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Un déluge oublié


Un quartier de maisons récentes du sud-ouest de Minot (Dakota du Nord) sous les eaux lors de l’inondation qui a entraîné l’évacuation de milliers de foyers. Photo : ©REUTERS/Allen Fredrickson, avec l’autorisation de www.alertnet.org

 

 

«Évacuer les lieux n’a pas été facile, mais le plus dur sera de tout remettre
en état.»

Ron Bieri,
habitant de Minot

 

 


Eldred Ames (88 ans)
sur le porche d’un logis
temporaire fourni par
la FEMA.
Photo : ©Jill Schramm

 

 

«On va construire beaucoup de maisons, mais qui pourra les acheter ?»
Curt Zimbelman, maire de Minot

 

 

Reconstruire en plus résistant

Lorsque, voici 15 ans, une inondation massive ravagea la ville de Grand Forks, à quelque 320 kilomètres à l’est de Minot, les médias donnèrent un large écho à la catastrophe et des millions de dollars d’aides fédérales affluèrent. Aujourd’hui, Grand Forks est une cité prospère, avec de belles avenues arborisées et un système de digues flambant neuf.

Trevor Riggen, directeur en chef des services en cas de catastrophe auprès de la Croix-Rouge américaine à Washington, D.C., explique que l’attention et les ressources exercent un effet psychologique qui améliore la capacité de résister à de nouvelles catastrophes. À Grand Forks, le résultat tangible a été un projet de prévention des inondations.

«Si l’attention générale n’amène pas la communauté à se demander “Que ferons-nous la prochaine fois ? Comment bâtir une communauté plus solide ?”, on ne crée pas la résilience indispensable», explique Trevor Riggen, qui suggère d’inciter les entreprises et d’autres donateurs à réfléchir à la manière dont ils pourraient aider à long terme.

Mason Hollifield, directeur de la section de la Croix-Rouge de Grand Forks pendant l’inondation, assure qu’elle a contribué à apporter une solution durable. Contrairement à celle de Minot, la branche de Grand Forks disposait de ressources financières qui lui ont permis de jouer un petit rôle dans la reconstruction et dans l’assistance individuelle aux personnes les plus nécessiteuses.

Les ressources de la Croix-Rouge nationale sont certes utiles, explique Mason Hollifield, mais c’est la force des volontaires locaux ainsi que les partenariats avec les organisations communautaires et gouvernementales qui sont déterminantes. «Dans toute catastrophe, le travail commence et s’achève à l’échelle locale, explique-t-il. Ces ressources-là sont indispensables.»

À Minot, l’inondation a révélé le besoin de disposer de davantage de volontaires et d’améliorer la formation, explique Allan McGeough, directeur de la branche de Mid-Dakota à Minot. Fort heureusement, explique-t-il, la Société nationale a pu combler les lacunes lorsque la branche locale a été submergée par les activités d’hébergement, de fourniture de repas et de distribution de matériel de nettoyage.

Sachant qu’il est peu probable statistiquement de voir se répéter une inondation de la même ampleur, la branche a remis en état son bâtiment inondé et préparé ses volontaires à réagir en cas d’inondations de moindre ampleur au printemps.

Pour Curt Zimbelman, le maire de la ville, «nous devons faire passer le message que, pour Minot,
ce n’est qu’un commencement.»

Les catastrophes oubliées ne sont pas l’apanage des pays en développement. Pour preuve, l’inondation survenue en 2011 à Minot, dans le Dakota du Nord (Midwest des États-Unis).

Voici un an, un magazine décrivait le quartier historique d’Eastwood Park, à Minot (Dakota du Nord, États-Unis), comme l’un des plus remarquables ensembles de maisons anciennes de tout le pays. Aujourd’hui, après l’inondation qui a dévasté une grande partie de la ville l’été dernier, les rues offrent un spectacle de désolation.

Depuis la crue de la rivière Souris en juin 2011, qui a provoqué le déplacement de 11 000 habitants dans la région, inondant 4100 habitations et entreprises, David et Pat Lehner ont travaillé d’arrache-pied pour sauver les boiseries originales et les fenêtres à vitraux de leur maison de trois étages bâtie en 1908.

«Si on ne se force pas à revenir régulièrement et à faire quelque chose, il est trop facile de se laisser aller et de couler, explique David. J’en vois beaucoup qui baissent les bras.»

Loin de tout dans la prairie

À Minot, une ville de quelque 41 000 habitants dans une partie du pays souvent considérée comme loin de tout, la reconstruction est lente et l‘aide extérieure est rare. Proche de la frontière canadienne, la ville abrite une base de l’armée de l’air américaine ; c’est l’une des plus grandes agglomérations de l’État du Dakota du Nord, peu densément peuplé.

Minot est à des centaines de kilomètres du grand centre urbain le plus proche; la catastrophe qui a frappé la ville n’a pas retenu longtemps l’attention des médias. Les scènes montrant l’eau frôlant les toits des maisons ont certes épouvanté le pays entier, mais dès que la décrue a commencé, l’attention du public s’est détournée. Les volontaires accourus pour déblayer et vider les maisons sont repartis avant l’arrivée de l’hiver, qui peut être très rude dans le Dakota du Nord.

