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La fin du tabou
de l’excision

 

Selon les chiffres des Nations unies, près de 130 millions de femmes et de filles ont subi des mutilations sexuelles. Tous les jours, en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie, ce sont au bas mot 6000 femmes et jeunes filles qui subissent l’ablation du clitoris ou des organes génitaux externes, souvent au moyen de lames non stérilisées.

 

Depuis 2004, le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a fait de la lutte contre ce phénomène une priorité. En 2008 et en 2009, les Sociétés nationales de l’Afrique occidentale et centrale renforcent leurs efforts d’information sur les effets néfastes de ces pratiques pour la santé de dizaines de milliers de femmes, y compris par l’augmentation du risque de contracter le VIH.

Au Cameroun, on estime qu’une femme sur cinq est excisée. Croix-Rouge, Croissant-Rouge s’est entretenu avec des volontaires de la Croix-Rouge camerounaise, Pauline Gong Ounane (PGO) et Fatime Majuini (FM), excisée à l’âge de 7 ans.

Pourquoi vous être engagées dans la campagne de lutte contre les mutilations génitales féminines ?
FM: Je voulais éviter à d’autres femmes de connaître mes souffrances. J’ai perdu tellement de sang lors de l’ablation de mon clitoris que ma grand-mère a dû m’emmener à l’hôpital. Par la suite, la cicatrice a été une gêne constante, et lors de la naissance de mon premier enfant, l’accouchement a duré quatre jours. J’ai cinq enfants, et à chaque accouchement la blessure s’est ouverte, causant une douleur atroce.

Comment faites-vous passer le message ?
PGO: Fatime est musulmane et parle couramment arabe, et elle vient des régions les plus touchées par les mutilations sexuelles. Lorsqu’elle évoque ce qu’elle a vécu et ses problèmes de santé ultérieurs, les gens l’écoutent. Elle a un courage extraordinaire, car la question est complètement taboue.

Quels sont les tabous autour des mutilations ?
FM: Ma grand-mère me disait que si je ne me faisais pas exciser, les gens riraient de moi et je ne trouverais pas de mari.
PGO: La mutilation diminue la sensibilité sexuelle de la femme, on pense donc réduire ainsi la probabilité qu’elle ait des relations sexuelles extraconjugales, et préserver l’honneur de la famille.

Comment faites-vous pour persuader les communautés de faire cesser cette pratique ?
PGO: Nous insistons sur les effets pour la santé : comment les femmes risquent de souffrir de graves infections et même de perdre leur enfant pendant l’accouchement.

Que penser des femmes qui pratiquent ces mutilations ?
PGO: Nous ne les dénonçons pas, mais nous essayons de les aider. Ces femmes gagnent parfois beaucoup d’argent; nous leur proposons des micro crédits pour financer d’autres moyens de subsistance. Elles peuvent suivre une formation de jardinier oude sage-femme, ou élever des animaux et cultiver des produits pour les vendre. Entre mars 2007 et mars 2008, nous avons aidé 100 de ces femmes.

Quel a été l’impact de votre travail ?
PGO: Quand nous nous sommes rendues dans ces villages pour la première fois, on nous a chassées. Les hommes étaient furieux que nous parlions d’abolir une pratique sociale traditionnelle; ils nous ont agonies d’injures. Je ne voulais pas y retourner, je me sentais très mal. Comme je n’ai pas été excisée moi-même, c’était particulièrement difficile, car il me semblait manquer de crédibilité. Mais depuis que Fatime fait partie de l’équipe, les choses ont changé. Les communautés nous écoutent. On peut voir la lumière dans leur regard lorsque Fatime évoque ses problèmes pendant les accouchements. Les hommes comme les femmes comprennent que cette pratique est terriblement néfaste et ils nous disent qu’ils ne feront pas subir cette épreuve à leurs filles.
FM: Il est très difficile pour les femmes de parler ouvertement de cette question. La tradition veut que les femmes restent à la maison et élèvent les enfants. Je ne voulais pas que mes deux filles souffrent comme moi. Il était essentiel de briser ce schéma de souffrances et de violence. En outre, mon mari m’appuie sans réserve.

Claire Doole
Journaliste indépendante basée en Suisse.



Colloque sur les mutilations sexuelles à Diabougo, Sénégal.
©REUTERS / FINBARR O’REILLY, AVEC L’AUTORISATION DE www.alertnet.org

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