Déplacer
des montagnes
Hommage aux volontaires de la Société nationale
de la Croix-Rouge haïtienn
C’EST DANS L’ÉPREUVE la plus dure que
l’on saisit ce qui est essentiel pour le coeur et pour
l’esprit. C’est au plus profond de l’adversité que
nous découvrons qui nous sommes vraiment. Pour nous,
en Haïti, la perte est immense; mais nous avons beaucoup
appris sur nous-mêmes, en tant que nation, en tant
que Société nationale et en tant que volontaires.
Alors
même que nous pleurons nos proches, nos collègues,
nos frères et nos soeurs, nous trouvons malgré tout
des motifs de reconnaissance. Les survivants, et même
ceux qui ont tout perdu, éprouvent du réconfort
lorsqu’ils sont en mesure d’aider d’autres
personnes dans le besoin.
Nous ressentons surtout fierté et reconnaissance
de nous savoir partie d’un mouvement humanitaire mondial
fondé sur les idéaux les plus élevés
de l’humanité. Aucune catastrophe naturelle
ne saurait rompre ce lien avec nos frères et nos sœurs
du monde entier.
Au cours des derniers mois, il m’est arrivé d’entendre
qualifier de héros les volontaires de la Société nationale
de la Croix-Rouge haïtienne. Ce n’est pas à nous
qu’il revient de porter ce jugement, mais ce mot ne
me parait pas déplacé lorsque je songe aux
actes courageux de mes collègues au cours des derniers
mois.
Leur héroïsme n’est pas né le 12
janvier ; il date du jour où ils sont devenus des
volontaires de la Croix-Rouge. C’est la préparation
de ces volontaires — ceux qui ont survécu et
ceux qui ont péri — qui nous a aidés à réagir à cette
catastrophe atroce.
C’est leur présence, jour après jour,
qui a valu à la Société nationale de
la Croix-Rouge haïtienne le respect et la coopération
de communautés très durement éprouvées.
Dans des conditions souvent dangereuses, toujours déterminés,
ces volontaires ont affronté ouragans et inondations.
Ils ont aidé les habitants à reconstruire leur
foyer et à trouver de nouveaux moyens d’existence
après les ouragans de 2004 et 2008. L’année
dernière encore, ils ont contribué à former
plus de 15 000 personnes aux premiers secours, à la
promotion de l’hygiène et du don volontaire
de sang, et à la prévention du VIH et du paludisme,
des pathologies très répandues en Haïti.
Dans toutes ces tâches, cependant, ils n’étaient
pas seuls. Pendant des années, des délégations
des Croix-Rouge allemande, américaine, canadienne,
espagnole et française — ainsi que des collègues
du CICR et de la FICR — ont oeuvré à leurs
côtés. Lorsque le séisme a frappé,
nous avons vu affluer vers Haïti, sans un instant d’hésitation,
des volontaires de Sociétés nationales du monde
entier, prêts à offrir leur énergie,
leur engagement, leurs compétences et leur amour.
Je voudrais remercier tous ces travailleurs de l’humanité,
ainsi que tous ceux qui ont donné du temps ou de l’argent
pour aider Haïti à se relever et à se
reconstruire. Ce sont eux qui font l’étoffe
de ce Mouvement imaginé par Henry Dunant. Ils sont
aussi nos héros du quotidien.
Un proverbe haïtien dit : «Chaque montagne cache
une autre montagne.» On ne saurait mieux décrire
notre situation actuelle. Il nous faut non seulement aider
les habitants à survivre dans l’immédiat,
mais encore surmonter l’obstacle suivant — les
pluies et les ouragans — pour commencer à envisager
la survie d’Haïti à long terme. Comme on
dit en créole, Wè jodi-a, men sonje denmen
: Vis aujourd’hui, mais songe à demain.
Michaële Amédée Gédéon
Présidente
de la Société nationale de
la Croix-Rouge haïtienne |

Michaële Amédée Gédéon, présidente
de la Société nationale de la Croix-Rouge haïtienne,
lors d’une visite récente à Léogâne.
©Alex Wynter/FICR
«C’est au plus profond de l’adversité que
nous découvrons qui nous sommes vraiment. Pour nous,
en Haïti, la perte est immense; mais nous avons beaucoup
appris sur nous-mêmes, en tant que nation, en tant que
Société nationale et en tant que volontaires.» |