«Les habitants n’ont plus de forces», explique Curt Zimbelman, banquier et maire de Minot. «Ils ont donné tout ce qu’ils avaient.»

Il faut rappeler au pays le sort de Minot. «Les médias nationaux nous ont oubliés, ajoute-t-il. Les gens ne pensent plus à nous, alors que les besoins sont tout aussi importants que juste après l’inondation.»

Selon Curt Zimbelman, le relèvement de la ville exigera l’aide de volontaires pour contribuer à la reconstruction, mais aussi l’aide financière de Washington et de l’État pour protéger la ville des inondations futures. Or, la catastrophe qui a frappé Minot ne fut qu’un événement parmi tant d’autres — entre les tornades du printemps et les ouragans de l’automne —, qui tous exigent des fonds d’un budget national déjà fortement mis à contribution l’année dernière.

Au début de cette année, plus grand-monde, hors du Dakota du Nord, ne se souvenait de Minot, alors même que moins d’un tiers des habitants — pour l’essentiel ceux dont les maisons avaient le moins souffert — avaient retrouvé leur foyer. Une forte reprise de la construction devrait, d’ici la fin de l’année 2012, permettre à la plupart des résidents de retrouver leur domicile. Cependant, c’est le plan de protection contre les inondations, une fois achevé, qui dira qui peut reconstruire et qui n’y est pas autorisé.

Après la ruée

Située en bordure de l’un des plus vastes champs d’exploitation pétrolière des États-Unis, Minot était déjà en pleine mutation avant les inondations. Les entreprises et les habitants se pressaient vers ces étendues de prairie balayées par le vent, appâtés par les perspectives d’un revenu lié à l’or noir gisant sous les champs de blé et les pâturages. Tandis que cette ruée submergeait les petites villes de la région, Minot, son centre social et commercial, prospérait.

À l’heure où le reste du pays se préoccupait des saisies immobilières en temps de récession, ici les prix des maisons explosaient sous la pression d’une demande supérieure aux capacités de construction. Avec l’arrivée de l’inondation, la crise de l’immobilier est devenue une crise totale.

Après dix semaines passées dans un abri de la Croix-Rouge, Justin et Sonja Neubauer ont emménagé en octobre dans un logement de cinq pièces de la FEMA (Agence fédérale des situations d’urgence). Ils sont enchantés de retrouver un toit à eux, mais les semaines de déplacement, de pertes matérielles et l’incertitude qui continue à planer sur leur avenir pèsent toujours sur leurs épaules.

Sonja Neubauer perd ses cheveux à cause du stress. La seule chose qui la tranquillise est que ses enfants sont maintenant correctement logés. «C’est notre foyer, et il faut l’aménager pour y vivre confortablement avec ses enfants», explique-t-elle.

La FEMA espère que d’ici à décembre 2012, chacun aura un logement permanent. La famille Neubauer est sceptique, tout comme bon nombre d’habitants des logements temporaires. Ce sont surtout les maisons plus anciennes, et moins chères, qui ont été touchées. «On va construire beaucoup de maisons, mais qui pourra les acheter ?» demande Curt Zimbelman.

Faire revenir les habitants

Grâce aux bons résultats économiques du Dakota du Nord, dus au pétrole et à l’agriculture, les excédents budgétaires permettent à l’État d’aider à réparer les maisons inondées et à planifier les mesures de protection futures contre les inondations. Bien que certaines victimes, cédant au découragement, aient quitté la ville, le coordonnateur du Dakota du Nord pour le relèvement, le général Murray Sagsveen, considère que le recours aux fonds publics pour remettre en état les maisons inondées pourrait rétablir la confiance parmi la population.

«Ce qui est important, c’est de montrer que les choses bougent cet été, affirme-t-il. Si on peut voir que le quartier est en reconstruction et qu’il y a un vrai élan, les gens pourraient revenir.»

Jane et Ron Bieri, deux retraités, expliquent que durant les phases d’évacuation et de nettoyage, l’adrénaline réprimait l’angoisse. Aujourd’hui qu’ils sont seuls dans leur logement FEMA, la longue reconstruction de la maison qui a été leur foyer pendant 21 ans est plus difficile à supporter.

«Évacuer les lieux n’a pas été facile, mais le plus dur sera de tout remettre en état», reconnaît Ron Bieri.

Selon Ken Kitzman, président d’une fondation communautaire qui a levé 7,3 millions de dollars pour l’aide individuelle, ce sont les personnes âgées qui ont le plus souffert de l’inondation. Il voit des anciens hébétés, sans point de chute, sans proches pour leur venir en aide. Dans une unité de la FEMA en face du domicile des Bieri, Eldred Ames, 88 ans, tente de reconstruire la maison qu’il habitait depuis 45 ans. Ses enfants viennent le week-end pour travailler.

«Je ne sais pas ce qui va se passer, mais je tiendrai le coup, assure-t-il. C’est ici que je veux vivre.»

Jill Schramm
Journaliste du Minot Daily News.

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