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Paroles
de changement
Le Mouvement rassemblé à Genève pour
ses réunions statutaires 2011.
À l’ouverture des réunions statutaires
de 2011 à Genève, en novembre, plus de huit
minutes furent nécessaires pour faire l’appel
des délégations assistant à l’Assemblée
générale de la FICR, de l’Afghanistan
au Zimbabwe.
Volontaires et employés de 131 Sociétés
nationales du monde entier étaient réunis pour
participer aux réunions statutaires dans un centre
de conférences au cœur de la ville où Dunant
et Moynier fondèrent jadis ce qui est aujourd’hui
le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
«C’est un grand jour pour nous. Nos efforts
ont été payants», a déclaré Ibrahim
Shafeeg, qui assistait à sa première assemblée
en tant que président du Croissant-Rouge des Maldives,
tout juste reconnu comme le 187e membre de la FICR. «À présent,
nous allons pouvoir aller de l’avant en toute confiance.
Nous sommes tous très fiers d’appartenir désormais à cette
grande famille.»
Cinq jours plus tard, à l’ouverture de la dernière
réunion — la Conférence internationale —,
plus de 2000 personnes étaient présentes,
formant la plus grande assemblée humanitaire du monde.
Leur objectif n’était autre que la tâche
qui occupe, depuis plus d’un siècle, les délégués
du Mouvement : fixer le cap de l’action humanitaire
et renforcer les orientations et la protection juridiques
qui rendent possible le travail destiné à sauver
des vies et à protéger les populations vulnérables.
Parmi les participants figuraient des délégués
chevronnés, qui avaient assisté à l’Assemblée
générale et au Conseil des Délégués
de Nairobi en 2009, ou à des réunions statutaires
plus anciennes. Pour les nouveaux venus, l’aspect formel
des débats, les nombreux discours et le langage parfois
obscur des résolutions — «reconnaissant» ceci
et «notant» cela — pouvaient parfois paraître
bien abstraits face aux réalités quotidiennes
du terrain.
On sentait pourtant dans l’air une certaine excitation,
tandis que des délégués rencontraient
des collègues, plaidaient les causes qui leur sont
chères, assistaient à des ateliers concernant
leur activité ou s’exprimaient pour ou contre
les questions dont débattaient l’Assemblée,
la Conférence ou le Conseil des Délégués.
Des paroles d’inspiration
Tandis que les délégués suivaient, écouteurs
sur la tête, l’interprétation en plusieurs
langues de centaines de discours et d’interventions — commentaires
des Sociétés nationales et des États
sur les résolutions et les rapports soumis pour examen —,
des comités de rédaction, dans d’autres
salles, travaillaient intensément pour formuler des
résolutions dans des termes susceptibles de convenir à toutes
les parties.
Certains des instants les plus mémorables furent
les discours de délégués évoquant
avec passion des questions controversées ou apportant
un point de vue inédit, secouant et inspirant la communauté humanitaire
rassemblée à Genève pour améliorer
la situation.
«Nous, les volontaires, nous sommes comme des guerriers»,
s’est ainsi exclamé l’orateur principal
de l’Assemblée générale, João
Brites, un danseur de hip-hop portugais qui utilise ses talents
pour écarter les jeunes de la violence et du crime
en milieu urbain. «Nous combattons le crime, l’exclusion
sociale, la toxicomanie, la discrimination. Nous combattons
tant de choses, et pourtant nous sommes sans armes.»
João Brites a mis en demeure les dirigeants du Mouvement
de voir la jeunesse autrement, laissant entendre que de nombreuses
organisations humanitaires ont peur des jeunes en raison
de préjugés négatifs. Enfilant le capuchon
de son survêtement sur la tête, il a interpellé l’assistance :
ce changement d’apparence l’amènerait-elle à le
voir d’un autre œil ?
«Avec le capuchon, voyez-vous un acteur du changement
ou un fauteur de troubles ?»,
a-t-il demandé.
«Combien d’entre vous, dans votre Société nationale,
fuient les solutions en considérant les gens comme
une composante du problème alors qu’ils sont
une composante de la solution ?» |

Ibrahim Shafeeg, le président du Croissant-Rouge des Maldives,
nouvellement reconnu.
