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Exploration des Principes Fondamentaux:

La neutralité à l'épreuve sur la place Tahrir du Caire

 

Il y a tout juste un an, la révolution égyptienne a débuté dans le cadre d'une vague de manifestations qui a secoué le monde arabe et continue de changer la société égyptienne d'aujourd'hui. Amal Emam est médecin, bénévole à la Société du Croissant-Rouge égyptien, ainsi que membre de l’initiative des jeunes comme acteurs de changement de comportement de la FICR. Le magazine du Mouvement International de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge a pris un moment pendant les réunions statutaires de 2011 pour l’interroger sur son expérience au cours de l'année écoulée.

Au cœur des changements en cours en Egypte et à travers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, quels sont certains des plus grands défis posés à l'action humanitaire dont vous avez été témoin, en particulier pour la Société du Croissant-Rouge Egyptien (SCRE), et pour vous-même en tant que bénévole?
L’un des principaux défis pour la SCRE consiste à mettre en pratique les principes fondamentaux - comme la neutralité et l'impartialité - lors de situations telles que celles que nous avons vécues en Egypte.

Nous enseignons au public que la SCRE est neutre et impartiale, mais dans le feu de l’action, les gens peuvent avoir du mal à y croire. C’est à nous de trouver le juste équilibre entre ce défi et l'aspect humanitaire de notre travail en termes d'accès et d'intervention dans certaines situations. Notre objectif est d’aider les gens, qu’ils soient ou non manifestants, qu'ils appartiennent ou non à l'armée, nous sommes là pour tout le monde. Ceci a précisément constitué un défi majeur: obtenir et démontrer la reconnaissance de toutes les parties sur la base de nos principes. Et nous avons réussi.

Pour vous personnellement, quel a été l'un des moments les plus durs en tant que bénévole, pour tenter de faire respecter ces principes?
Pour moi, trouver l’équilibre entre la compassion à donner aux gens sans pour autant céder aux émotions est toujours difficile. Travailler dans des conditions aussi violentes et dangereuses constitue également un grand défi, d’autant plus qu’il faut aussi essayer de convaincre les autres de se joindre à nous.

Par exemple, certains bénévoles ont à juste titre remis en cause le fait de se rendre sur la place Tahrir dans le cadre d'une équipe du Croissant-Rouge. « Vous allez à vos morts» disaient-ils. Mais nous répondions « Il y a déjà des gens qui y meurent, nous devons y aller. » Avec le recul cependant, nous avons vu le rôle actif que des bénévoles peuvent jouer dans de telles situations, et comment ils peuvent recruter d'autres bénévoles pour faire la même chose. Nous avons prouvé que nous étions en mesure d'intervenir et de sauver des vies, tout en sauvegardant notre neutralité.

Est-ce difficile pour les bénévoles de faire abstraction de leurs sentiments personnels sur la révolution?
Absolument. C'est le genre de situation où je suis persuadé qu'il est difficile de maintenir le principe de neutralité. Beaucoup de jeunes bénévoles de la SCRE ont été au cœur des événements, enthousiastes d’y participer. Pourtant, ils comprennent que le travail humanitaire est plus important que de faire partie de la révolution - c'est vraiment un très grand rôle. Nous savons que tous ne peuvent pas participer, sans quoi il n'y aurait personne pour assurer une protection et sauver des vies. Les bénévoles de la SCRE savent que nous enlevons nos étiquettes personnelles pour revêtir nos étiquettes humanitaires et être respectueux de tout le monde.

Quelle est votre opinion sur le rôle de la jeunesse, et en particulier celle du Croissant-Rouge, en termes de promotion d'une culture de non-violence et de paix dans la société égyptienne?
Nous avons déjà travaillé sur le renforcement des compétences de communication non violente à travers la méditation et la médiation. Nous entendons promouvoir une culture de la non-violence et de la paix en servant d’exemple vivant.

Nous avons formé des équipes de secours à cette approche et j'ai vu à quel point cela fait une différence. Par exemple, une première équipe de secours a contribué à répandre une culture de la non-violence et de la paix à travers ses actions sur la place Tahrir. Le public a vu des volontaires prodiguer des soins de premier secours de manière pacifique – en traitant les gens de manière non-violente, en agissant en toute impartialité et en répondant présent pour tous. Peu importe qu’une personne soit pauvre, une femme, un enfant ou de l'armée, l'équipe de premiers secours n’a fait aucune discrimination.

Les bénévoles n’offrent pas uniquement leur aide. Ils donnent d’eux-mêmes et apportent des valeurs de paix qu’ils transmettent à travers leurs actions. C'est ce qui explique que de nombreux blessés préfèrent se rendre à l’équipe de premiers secours de la Société du Croissant-Rouge Egyptien la plus proche, parce qu'ils y ressentent quelque chose de différent. 

À la lumière des événements politiques, voyez-vous cela comme une opportunité pour le Croissant-Rouge égyptien de se repositionner vis-à-vis du gouvernement?
La SCRE a été créé en 1912, nous avons donc fêté nos 100 ans en 2012. Nous avons une réputation bien établie en tant que réseau de bénévoles et de ressources. Dans les mois à venir, la SCRE doit toutefois continuer à sensibiliser le public à propos de qui nous sommes, de nos valeurs et nos principes, et montrer que nous faisons partie d'une organisation humanitaire plus grande, un mouvement fondé sur des principes humanitaires.

Avez-vous d’autres idées quant aux défis et opportunités à venir pour l'Egypte?
La société égyptienne connait actuellement une grande ascension du bénévolat. Il y a un appel important pour que les gens agissent pour la communauté. Si vous cherchez une opportunité pour promouvoir le changement, c'est le moment. Les gens sont prêts pour le changement. Il est arrivé sur la scène politique, mais je suis sûr que nous serons également en mesure de le réaliser sur le plan éthique - ce qui signifie que nous pourrons changer nos attitudes, mentalités et comportements au sein de la communauté égyptienne.
Mais pour cela, il nous reste beaucoup à faire. Il faut que les gens respectent la diversité et qu’ils soient plus pacifiques afin d’être véritablement ouverts à la diversité et de réaliser qu'ils en sont capables. Notre peuple doit prendre confiance en lui et briser le mur de la peur existait. Il est indispensable que nos jeunes sachent que c’est à eux de jouer…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Les bénévoles n’offrent pas uniquement leur aide. Ils donnent d’eux-mêmes et apportent des valeurs de paix qu’ils transmettent à travers leurs actions. C'est ce qui explique que de nombreux blessés préfèrent se rendre à l’équipe de premiers secours de la Société du Croissant-Rouge Egyptien la plus proche, parce qu'ils y ressentent quelque chose de différent. »
Amal Emam
, médecin et jeune bénévole du Croissant-Rouge égyptien

 

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