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Ô ma Terre du Sud,
porte du printemps,
la senteur de tes arbres
l’emporte sur l’oubli.
Je te porte en moi
depuis que j’ai quitté ton
monde,
voici un siècle que je vais
errant,
le coeur brisé.

José Santos Lincomàn Incacheo, Tierra de mi sur («Terre de mon Sud»).

Les Mapuches Dans
l’isolement et la misère

La misère absolue que subissent les Mapuches du Chili ne cesse de s’aggraver depuis des décennies. Les politiques économiques néolibérales apparues dans les années 1970 ont ajouté un chapitre de plus à leur longue histoire d’exclusion sociale. Rares, pourtant, sont les mesures prises pour inverser cette tendance.

Pur satisfaire les besoins sanitaires des communautés isolées et démunies de la communauté indigène mapuche, la Croix-Rouge chilienne a lancé un programme de soins dentaires et ophtalmologiques sans équivalent dans la région, qui a touché 12 000 bénéficiaires au cours des sept dernières années, et qui va être élargi. Croix-Rouge, Croissant-Rouge a accompagné récemment l’une des équipes Croix-Rouge dans sa tournée.

«L’isolement de ces communautés, dispersées dans une zone montagneuse isolée, a été l’un des premiers obstacles à surmonter», explique Luis Arias Melivilu, le volontaire Croix-Rouge qui coordonne le projet. «Les pistes sont rares et en mauvais état. Dès qu’il pleut, on ne passe plus.»

Pour réduire cet isolement, la Croix- Rouge a créé un dispensaire mobile qui se rend d’une communauté à l’autre. Ce jour-là, la destination était Ignacio Petriqueo, petite communauté de 17 familles sur la commune de Perquenco, à 52 kilomètres de la capitale régionale, Temuco.

Le dispensaire mobile est une ambulance entièrement équipée, qui se déplace avec un chirurgien dentaire, un ophtalmologue et un chauffeur. Elle est gérée par le Comité de la Croix-Rouge de la région IX, au sud du Chili, qui regroupe 29 branches et quelque 600 volontaires. Les fournitures et les frais de déplacement sont payés par le Fonds national pour la santé, et le véhicule lui-même a été offert par la Croix-Rouge espagnole.

«Les visites de la Croix-Rouge sont très précieuses», explique Joel Ankatel Caneo, le chef de la communauté. «La ville est à 12 kilomètres, y aller est difficile. Il n’y a qu’un seul bus, et cela coûte cher. Alors on y va à pied, et cela prend toute la journée.»

Comment la communauté survit-elle ? Caneo répond : «Au printemps et en été, on cultive du blé, des pommes de terre, de l’avoine et des lupins. La récolte nous fait l’année entière. Quand le temps le permet, nous faisons des stocks pour l’hiver.»

Yary Antimal Salazar est un assistant social mapuche qui s’occupe de développement communautaire à Perquenco. Il explique : «La commune compte 6570 habitants, dont 80 % vivent au dessous du seuil de pauvreté. Dans les 20 communautés mapuches, une personne sur deux vit dans la misère.»

L’absence de soins de santé est un gros problème. «Il n’y a qu’un seul médecin et un centre médical de base pour tous ces gens», explique Salazar.

Selon le coordonnateur de projet, la situation empire chaque jour. «Les soins médicaux sont une urgence absolue, surtout pour les mères et les nourrissons, dont la situation est maintenant critique.»

Le projet touche actuellement 10 % de la population mapuche vivant dans la région IX. Lors du recensement de 1992, le nombre total des Mapuches au Chili a été estimé à 1,2 million, dont plus de la moitié établis dans le sud du pays et 500 000 environ dans les deux villes principales, Valparaiso et Santiago. Or, le recensement de 2002 ne dénombrait plus que 600 000 Mapuches. Cette chute inattendue a été dénoncée par plusieurs organisations comme un «génocide statistique» dû à la formulation ambiguë des questions du recensement.

La délégation régionale du CICR pour l’Argentine, le Brésil, le Chili, le Paraguay et l’Uruguay collabore actuellement avec la Croix-Rouge chilienne pour renforcer les soins de santé communautaires et les programmes de premiers soins dans la région.