Photos : ©FICR
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La
promesse de la jeunesse
Les événements internationaux récents
sont la preuve éclatante de la capacité des
jeunes à susciter le changement social. Sommes-nous
assez actifs, au sein du Mouvement, pour donner aux jeunes
non seulement une voix, mais aussi un rôle dans les
décisions et les orientations de leurs Sociétés
nationales ?
Pour certains des jeunes présents à la Conférence,
la réponse est clairement «non». Certes,
les sociétés nationales et la FICR ont fait
des efforts pour encourager les initiatives et les réseaux
régionaux de jeunesse depuis que des jeunes volontaires
ont signé la Déclaration de la jeunesse de
Solferino, voici trois ans.
Il faut pourtant aller plus loin, affirme Ashanta Osborne-Moses,
présidente de la Commission de la jeunesse de la FICR
et responsable du programme VIH/sida de la Croix-Rouge de
la Guyane. La Commission de la jeunesse a, entre autres, œuvré à la
création de réseaux régionaux de jeunes
et à la conception d’une politique de la jeunesse à l’échelle
de la FICR tout entière, politique qui a été approuvée
en novembre par l’Assemblée générale.
La Commission a aussi présenté à l’Assemblée
un rapport demandant que l’on donne aux jeunes humanitaires
un rôle plus important. «Les questions touchant
le rôle pionnier des jeunes et leur participation aux
décisions posent des problèmes particuliers;
il n’est que trop fréquent que l’on fasse
aux jeunes des promesses sans leur donner réellement
le pouvoir d’influer sur le cours des choses»,
relève le rapport.
Ashanta Osborne-Moses a encouragé les Sociétés
nationales à signer en plus grand nombre l’engagement
de mieux intégrer les jeunes et d’encourager
leur participation, et a vivement incité celles qui
l’avaient signé à lui donner suite.
«Le rôle primordial des Sociétés
nationales consiste maintenant à appliquer les engagements,
les promesses ou les accords», a-t-elle conclu.
Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, où le pouvoir
de la jeunesse s’est illustré avec éclat
au cours de l’année écoulée, Amal
Emam, médecin et jeune volontaire de la Société du
Croissant-Rouge égyptien, a déclaré que
sa Société nationale comptait un membre jeunesse
dans son conseil d’administration. Elle a ajouté : «Nous
avons aussi dans chaque section un représentant des
jeunes, qui a le droit de vote et de décision et qui
peut exprimer les idées et les perceptions des jeunes.»
«Pourtant, nous ne sommes jamais satisfaits. Nous
exigeons toujours davantage et nous avons donc la responsabilité de
démontrer que nous méritons ce rôle.
Nous devons être capables aussi de nous effacer au
besoin et de laisser d’autres dirigeants de la jeunesse
monter au créneau, pour nous épauler mutuellement.» |

Amal Emam, de la Société du Croissant-Rouge égyptien,
prend la parole au cours de l’Assemblée générale.
Photo : ©FICR
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Modèle à suivre
Qu’il s’agisse de mobiliser une intervention
internationale dans une situation d’urgence — le
tremblement de terre de 2010 en Haïti, les inondations
massives au Pakistan — ou de réagir à des
crises nationales de plus faible ampleur, les lois et les
règlements qui régissent les importations,
les soins de santé et la propriété des
terres peuvent gêner ou favoriser les secours et le
relèvement.
Les efforts entrepris à l’échelle mondiale
pour améliorer ces systèmes ont fait un grand
pas en avant lors de la XXXIe Conférence internationale,
avec l’adoption par les délégués
d’une résolution appelant les États à renforcer
leurs textes juridiques applicables en cas d’intervention
nationale ou internationale au lendemain d’une catastrophe.
Les sociétés nationales et les États
souhaitant mettre en œuvre cette résolution
disposent désormais d’un nouvel outil :
une «loi type» qui peut les aider à appliquer
les lignes directrices de la FICR sur la législation
relative aux catastrophes pour rédiger ou améliorer
leur droit national en prévision d’une intervention
dans ce type de situation.
La loi type a été rendue publique par la FICR,
le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de
l’ONU et l’Union interparlementaire, après
deux ans de consultations avec des juristes et des spécialistes
des situations de catastrophe.
