mieux expliquer ce qu’il
fait et comment il s’y prend. Le CICR doit aussi décider
comment agir face aux récidivistes : il y a bien une
procédure pour accroître la pression en pareil
cas, mais fonctionne-t-elle ? Le CICR doit pouvoir dire aux
coupables d’infractions : «Si vous continuez à
traiter les détenus ainsi, voici les mesures que nous
allons prendre.»
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