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Un tournant pour le Mouvement
La conférence du crystal rouge

Pas trace du cristal rouge dans l’immense salle où siégeaient les 1576 délégués à la XXIXe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, les 20 et 21 juin 2006 à Genève; pourtant, chacun savait qu’il était là pour reconnaître l’existence du nouvel emblème.

La conférence diplomatique de décembre 2005 ayant adopté un troisième Protocole additionnel aux Conventions de Genève instituant le cristal rouge, il s’agissait maintenant d’amender les Statuts du Mouvement.

Contrairement aux conférences ordinaires qui se déroulent tous les quatre ans, la XXIXe Conférence, qui réunissait178 Sociétés nationales sur 183 et 148 des 193 États parties aux Conventions de Genève, fut brève (deux jours à peine); elle avait pour unique objectif l’adoption d’une résolution. Seuls autres points à l’ordre du jour, deux rapports, émanant le premier de la Commission permanente de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (organisatrice de la conférence), sur les suites données à la XXVIIIe Conférence, et l’autre du gouvernement suisse, consacré au mémorandum d’accord signé en novembre 2005 entre la Société du Croissant-Rouge palestinien et le Magen David Adom. Le débat sur ces deux rapports donna aux délégués l’occasion d’aborder une série de questions qui n’étaient pas directement liées au contenu du projet de résolution.

Une présidence ferme

La Conférence était présidée par Mohammed Al-Hadid, président de la Commission permanente et du Croissant-Rouge jordanien, qui déclara d’emblée qu’il souhaitait voir la résolution adoptée par consensus. Comme la Conférence diplomatique s’était déroulée dans un climat politiquement tendu, il rappela qu’une conférence internationale était une réunion d’un type très différent : les règles régissant le débat sont très strictes, et les participants doivent respecter les Principes fondamentaux du Mouvement. Le président doit aussi veiller «à ce que, à aucun moment, un orateur ne s’engage dans des controverses d’ordre politique, racial, religieux ou idéologique».

Le rôle du président devait se révéler crucial, car les délégués eurent parfois du mal à s’abstenir de tout propos politique. M. Al-Hadid put compter sur le soutien de l’écrasante majorité des délégués des Sociétés nationales, du CICR et de la Fédération internationale lorsqu’il insista pour que les priorités humanitaires l’emportent sur les considérations politiques.

Le projet de résolution

La première partie du projet de résolution — la plus importante — modifiait les Statuts du Mouvement afin d’y inclure le cristal rouge, notamment à l’article 4, qui énumère les dix conditions à remplir pour qu’une Société nationale soit reconnue. Cet amendement permettait la reconnaissance du Magen David Adom.

La deuxième partie du projet de résolution demandait l’adoption formelle de l’appellation «cristal rouge».

La troisième partie demandait au CICR et à la Fédération internationale de reconnaître et d’admettre le Croissant-Rouge palestinien. Le problème à cet égard était l’exigence, dans les dix conditions défi nies dans les Statuts, pour une Société nationale, d’être constituée sur le territoire d’un État indépendant. Le CICR n’avait pas le pouvoir de lever cette condition, mais la Conférence, en tant qu’autorité suprême au regard des Statuts, pouvait formuler une exception, assortie cependant d’une déclaration stipulant clairement que ceci ne constituait pas un précédent pour des sociétés non reconnues dans d’autres parties du monde.

L’admission du Croissant-Rouge palestinien s’explique par sa situation particulière du point de vue humanitaire et opérationnel. Le Croissant-Rouge palestinien a conclu un protocole d’accord avec le Magen David Adom, et les deux sociétés travaillent de concert dans un contexte extrêmement difficile. L’égalité de statut dans la région permet d’accroître leur efficacité, de raffermir le soutien de l’opinion et de mieux servir les bénéficiaires.

La reconnaissance signifie aussi que ces deux Sociétés nationales ont les mêmes responsabilités et obligations que les autres vis-à-vis du Mouvement.

D’emblée, il apparut que le consensus serait difficile à atteindre. M. Al-Hadid fit appel à l’ambassadeur norvégien Wegger Strommen, l’un des vice-présidents, pour négocier un accord. Il s’en fallut de peu, mais le consensus échoua. Le président dut donc procéder au vote, d’abord sur les amendements proposés par le Pakistan et la Tunisie, puis sur la résolution elle-même.

