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Pur satisfaire les besoins sanitaires des communautés
isolées et démunies de la communauté
indigène mapuche, la Croix-Rouge chilienne a lancé
un programme de soins dentaires et ophtalmologiques sans équivalent
dans la région, qui a touché 12 000 bénéficiaires
au cours des sept dernières années, et qui va
être élargi. Croix-Rouge, Croissant-Rouge a accompagné
récemment l’une des équipes Croix-Rouge
dans sa tournée.
«L’isolement de ces communautés, dispersées
dans une zone montagneuse isolée, a été
l’un des premiers obstacles à surmonter»,
explique Luis Arias Melivilu, le volontaire Croix-Rouge qui
coordonne le projet. «Les pistes sont rares et en mauvais
état. Dès qu’il pleut, on ne passe plus.»
Pour réduire cet isolement, la Croix- Rouge a créé
un dispensaire mobile qui se rend d’une communauté
à l’autre. Ce jour-là, la destination
était Ignacio Petriqueo, petite communauté de
17 familles sur la commune de Perquenco, à 52 kilomètres
de la capitale régionale, Temuco.
Le dispensaire mobile est une ambulance entièrement
équipée, qui se déplace avec un chirurgien
dentaire, un ophtalmologue et un chauffeur. Elle est gérée
par le Comité de la Croix-Rouge de la région
IX, au sud du Chili, qui regroupe 29 branches et quelque 600
volontaires. Les fournitures et les frais de déplacement
sont payés par le Fonds national pour la santé,
et le véhicule lui-même a été offert
par la Croix-Rouge espagnole.
«Les visites de la Croix-Rouge sont très précieuses»,
explique Joel Ankatel Caneo, le chef de la communauté.
«La ville est à 12 kilomètres, y aller
est difficile. Il n’y a qu’un seul bus, et cela
coûte cher. Alors on y va à pied, et cela prend
toute la journée.»
Comment la communauté survit-elle ? Caneo répond
: «Au printemps et en été, on cultive
du blé, des pommes de terre, de l’avoine et des
lupins. La récolte nous fait l’année entière.
Quand le temps le permet, nous faisons des stocks pour l’hiver.»
Yary Antimal Salazar est un assistant social mapuche qui
s’occupe de développement communautaire à
Perquenco. Il explique : «La commune compte 6570 habitants,
dont 80 % vivent au dessous du seuil de pauvreté. Dans
les 20 communautés mapuches, une personne sur deux
vit dans la misère.»
L’absence de soins de santé est un gros problème.
«Il n’y a qu’un seul médecin et un
centre médical de base pour tous ces gens», explique
Salazar.
Selon le coordonnateur de projet, la situation empire chaque
jour. «Les soins médicaux sont une urgence absolue,
surtout pour les mères et les nourrissons, dont la
situation est maintenant critique.»
Le projet touche actuellement 10 % de la population mapuche
vivant dans la région IX. Lors du recensement de 1992,
le nombre total des Mapuches au Chili a été
estimé à 1,2 million, dont plus de la moitié
établis dans le sud du pays et 500 000 environ dans
les deux villes principales, Valparaiso et Santiago. Or, le
recensement de 2002 ne dénombrait plus que 600 000
Mapuches. Cette chute inattendue a été dénoncée
par plusieurs organisations comme un «génocide
statistique» dû à la formulation ambiguë
des questions du recensement.
La délégation régionale du CICR pour
l’Argentine, le Brésil, le Chili, le Paraguay
et l’Uruguay collabore actuellement avec la Croix-Rouge
chilienne pour renforcer les soins de santé communautaires
et les programmes de premiers soins dans la région.
«Hommes de la terre»
Les Mapuches (le mot signifie «hommes de la terre»)
vivent en harmonie avec la nature et pratiquent une agriculture
de subsistance. Ils croient en Pachamama, la Terre-Mère,
génitrice de tout ce qui vit. Ils ont toujours été
opposés à l’exploitation des ressources
naturelles.
On peut diviser l’histoire des Mapuches en trois grandes
périodes, toutes marquées par la lutte pour
préserver la maîtrise de leurs terres et de leurs
ressources naturelles ancestrales. Pendant la première
période, qui a duré jusque vers 1550, ils ont
réussi à repousser l’avancée de
l’empire inca, puis des conquistadores espagnols.
La deuxième période a commencé vers
1880, avec l’occupation du sud du pays par l’armée
chilienne. Lors d’une campagne dite «pacification
de l’Araucanía», les Mapuches ont été
dépossédés d’une grande partie
de leurs terres et confinés dans des reducciónes,
minuscules lopins familiaux. Cette perte de territoire a bouleversé
leur mode de vie ancestral.
Les villages actuels des Mapuches sont restés conformes
au modèle du XIXe siècle. Conformément
à une loi de 1993, tout groupe de dix familles est
considéré comme une communauté. L’application
de ces politiques a anéanti la structure sociale mapuche.
Depuis une dizaine d’année, les problèmes
touchant la propriété des terres et l’exploitation
des ressources naturelles sont devenus de plus en plus aigus.
Selon la presse locale, les forêts naturelles sont décimées
à vive allure par de grandes sociétés
forestières qui désirent construire des centrales
hydroélectriques, privant ainsi les Mapuches d’étendues
toujours plus grandes de leur territoire ancestral.
Visites du CICR aux détenus mapuches
Des organisations comme la Fédération internationale
des droits de l’homme ont dénoncé à
maintes reprises ces violations des droits du peuple mapuche
et lancé des appels au respect des droits de toutes
les populations autochtones, en particulier dans les conflits
touchant la propriété des terres.
Dans son rapport de 2004 (disponible en anglais à
l’adresse www.iwgia.org), le Groupe international de
travail pour les peuples autochtones a souligné que
la constitution chilienne ne reconnaissait pas les Mapuches
en tant que peuple et ne leur conférait aucun droit
politique, ni à l’autonomie ni à l’autodétermination.
Le rapport indique que les représentants des Mapuches
ont commencé à exiger le respect par les autorités
de leurs droits territoriaux et politiques.
Le rapport mentionne en outre le fait que le gouvernement
chilien a engagé des mesures pénales contre
les représentants des peuples autochtones qui s’efforçaient
de défendre leurs droits; de nombreux dirigeants mapuches
ont été arrêtés et jugés
en application de la loi antiterrorisme promulguée
par l’ancien régime militaire du général
Augusto Pinochet (1973-1990).
Au cours des deux dernières années, des délégués
du CICR ont effectué plusieurs visite à des
Mapuches détenus pour raisons de sécurité
(dont certains faisaient la grève de la faim) afin
de contrôler leurs conditions de détention et
de formuler des recommandations, le cas échéant,
aux autorités sur leur traitement, leur santé
et d’autres aspects de leur détention. Ces visites,
dont l’objectif est strictement humanitaire, sont effectuées
sur la base d’un accord passé avec le gouvernement
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Jimena Marquez
Déléguée Communication du CICR
à Buenos Aires.
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