«Hommes de la terre»

Les Mapuches (le mot signifie «hommes de la terre») vivent en harmonie avec la nature et pratiquent une agriculture de subsistance. Ils croient en Pachamama, la Terre-Mère, génitrice de tout ce qui vit. Ils ont toujours été opposés à l’exploitation des ressources naturelles.

On peut diviser l’histoire des Mapuches en trois grandes périodes, toutes marquées par la lutte pour préserver la maîtrise de leurs terres et de leurs ressources naturelles ancestrales. Pendant la première période, qui a duré jusque vers 1550, ils ont réussi à repousser l’avancée de l’empire inca, puis des conquistadores espagnols.

La deuxième période a commencé vers 1880, avec l’occupation du sud du pays par l’armée chilienne. Lors d’une campagne dite «pacification de l’Araucanía», les Mapuches ont été dépossédés d’une grande partie de leurs terres et confinés dans des reducciónes, minuscules lopins familiaux. Cette perte de territoire a bouleversé leur mode de vie ancestral.

Les villages actuels des Mapuches sont restés conformes au modèle du XIXe siècle. Conformément à une loi de 1993, tout groupe de dix familles est considéré comme une communauté. L’application de ces politiques a anéanti la structure sociale mapuche.

Depuis une dizaine d’année, les problèmes touchant la propriété des terres et l’exploitation des ressources naturelles sont devenus de plus en plus aigus. Selon la presse locale, les forêts naturelles sont décimées à vive allure par de grandes sociétés forestières qui désirent construire des centrales hydroélectriques, privant ainsi les Mapuches d’étendues toujours plus grandes de leur territoire ancestral.

Visites du CICR aux détenus mapuches

Des organisations comme la Fédération internationale des droits de l’homme ont dénoncé à maintes reprises ces violations des droits du peuple mapuche et lancé des appels au respect des droits de toutes les populations autochtones, en particulier dans les conflits touchant la propriété des terres.

Dans son rapport de 2004 (disponible en anglais à l’adresse www.iwgia.org), le Groupe international de travail pour les peuples autochtones a souligné que la constitution chilienne ne reconnaissait pas les Mapuches en tant que peuple et ne leur conférait aucun droit politique, ni à l’autonomie ni à l’autodétermination. Le rapport indique que les représentants des Mapuches ont commencé à exiger le respect par les autorités de leurs droits territoriaux et politiques.

Le rapport mentionne en outre le fait que le gouvernement chilien a engagé des mesures pénales contre les représentants des peuples autochtones qui s’efforçaient de défendre leurs droits; de nombreux dirigeants mapuches ont été arrêtés et jugés en application de la loi antiterrorisme promulguée par l’ancien régime militaire du général Augusto Pinochet (1973-1990).

Au cours des deux dernières années, des délégués du CICR ont effectué plusieurs visite à des Mapuches détenus pour raisons de sécurité (dont certains faisaient la grève de la faim) afin de contrôler leurs conditions de détention et de formuler des recommandations, le cas échéant, aux autorités sur leur traitement, leur santé et d’autres aspects de leur détention. Ces visites, dont l’objectif est strictement humanitaire, sont effectuées sur la base d’un accord passé avec le gouvernement


Jimena Marquez

Déléguée Communication du CICR à Buenos Aires.

 


L’équipe de santé mobile de la Croix-Rouge chilienne s’efforce de rendre régulièrement visite aux communautés mapuches isolées, en particulier pendant la saison des pluies. ©CICR

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


La Croix-Rouge a fourni des soins dentaires à plus de 1700 personnes dans le sud du Chili cette année. ©CICR

 

 

 

 

 

 

 

 

 


La Croix-Rouge a fourni des soins dentaires à plus de 1700 personnes dans le sud du Chili cette année. ©CICR

Le Chili en quelques chiffres

Population: 11,8 millions d’habitants.
Surface : 2 006 096 km2.
Produit intérieur brut par habitant :
5900 dollars des États-Unis.
Taux de pauvreté :
18,8 %, dont 4,7 % souffrent de graves privations.
Indicateurs de l’inégalité : Les 10 % des habitants les plus pauvres perçoivent 1,2 % du revenu total, tandis que les 10 % les plus riches perçoivent 47 % du revenu total.
Taux de chômage : 7 %
Source: PNUD, Rapport mondial sur le développement humain 2005

 

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