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L’année de l’encadrement des volontaires


Illustration : J.P. Kalonji/Eleventh Hour Artists Ltd.

Selon Saundra Schimmelpfennig, journaliste, volontaire et observatrice de l’action humanitaire, nous devrions viser non pas le recrutement de nouveaux volontaires, mais un meilleur encadrement des volontaires existants.

Volontaire moi-même, et ayant eu à encadrer des bénévoles, je sais combien il est délicat de bien s’acquitter de cette tâche. Le recrutement est la partie la plus plaisante et la plus souvent évoquée, mais ce n’est que la première étape d’un cycle qui englobe la formation, la supervision, l’offre de possibilités d’apprentissage et de développement, la reconnaissance des contributions des volontaires, sans oublier que le don de son temps pour aider autrui ne doit pas devenir un fardeau financier.

Comme le dit Dashdeleg Aleksandr, qui dirige le département opérationnel de la Croix-Rouge de Mongolie : «Sans activités, sans encadrement, ni incitation à rester ni possibilité de promotion, les volontaires partiront.»

«Ils ont eu une vie difficile et ils veulent à leur tour donner quelque chose», dit-il au sujet des volontaires de la Société nationale. Malheureusement, ils sont nombreux à ne rester qu’un an ou deux, car «il y a des choses que nous ne pouvons offrir, comme une couverture d’assurance ou des mesures d’encouragement ». Le financement disponible pour les frais de transport et les autres dépenses est aussi limité.

Plutôt que de vouloir tout faire, Valli Ponniah, responsable du développement du volontariat en Asie-Pacifique pour la FICR, suggère que les Sociétés nationales fassent d’abord un bilan du stade auquel elles se trouvent dans le cycle d’encadrement des volontaires.

C’est ce qu’a fait la Croix-Rouge de Sri Lanka après le tsunami de 2004. L’exercice a révélé la nécessité de renforcer les principes régissant la gestion, le suivi et le remboursement des volontaires. «La Croix-Rouge a engagé une personne chargée spécifiquement du volontariat, et elle a maintenant un manuel, une base de données de volontaires, des normes et des règlements, explique-t-elle. C’est la première Société nationale qui a signé la police d’assurance globale des volontaires.»

La boîte de Pandore

Les assurances sont un bon exemple de la manière dont la réponse aux besoins des volontaires peut ouvrir une boîte de Pandore en termes de gestion. L’assurance accidents donne un sentiment de sécurité aux volontaires, en particulier pour ceux qui interviennent après une catastrophe. Pourtant, lorsque la FICR a mis sur pied un système d’assurance pour volontaires à l’intention des Sociétés nationales, personne n’y a souscrit, explique Valli Ponniah.

La raison en est simple : de nombreuses Sociétés nationales n’avaient pas les structures nécessaires pour gérer un tel système. Dans bien des cas, elles ignoraient de combien de volontaires elles disposaient réellement, sans même parler de connaître leurs noms.

Or, avant même de dresser une liste précise de volontaires, les Sociétés nationales ont toute une série de tâches à accomplir, notamment :
• définir le statut de volontaire, de membre et d’employé;
• concevoir une feuille de calcul ou une base de données pour stocker et tenir à jour les informations;
• former le personnel des sections au suivi des volontaires et à la saisie des données;
• désigner un point focal national pour chapeauter le processus.

Ce travail peut exiger du temps et de l’argent, mais il présente de nombreux avantages. En cas de catastrophe, la Société nationale dispose d’informations à jour sur les adresses, les compétences et l’expérience des volontaires. Grâce à ces données, elle peut déployer ses bénévoles plus rapidement. Le fait de suivre les volontaires et de les inviter à se joindre à d’autres programmes contribue à les fidéliser; en cas contraire, ils disparaissent une fois les programmes terminés.

Donner la parole à la «main-d’œuvre»

Ce type de suivi et de communication est l’une des manières dont les Sociétés nationales peuvent aider leurs collaborateurs non rémunérés à se sentir reconnus et récompensés. «Les volontaires sont souvent considérés comme une simple main-d’œuvre; on les appelle quand il y a quelque chose à faire, comme distribuer des produits ou réaliser des programmes de santé», relève Andreas Sandin, coordonnateur du développement du volontariat dans le bureau de zone des Amériques de la FICR. «En revanche, ils sont souvent exclus de la vie de l’institution à l’échelon des sections comme au niveau national.»

C’est l’une des raisons pour lesquelles la Croix-Rouge néo-zélandaise cherche, dans toute la mesure possible, à traiter ses volontaires comme ses collaborateurs, explique Gillian Peacock, chargé des capacités nationales. «Nos volontaires suivent le même programme d’introduction que nos employés, explique-t-elle. Lorsque nous avons reçu des bourses de la part de Outward Bound (une organisation qui encourage le développement personnel par des expériences de plein air), la moitié ont été attribuées à des volontaires et la moitié à des employés.»

