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De la révolutionà la réconciliation

Dans un pays divisé, le Croissant-Rouge libyen a su rester uni et indépendant. La voie reste pourtant semée d’embûches.

Au sein du Croissant-Rouge libyen, quelqu’un avait-il prévu le soulèvement ?
Personne, en janvier 2011, n’aurait jamais imaginé des bouleversements aussi dramatiques en Libye, en Tunisie et en Égypte. Mais nous avons fait notre possible pour faire face et réagir aux événements, grâce à nos volontaires, qui étaient vraiment prêts et qui ont fait un travail remarquable.

C’est particulièrement vrai en termes de premiers secours et d’évacuation. Nous avions mobilisé nos volontaires pour qu’ils soient dans les hôpitaux, où les services s’étaient pour ainsi dire effondrés. On trouve à Benghazi des hôpitaux très modernes, mais un grand nombre étaient gérés par du personnel étranger qui est parti, craignant pour sa sécurité. Le chaos régnait parce que le système s’était effondré.

Comment la Société nationale a-t-elle réagi ?
Nous avons créé une équipe spéciale au siège, mais dès la deuxième semaine toutes les communications ont été coupées. Plus d’internet, plus de téléphones portables. La leçon que nous avons tirée de cette expérience, c’est que dans ce type de situation il faut avoir un système en place pour mieux administrer les volontaires. Jusque-là, nous fonctionnions de manière très traditionnelle. Nous voyons bien aujourd’hui qu’il nous faut un vrai système de gestion, une meilleure formation sur le code de conduite et un système d’assurance, de protection et de sécurité.

Dans l’ensemble, les volontaires ont fait un excellent travail pour respecter les principes d’impartialité et de neutralité, mais la révolution était menée par les jeunes. Nous avons tenté de leur donner autant de conseils que possible, en leur expliquant «vous devez séparer votre fonction de volontaire portant un uniforme du Croissant-Rouge de votre avis personnel en tant que jeune enthousiasmé par ces changements».

Quels étaient les principaux dangers encourus par les volontaires ?
Nous devons soutenir et aider nos volontaires, qui ont fait un travail très dur pendant une longue période. Avant le conflit, ils étaient étudiants, médecins ou avaient un autre métier; aujourd’hui, ils ont besoin de soutien psychologique et doivent être aidés pour réintégrer une vie normale.

Deuxièmement, nous devons nous occuper du fossé qui sépare, au sein de la Société nationale, ceux qui sur le plan personnel étaient favorables à la révolution et ceux qui étaient du côté du régime. Nous avons besoin d’une réconciliation nationale.

Comment préserver l’unité d’une Société nationale pendant une guerre civile ?
Nous avons réussi à maintenir l’unité dans une situation extrêmement difficile. Maintenant, les choses sont moins ardues, il s’agit de réunir les gens pour discuter.

L’un des problèmes auxquels nous nous heurtons, ce sont les volontaires qui pourraient venir nous dire: «Nous voulons un changement à la tête de notre section, notre chef est un homme du passé.» Nous allons devoir faire face à ces situations, nous n’avons pas le choix. Mais nous avons un système en place pour remplacer le dirigeant d’une section, et il faut respecter les règles en vigueur.

Il est impossible de ne pas tenir compte de ce printemps arabe, mais jusqu’ici ce sont plutôt les volontaires eux-mêmes qui ont défendu l’intégrité de la Société nationale contre les ingérences extérieures. Des volontaires se sont vu accorder une audience par le président du Conseil national de transition, pour évoquer l’intégrité de la Société nationale et la manière dont elle nomme ou démet, en toute indépendance, les personnes qui occupent des postes clés.

Les volontaires ont déclaré à cette occasion : «Nous sommes indépendants, nous avons une Assemblée générale, et nous pouvons à cette occasion décider si une personne nous convient ou non et si nous souhaitons la garder.»

Quels sont les obstacles principaux à surmonter dans la période post-révolutionnaire ?
Avec le retour des combattants, l’une des gageures sera la réintégration dans la vie normale. Après les élections, il faudra s’occuper non seulement de l’économie, mais aussi de la réconciliation nationale... Je pense que le Croissant-Rouge aura un certain rôle à jouer pour diffuser la culture de la non-violence, du pardon et de la réconciliation. La tâche ne sera pas aisée. Ce n’est pas impossible, mais ce sera dur.


Mouftah Etwilb
Photo: ©IFRC

 

 



«Je pense que
le Croissant-Rouge
aura un certain rôle
à jouer pour diffuser
la culture de la non-
violence, du pardon
et de la réconciliation.
La tâche ne sera pas
aisée. Ce n’est pas
impossible, mais
ce sera dur.»

 

 

 


Plusieurs combattants anti-Kadhafi, blessés dans les bombardements violents à Syrte, attendent d’être transportés de Ras Lanouf à Benghazi dans les hélicoptères du Croissant-Rouge en septembre.
Photo : ©REUTERS/Esam Al-Fetori, avec l’autorisation de www.alertnet.org

 

 

 


Un convoi du Croissant-Rouge libyen apporte des médicaments et du matériel médical destinés aux personnes déplacées par les combats à Syrte (est de la Libye) au mois d’octobre.
Photo : ©REUTERS/Esam Al-Fetori, avec l’autorisation de www.alertnet.org

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