Comment
faire respecter
les règles
de la guerre?
La mise en œuvre du droit international humanitaire
(DIH) a connu des fortunes diverses au cours des deux
dernières décennies.
La création d’institutions internationales
chargées de faire respecter la notion de responsabilité pénale
individuelle pour crimes de guerre — depuis les
Tribunaux spéciaux pour le Rwanda et pour l’ex-Yougoslavie
jusqu’au Tribunal spécial pour la Sierra
Leone et à la Cour pénale internationale
(CPI) — a nourri l’espoir, à la fin
des années 1990, de voir s’ouvrir une ère
nouvelle dans la mise en œuvre des lois de la guerre.
Cet optimisme a été quelque peu refroidi
par la réaction internationale aux attentats terroristes
du 11 septembre 2001. Le mépris de normes fondamentales
telles que l’interdiction absolue de la torture
a indéniablement marqué un recul dans la
mise en œuvre du DIH, au même titre que la
remise en question de principes fort anciens des règles
de la guerre, comme la distinction entre civils et combattants
et l’exigence de proportionnalité dans
la riposte militaire.
D’aucuns ont affirmé que dans le contexte
de la lutte contre le terrorisme et de la guerre asymétrique,
les lois de la guerre traditionnelles, conçues
initialement pour s’appliquer aux conflits entre États,
semblaient obsolètes. L’un des exemples
les plus criants de la décennie écoulée
s’est produit en 2009, dans les derniers mois de
la guerre civile à Sri Lanka, lorsque la volonté du
gouvernement d’anéantir la rébellion
des Tigres tamouls conduisit l’armée à procéder à des
bombardements aveugles qui firent des dizaines de milliers
de morts dans la population civile.
Pourtant, la dernière décennie n’a
pas connu que des revers. De manière paradoxale,
le mépris du droit a aiguisé la conscience
que nous avons de son existence. Les milieux militaires
et les dirigeants politiques, mais aussi le grand public,
sont plus sensibles au DIH et à ses exigences.
On constate même dans certains conflits des efforts
accrus pour mieux respecter le droit.
Il faut, pour aller de l’avant, s’appuyer
sur ces progrès en tâchant de dégager
un nouveau consensus sur les normes. Le consensus encourage
le respect volontaire, qui est bien plus efficace que
la contrainte pour la mise en œuvre. C’est
au CICR qu’il revient de jouer le rôle directeur
pour préserver l’intégrité des
normes du droit humanitaire, mais aussi pour les moderniser.
La société civile comme les milieux universitaires
sont de plus en plus présents dans ces débats.
Les efforts devraient porter sur le renforcement de
l’efficacité des mécanismes d’application,
avec un nouvel élan pour faire de la CPI un organe
vraiment universel. L’efficacité de la Cour
découle de sa légitimité, mais il
est difficile d’y parvenir dans un contexte où chacun
crie à la politisation et à la partialité.
Des appels pleins de bon sens ont aussi été lancés
en faveur de la création d’un organe de
supervision mondial. L’idée, avancée
entre autres par Charli Carpenter, spécialiste
américain et professeur associé de sciences
politiques, serait de créer une institution qui
ferait pour le DIH ce que fait l’Agence internationale
de l’énergie atomique pour la non-prolifération
ou l’Organisation mondiale de la Santé en
matière médicale, en tant qu’autorité indépendante
capable d’enquêter sur le terrain en cas
de violation alléguée du DIH. Ce serait
une manière de concentrer et de professionnaliser
les initiatives qui se sont multipliées au cours
des années récentes pour établir
les faits et pour enquêter, avec des résultats
parfois insuffisants.
L’objectif ultime demeure naturellement la prévention
des conflits armés. L’engagement politique,
la présence humanitaire et la protection des droits
de l’homme ont tous un rôle à jouer
pour réduire les conséquences mortelles
de la guerre. Cependant, aussi longtemps que des guerres
feront rage, la mise en œuvre des règles
d’application universelle relatives à la
conduite de la guerre demeurera un enjeu aussi crucial
que vital.
Louise Arbour
Ancienne Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits
de l’homme, ex-juge à la Cour suprême
du Canada, ex-chef des poursuites des Tribunaux pénaux
internationaux pour l’ex-Yougoslavie et pour
le Rwanda, Louise Arbour est actuellement présidente
de l’International Crisis Group (www.crisisgroup.org).
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Photo: Jean-Marc Ferre/Nations Unies
De manière
paradoxale,
le mépris
du droit
international
humanitaire au
cours des
dix dernières
années a rendu
bien des gens
mieux conscients
de son importance.
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dans ces textes sont ceux de leurs auteurs et
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ni de la rédaction.
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