«Nous savons bien qu’il n’existe pas de
modèle universel», a souligné David Fisher,
coordonnateur du Programme de droit régissant les
catastrophes au sein de la FICR. «C’est cependant
un point de départ commode pour les gouvernements
qui se lancent dans la tâche difficile consistant à élaborer
de nouvelles lois.» |

De jeunes danseurs de la célèbre école Rudra
Béjart ont ouvert la XXXIe Conférence
internationale en représentant les sept Principes
fondamentaux.
Photo : ©FICR
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Des
soins sûrs pour tous
En adoptant la résolution «Les soins de santé en
danger : respecter et protéger les soins de santé»,
le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
a posé des jalons pour combattre ce que d’aucuns
considèrent comme «l’un des plus graves
et pourtant des plus négligés des problèmes
de l’aide humanitaire», à savoir la menace
constante pesant sur les agents de santé et sur les
personnes nécessitant des soins médicaux en
temps de conflit.
La résolution rappelle aux parties au conflit «l’obligation
de respecter et de protéger les blessés et
les malades, ainsi que les personnels de santé, les
structures médicales et les véhicules sanitaires,
et de prendre toutes les mesures raisonnables pour assurer
aux blessés et aux malades un accès sûr
et rapide aux soins de santé dans les situations de
conflit armé ou d’autres situations d’urgence».
Le texte aborde ensuite la tâche ardue qui consiste à appeler
les gouvernements et les forces armées à veiller
au respect de ces notions fondamentales. Décrivant
ces activités de suivi, la résolution dresse
une sorte de plan d’action, demandant aux États «d’intensifier
leurs efforts pour adopter les mesures de mise en œuvre
nationale nécessaires, conformément aux obligations
juridiques internationales pertinentes».
Le texte appelle aussi les États à faire respecter
les emblèmes de la croix rouge et du croissant rouge
en adoptant, s’il y a lieu, «des mesures juridiques,
notamment des mesures d’application pertinentes concernant
l’usage et la protection des emblèmes distinctifs
reconnus par les Conventions de Genève et leurs Protocoles
additionnels».
Enquêter et poursuivre
La résolution appelle aussi les États à «faire
en sorte que des enquêtes efficaces soient menées
et des poursuites engagées en cas de crimes (…)
contre les personnels de santé (…) et à cette
fin à coopérer entre eux, conformément à leurs
obligations internationales, et avec les cours et les tribunaux
pénaux internationaux».
Le Mouvement aussi se voit attribuer des responsabilités;
les Sociétés nationales, le CICR et la FICR
doivent ainsi «continuer de soutenir les structures
et les personnels de santé locaux dans le monde entier,
de renforcer leurs capacités, et de mener des programmes
de formation et d’instruction à l’intention
des personnels et des volontaires chargés de fournir
des soins».
Ce texte a été fortement soutenu, de nombreux
délégués témoignant avec passion
des menaces graves pesant sur les soins de santé dans
leur pays. Le débat n’en a pas moins été animé,
certains États exprimant leur préoccupation
durant le travail de rédaction au sujet de divers
aspects de la résolution.
Les Sociétés nationales souhaitaient qu’il
soit clairement indiqué qu’elles avaient un
rôle à jouer dans d’autres situations
de violence, mais un petit groupe de pays considérait
que le Mouvement devait préciser ce qu’il faut
entendre par ces «autres situations de violence» ou
autres hostilités qui ne répondent pas à la
définition du conflit armé au regard du droit
international humanitaire (DIH).
Un petit nombre de pays redoutait aussi que le Mouvement
ne «dérive» par rapport à sa mission
ou ne tente d’étendre le champ d’application
du DIH à des situations sortant du cadre des conflits
armés. Jakob Kellenberger, le président du
CICR, a répondu que telle n’était pas
l’intention du Mouvement.
«Cela ne serait pas dans notre intérêt
en tant qu’humanitaires, a-t-il relevé. Pour
nous, mieux vaut que le droit international relatif aux droits
de l’homme s’applique au même titre que
le droit national, car ce droit protège souvent mieux
la population que le DIH.» |

Sous la tente «Les soins de santé en danger» à la
XXXIe Conférence internationale.
Photo : ©CICR
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Toucher
les migrants
Avec l’augmentation constante du nombre de migrants,
le défi humanitaire consistant à toucher et à aider
ces personnes prend toujours plus d’ampleur.
