1 0

Page d'accueil
du Magazine

Espoir sur deux roues

 

Dans une région isolée de la République démocratique du Congo en proie à la guerre, les convois de camions et de motocyclettes ne peuvent s’aventurer sur les chemins de montagne raides, boueux et tortueux. La distribution des semences et des articles de ménage aux familles déplacées se fait donc par le moyen le plus efficace à disposition : la bicyclette.

Simon est en nage . Il s’arrête un instant pour boire une gorgée d’eau et voit d’autres cyclistes le dépasser. L’un d’eux lui lance : Tufagne ngufu ! — «courage !» en swahili. Simon les regarde en souriant et se lance à leur poursuite, pas aussi vite qu’il le souhaiterait étant donné le terrain accidenté et la charge qu’il transporte. Il est pourtant bien déterminé à ne pas être le dernier au point de ralliement ce soir.

Contrairement aux apparences, Simon et ses compagnons ne participent pas à une course cycliste. Ils font partie d’un peloton de mille cyclistes qui sillonnent le district de la Tshopo dans le cadre d’une opération d’assistance du CICR et de la Croix-Rouge de la République démocratique du Congo (RDC) en faveur des populations d’Opienge.

Terrain accidenté
La Province orientale (nord de la RDC) est connue pour la luxuriance de sa nature et la beauté de ses paysages.

«C’est vrai que c’est beau, mais regardez-moi ce chemin, maugrée Simon : pour ne pas se blesser et arriver entier, il faut regarder le sol, pas garder la tête en l’air comme un touriste.»

L’insuffisance et l’état de délabrement des routes signifie qu’il faut parfois des jours, voire des semaines, pour acheminer biens de nécessité courante, vivres ou médicaments. Seuls les «tolékistes» (du lingala toleka, qui signifie «passer»), ces cyclistes professionnels, parviennent à se faufiler dans ce dédale de routes impraticables. Ce défi de tous les jours vient s’ajouter à l’instabilité chronique de la région. La forêt avoisinante a accueilli au fil des années de nombreuses familles apeurées, jetées hors de chez elles par la violence et le conflit armé qui oppose les forces armées nationales à plusieurs groupes armés.

On estime à plus de 50 000 le nombre de personnes affectées, dans la région, par ce conflit dont on parle peu. Certaines d’entre elles ont dû quitter leurs villages et ceux qui sont restés ne sont pas mieux lotis. Des villages pillés et détruits, des récoltes perdues, des perspectives sombres et aussi incertaines que ce chemin de terre : voilà ce à quoi beaucoup d’hommes et de femmes de la Tshopo sont confrontés. Si près de 70 % d’entre eux sont revenus et recommencent à cultiver leurs terres, ils continuent de partager leurs ressources avec plus de 15 000 personnes déplacées, venues de villages éloignés et qui, elles, n’osent pas encore prendre le chemin du retour.

Casse-tête logistique
C’est pour eux que Simon pédale. En effet, la route qui mène à Opienge et à Balobe, deux des localités les plus durement touchées par le conflit, bien que d’une importance vitale, est impraticable. Quant à la piste d’atterrissage, son état nécessite de gros travaux. C’est à ce défi logistique que se sont trouvées confrontées les équipes du CICR et de la Croix-Rouge de la RDC, lorsqu’elles ont cherché la meilleure manière d’acheminer de l’aide aux populations déplacées, résidentes et retournées d’Opienge et de ses environs.

«De Kisangani à Bafwasende, pas de problème, explique Elias Wieland, chef du bureau du CICR à Kisangani. Mais comment relier Bafwasende à Opienge avec près de 72 tonnes de semences et 4000 trousses d’ustensiles ? »

Cette question, il y a longtemps que les habitants de cette région l’ont résolue, grâce aux «tolékistes». Léger, facile à entretenir, s’adaptant au terrain local, le vélo est vite devenu l’outil essentiel de cette opération d’assistance d’un genre nouveau.

«J’ai dû organiser des convois de camions, acheminer des vaccins à dos de porteurs, gérer des rotations d’avions, organiser le chargement d’une barge, engager des motards pour les terrains difficiles. Mais un cortège de mille vélos, c’est une première !», s’exclame Jean-Marie Falzone, coordonnateur logistique.

Graines d’espoir
Trois jours plus tard, Simon arrive, fourbu mais satisfait. «C’était dur, mais on a l’habitude de ce terrain. Pour moi, ce n’est pas seulement un défi physique comme le Tour de France. C’est mon travail, mais cette fois-ci, c’est aussi la possibilité de faire quelque chose d’utile», explique Simon en déposant le colis de 45 kg — des semences — qu’il transportait.

En effet, malgré la fertilité des sols, les conflits successifs ont empêché les habitants de cultiver leurs terres. Fébronie, une mère de famille de 30 ans, témoigne : «La vie est devenue difficile. Avant, on cultivait notre terre et Opienge nourrissait tout le territoire de Bafwasende. Mais comment cultiver avec toutes ces tensions ? Avant le conflit, un gobelet de riz coûtait 100 francs congolais ; aujourd’hui, il est à 300 francs.»

En juillet et août, 4000 ménages déplacés et retournés d’Opienge et des environs ont reçu chacun un kit de 20 kg de semences de riz et 18 kg d’ustensiles de ménage. Si tout va bien, Fébronie pourra commencer à récolter son riz dans cinq mois. Juste à temps pour Noël.

Simon sourit. «Je croyais que je portais des graines. C’est maintenant que je comprends pourquoi elles étaient si lourdes : elles pesaient le poids des espoirs de toutes ces mamans. À Noël, ces graines apporteront de la joie. Il y a des endroits où Papa Noël vient en traîneau; chez nous, il a envoyé mille vélos d’espoir.»

Inah Kaloga
Coordonnatrice communication du CICR basée à Kinshasa (RDC).


© Illustration: J.P. Kalonji/Eleventh Hour Artists Ltd.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


«Il y a des endroits où
Papa Noël vient en
traîneau; chez nous, il
a envoyé mille vélos
d’espoir.»

 

 

 

 

Haut de page

Nous contacter

Crédits

Webmaster

©2010

Copyright