La Croix-Rouge péruvienne intègre de plus en plus ses volontaires au processus de planification, dit Aguenda Aguilar García, coordonnatrice du plan d’appui national. Cette année, les volontaires contribuent à la rédaction d’un nouveau plan stratégique, en prenant part à des séminaires nationaux.

Au Népal, l’accent est placé sur «la création d’un cadre permettant aux volontaires de s’exprimer et de voir traités les sujets qui les préoccupent», selon Sudarshan Adhikiari, responsable du développement interne au sein de la Croix-Rouge du Népal. Malheureusement, il est difficile de trouver le soutien financier à long terme indispensable pour préparer une stratégie intégrée à l’échelon national et pour l’appliquer à l’ensemble des projets et des sites. «Le développement de l’organisation n’est pas une priorité pour les donateurs, relève-t-il. Ils préfèrent toujours financer des prestations directes.»

L’étude de la FICR publiée récemment, La Valeur des Volontaires, souligne l’importance d’un meilleur encadrement pour protéger, encourager et soutenir les volontaires. C’est un pas important, mais pour tirer le meilleur parti de cette année consacrée au volontariat, on pourrait envisager de proclamer 2011 l’«Année de l’encadrement des volontaires», afin d’appeler l’attention des Sociétés nationales, des donateurs et de médias sur cet aspect sans doute moins immédiatement séduisant, mais non moins essentiel, du volontariat.

Saundra Schimmelpfennig
Saundra Schimmelpfennig, spécialiste de l’aide humanitaire, vit dans l’Utah (É.-U.); elle est l’auteur du blog Good intentions are not enough.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

À vous de jouer

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Valeurs de volontaires

Les volontaires sont essentiels pour permettre au Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge d’améliorer la santé, de réduire la pauvreté, de toucher les groupes vulnérables et de réagir aux situations d’urgence. Mais de combien de volontaires dispose le Mouvement, et quelle est la valeur de leur action ?

Une étude de la FICR, publiée dans un rapport intitulé La Valeur des Volontaires, apporte la réponse. Quelque 13,1 millions de volontaires actifs ont fourni des services d’une valeur de près de 6 milliards de dollars qui ont touché environ 30 millions de personnes en 2009, selon ce rapport, publié en janvier pour marquer le dixième anniversaire de l’Année internationale des volontaires.

Fondé sur les réponses de 107 Sociétés nationales, le rapport quantifie la valeur économique du travail bénévole et décrit les nombreuses contributions des volontaires à leur communauté. La FICR utilisera ces résultats pour mieux protéger, reconnaître et encourager les volontaires.

Réalisée par Dalberg Global Development Advisors sur la base d’une méthode mise au point par l’Organisation internationale du travail et par le Center for Civil Society Studies de l’Université John Hopkins, l’étude servira de référence pour suivre l’évolution du recrutement et de la fidélisation des volontaires. Elle donne aussi une image plus précise des domaines essentiels auxquels ils apportent leur contribution. S’ils sont actifs dans de nombreux secteurs, c’est surtout dans la promotion de la santé, les soins et les services de santé qu’ils sont le plus nombreux. Viennent ensuite les activités de préparation, de secours et de relèvement après les catastrophes, puis les services d’appui.

En outre, les volontaires démultiplient les employés rémunérés par un facteur allant de 1 à 2000, la valeur médiane mondiale se situant à 20 volontaires pour un collaborateur payé. (En Afrique subsaharienne, le ratio moyen est de 327 volontaires pour 1 employé à plein temps; en Asie du Sud-Est, de 432 pour 1; c’est aux États-Unis et au Canada que ce ratio est le plus faible, à 11 pour 1.)

Que prouvent tous ces chiffres ? Pour la FICR, ils montrent que les investissements dans le développement communautaire fondé sur le travail volontaire génèrent d’excellents résultats. Le rapport note ainsi que «[l]a valeur du réseau de volontaires de la Fédération internationale tient au fait qu’il permet d’investir davantage dans la lutte contre les causes premières de souffrance».

Répartition par domaine des volontaires Croix-Rouge Croissant-Rouge


Le volontariat en chiffres:

6 milliards de dollars : valeur approximative des services fournis gratuitement en 2009 par les volontaires Croix-Rouge Croissant-Rouge.
13,1 millions : nombre approximatif de volontaires dans le monde entier.
4 : nombre minimal d’heures de bénévolat par année pour être considéré volontaire.
107 : nombre de Sociétés nationales qui ont participé à l’étude de la FICR, La Valeur des Volontaires.
54 : pourcentage de femmes parmi les volontaires.
46 : pourcentage d’hommes parmi les volontaires.
20 pour 1 : ratio moyen du nombre de volontaires par employé rémunéré des Sociétés nationales.

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