Les obstacles juridiques, sociaux et culturels exacerbent
la difficulté d’aider ces personnes exclues,
souvent privées d’accès aux soins de
santé, à l’éducation et à l’emploi.
Ceux qui les secourent enfreignent souvent les lois sur l’immigration.
Durant la XXXIe Conférence internationale, les États
et les Sociétés nationales sont convenus d’améliorer
l’accès humanitaire à ces communautés,
reconnaissant «l’importance du respect de la
dignité humaine et de la protection de tous les migrants».
Il appartient aux Sociétés nationales, «sur
la base des principes d’humanité et d’impartialité et
en consultation avec les pouvoirs publics, de fournir une
assistance humanitaire aux migrants vulnérables, quel
que soit leur statut juridique». |
Réunions
statutaires 2011 : paroles à retenir
«Nous avons consacré plus
de temps aux raisons pour lesquelles nous ne devrions pas
parler aux autres qu’à chercher comment nous
adresser à eux. C’est aujourd’hui, alors
que nous souhaitons nouer le contact, que nous constatons
l’étendue de notre ignorance.»
Jonas Gahr Store, ministre des Affaires étrangères
de la Norvège (et ex-secrétaire général
de la Croix-Rouge de Norvège), lors de la conférence
TEDxRC2 sur les raisons pour lesquelles
les pays doivent nouer le dialogue avec leurs adversaires
en temps de conflit.
«La rééducation
physique est une priorité. La dignité ne
peut pas attendre des temps meilleurs.»
Alberto Cairo, responsable du programme orthopédique
du CICR en Afghanistan, lors de la conférence TEDxRC2.
«La transformation de notre société présente
bien des difficultés, mais, avec l’appui du
Mouvement, nous saurons en venir à bout.»
Mark Akio, président par intérim
de la Croix-Rouge du Soudan du Sud.
«Ce qui est admirable dans ce
Mouvement, c’est que toute Société nationale,
grande ou petite, partage les mêmes droits et responsabilités
et peut prendre part à toutes les décisions
dans l’intérêt des personnes vulnérables.»
Niki Rattle, infirmière volontaire
et secrétaire générale de la Société de
la Croix-Rouge des Iles Cook, présidente de la
XXXIe Conférence internationale.
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Équité et
santé
La pauvreté, les inégalités entre hommes
et femmes et la discrimination sont quelques-uns des facteurs
qui peuvent aussi empêcher des personnes de recevoir
les soins nécessaires.
Les États, les Sociétés nationales
et les autres acteurs doivent redoubler d’efforts pour
abattre ces obstacles, selon une autre résolution
clé adoptée par la Conférence internationale.
La résolution encourage vivement les États
et les Sociétés nationales à travailler
de concert pour fournir des services de santé, promouvoir
les connaissances et assurer l’égalité entre
les sexes et la non-discrimination dans l’accès à ces
services. |
Urgences
et volontariat
Selon Olivier Haringanji, volontaire et coordonnateur des
programmes de jeunesse à la Croix-Rouge du Burundi, «le
volontariat n’est pas une affaire d’argent, ni
même de compétences ou de qualifications particulières.
C’est une question de foi dans l’humanité.»
Dans son discours à l’ouverture de la XXXIe
Conférence internationale, Olivier Haringanji s’est
fait l’écho de l’appel à une amélioration
des mesures de protection, de soutien et de développement
des volontaires, qui sont nombreux à risquer quotidiennement
leur vie pour aider autrui.
L’appel a été repris dans une résolution
de la Conférence, qui prie les Sociétés
nationales et les gouvernements de renforcer l’action
humanitaire par le développement du volontariat, par
une meilleure protection juridique et par la garantie d’un
accès sûr des volontaires à tous les
groupes vulnérables.
«Cette reconnaissance par le gouvernement est la clé pour
transmettre la passion des volontaires et pour que la société soit
mieux préparée à affronter des situations
d’urgence», a déclaré Olivier Haringanji. |
Des paroles aux actes
Qu’envisagez-vous de faire pour traduire en actes
les engagements et les résolutions des réunions
statutaires 2011 ? Quels sont les principaux obstacles ?
Vos réponses nous intéressent pour des
articles futurs. Écrivez-nous à l’adresse rcrc@ifrc.org |
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Des paroles aux actes
Pour consulter les résolutions adoptées et les suites à donner :
www.redcross.int |
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