Le moment décisif était donc arrivé. L’atmosphère, dans le centre de conférences, était à l’expectative, et ce vote inédit maintint les délégués en alerte jusqu’aux petites heures du 22 juin, tout au long du déroulement du vote par appel nominal. Même les plus chevronnés des participants, vétérans de nombreuses conférences de la Croix-Rouge et du Croissant- Rouge, n’avaient jamais rien connu de tel. L’ambiance était calme, et bientôt les craintes de ceux qui redoutaient les effets négatifs pour le Mouvement d’un vote synonyme de division se dissipèrent. Pour reprendre les termes de l’un des participants, le vote amènerait non la division, mais la décision.

De fait, les amendements furent rejetés, et le projet de résolution adopté par 237 voix pour, 54 voix contre et 18 abstentions. Le sentiment de soulagement parmi les délégations, à l’annonce des résultats, était presque palpable. Les déclarations après le vote furent généreuses et conciliantes. Le président de la conférence fut félicité pour sa direction des travaux.

Ce n’était pas tout. En déclarant officiellement close la XXIXe Conférence, M. Al-Hadid pria les délégués de rester pour entendre les déclarations du CICR et de la Fédération internationale. Jakob Kellenberger, président du CICR, annonça alors offi ciellement la reconnaissance du Magen David Adom et du Croissant-Rouge palestinien.

Le président de la Fédération internationale, Juan Manuel Suárez del Toro, convia ensuite tous les délégués des Sociétés nationales à se réunir immédiatement en Assemblée générale. Dans l’heure qui suivit, les deux nouvelles Sociétés nationales furent admises par acclamation. Le principe d’universalité venait de faire un nouveau pas.

Promouvoir le Protocole additionnel III

Le Protocole additionnel III entrera en vigueur le 14 janvier 2007. Un travail d’information va maintenant commencer pour faire en sorte que les changements apportés à l’emploi des emblèmes soient largement compris.

Le Protocole prévoit l’utilisation à titre temporaire du cristal rouge par les États et les Sociétés nationales, ainsi que son utilisation dans des circonstances exceptionnelles par le CICR et la Fédération internationale pour faciliter leur travail.

Les Sociétés nationales peuvent aussi utiliser l’un des autres emblèmes à l’intérieur du cristal rouge à des fi ns d’identification, et, pour la première fois, la croix rouge et le croissant rouge peuvent être utilisés ensemble, côte à côte.

Il est trop tôt pour savoir quel sera l’impact du cristal rouge sur l’identité du Mouvement et quel sera son rôle en tant qu’emblème protecteur sur les champs de bataille. Quand le cristal rouge sera-t-il utilisé pour la première fois comme emblème temporaire ou dans des circonstances exceptionnelles ? Sera-t-il adopté par des États qui utilisent aujourd’hui la croix ou le croissant rouges, ou qui n’ont pas choisi d’emblème depuis qu’ils ont signé les Conventions de Genève ?

Il s’agit là de deux options très différentes; d’une part, l’utilisation du cristal rouge par un État ou par une composante du Mouvement «sans porter atteinte à leurs emblèmes actuels», comme le dit le Protocole; d’autre part, la décision par un État d’adopter le cristal rouge comme emblème protecteur national, la Société nationale l’adoptant dès lors comme signe distinctif, avec ou sans d’autres emblèmes à l’intérieur.

Seule la pratique permettra de définir l’utilisation temporaire ou exceptionnelle. L’adoption, en revanche, serait une décision délibérée à long terme. Par le passé, plusieurs Sociétés nationales se sont déclarées intéressées par l’utilisation du double emblème, désormais autorisée par le Protocole additionnel III, qui refléterait mieux les réalités culturelles de leur situation. L’avenir dira si cette possibilité est réaliste dans certaines régions du monde.

Quoi qu’il en soit, l’histoire de l’emblème, source de passion et d’irritation pour tant de membres du Mouvement depuis 15 ans, est à un tournant. Le chapitre concernant la nécessité d’un emblème supplémentaire, sa fonction, sa forme et son nom, est aujourd’hui clos. Quant au chapitre suivant, celui de l’impact du cristal rouge sur le Mouvement, il reste à écrire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


©Thierry Gassmann

Ian Piper
Ian Piper a grandement contribué à la qualité et au succès de Croix-Rouge, Croissant-Rouge, d’abord en tant que responsable de la communication à la Fédération internationale, puis en tant que rédacteur CICR. La rédaction lui adresse ses meilleurs vœux d’heureuse retraite.

 

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