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Humanité S.A.

 

Catastrophes, violence, déplacements : les organisations d’assistance travaillent à l’extrême limite de leurs capacités. Les fonds, eux, sont limités. Que peut faire un agent humanitaire ? Pourquoi ne pas créer une entreprise ?

Dans les embouteillages de Nairobi, sous le ciel menaçant de cet après-midi, l’ambulance slalome entre les véhicules et emprunte parfois la voie opposée, en klaxonnant pour alerter les voitures arrivant en sens inverse. Il n’y a pas de temps à perdre : l’équipe a répondu à un appel urgent d’une école où une fillette de 8 ans s’est cassé le bras sur le terrain de jeu.

Une fois sur place, l’auxiliaire médicale Mable Nakweya prend la fillette dans ses bras et l’allonge doucement sur le brancard dans l’ambulance. C’est l’un des nombreux appels que Mable Nakweya et son collègue Jamal Abdi reçoivent chaque jour chez Emergency Plus (E-Plus) Medical Services, une société d’ambulances indépendante, qui appartient à la Croix-Rouge du Kenya.

Il s’agit d’une entreprise à but lucratif, mais à mission humanitaire. Dans un pays où l’accès aux soins de santé est limité, c’est un moyen de fournir une source de revenu locale et durable tout en tirant parti de la compétence et de la réputation de la Société nationale en tant que prestataire de premiers secours et d’assistance médicale de premier plan. Dans ce cas, les gens s’abonnent au service comme s’ils achetaient une police d’assurance.

«Nous travaillons par équipes de deux, explique Jamal Abdi. Sur place, l’un d’entre nous s’occupe du patient pendant que l’autre vérifie l’aspect financier.»

Aujourd’hui, dans l’école où la petite Nyakio s’est cassé le bras, inutile de se préoccuper des finances : l’école est membre du réseau d’assurance. Parfois, cependant, les ambulanciers-secouristes doivent évaluer sur place si un patient peut payer ou verser une contribution aux frais de traitement et de transport.

Cette évaluation n’a toutefois pas d’effet sur les soins; il arrive souvent qu’aucun paiement ne soit exigé, ou que le patient verse une contribution une fois qu’il est rétabli.

Mable Nakweya et Jamal Abdi insistent sur le fait que la considération prioritaire est toujours l’état de santé du patient, et que les arrangements financiers ne signifient nullement qu’ils évitent les quartiers pauvres ou les personnes les plus vulnérables en temps de catastrophe.

Effectivement, les équipes d’E-Plus se trouvent souvent aux côtés de volontaires en tant que secouristes, que ce soit lors d’accidents de la route dans le centre de Nairobi ou après des violences entre communautés dans les provinces rurales. Elles travaillent aussi parmi les réfugiés autour comme à l’intérieur des camps de Dadaab, où deux ambulances sont stationnées en permanence. Ces véhicules ont joué un rôle clé pour sauver des vies après une attaque lancée contre une église à Garissa en juillet 2012 et pendant les affrontements récents dans la région du fleuve Tana.

«Nous ne refusons jamais notre aide à qui que ce soit, souligne Nakweya. Notre tâche, en définitive, c’est de sauver des vies.»

La voie d’un financement durable
Pour bien des membres du Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, l’image de secouristes vérifiant un compte en banque en même temps qu’ils contrôlent des signes vitaux est en contradiction totale avec la mission humanitaire consistant à porter assistance sans conditions aux personnes les plus vulnérables.

Or, il faut souligner qu’au Kenya, les ambulances d’E-Plus offrent un service qui n’existerait pas sans elles. Il n’existe pas de service public d’ambulances, et rares sont les services privés. En outre, les polices d’assurance santé ne sont pas couramment utilisées; de ce fait, les services fournis sont souvent payants.

Dans le cas d’E-Plus, chaque membre paie 2500 shillings kenyans (30 dollars É.-U.) par an pour faire partie du système. Selon un rapport qui date de mai  2011, on comptait alors quelque 7800 membres, et le chiffre est à la hausse. E-Plus souhaite offrir 80 % de ses services à des membres payants, et 20 % gratuitement à des personnes incapables de payer.

Avec ses 29 ambulances dotées d’un équipement perfectionné pouvant sauver des vies, et son personnel paramédical hautement qualifié, E-Plus est le premier fournisseur de services ambulanciers du Kenya. Pourtant, après deux ans de fonctionnement, il ne dégage toujours pas de bénéfices.

Le directeur de l’entreprise, Yusuf Nyakinda, reste confiant : étant donné le manque de services publics et d’autres prestataires privés, E-Plus dispose d’un potentiel commercial considérable. Avec le temps, l’entreprise devrait réaliser des bénéfices, l’idée étant qu’une partie des profits apportera alors une certaine stabilité financière au budget de fonctionnement de la Croix-Rouge du Kenya.

Les principales sources de financement de la Croix-Rouge du Kenya sont des donateurs locaux et internationaux ainsi que les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge participantes. Avec la situation économique actuelle et la concurrence accrue des organisations non gouvernementales (ONG), les contributions sont à la baisse.

Parallèlement, la Société nationale et ses volontaires doivent affronter une série de problèmes chroniques et d’urgences complexes, dans lesquels les personnes vulnérables et les projets d’assistance dépendent du financement externe apporté par des donateurs internationaux.


Le service d’ambulances E-Plus de la Croix-Rouge du Kenya a été mis sur pied pour procurer des recettes aux opérations de la Société nationale tout en fournissant des services médicaux d’urgence indispensables. Ici, le personnel paramédical assiste les victimes d’un accident de la circulation à Nairobi.
Photo : ©Croix-Rouge du Kenya

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

«Nous ne refusons jamais notre aide à qui que ce soit. Notre tâche, en définitive, c’est de sauver des vies.»
Mable Nakweya,
ambulancière-secouriste de
E-Plus Medical Services

 

 

Le moment est venu
La Croix-Rouge du Kenya est connue pour ses innovations visant à changer ce schéma; elle s’est lancée dans une série d’activités destinées à dégager des bénéfices et à garantir la sécurité alimentaire, qui utilisent le financement des donateurs comme fonds d’amorçage pour lancer des entreprises agricoles locales plutôt que de se contenter d’acheminer une aide alimentaire ou de soutenir une réponse d’urgence à court terme (voir Croix-Rouge Croissant-Rouge n° 2/2012).

Le moment est sans doute venu pour ce type de démarche. Certains secteurs de l’économie kenyane se développent rapidement; le secteur des techniques de pointe est en plein essor et ouvre de nouvelles perspectives à la population pour faire des affaires, partager des idées et réagir aux situations d’urgence. Au Kenya, 70 % environ de la population adulte utilise le téléphone portable pour ses opérations bancaires, pour payer ses factures et pour emprunter de l’argent liquide, un phénomène qui, selon de nombreux économistes, favorise les investissements et l’épargne locaux, tout en offrant un moyen sûr et rapide de verser des contributions humanitaires.

À cet égard, l’appel «le Kenya pour les Kenyans», lancé par la Société nationale, en est une parfaite illustration : il a permis de lever 10 millions de dollars É.-U. en cinq semaines au plus fort de la sécheresse de 2011 dans la Corne de l’Afrique. Les dons venaient de personnes privées et du secteur des entreprises, et ils provenaient essentiellement de comptes en banque individuels, par téléphone portable.

Le secrétaire général de la Société nationale, Abbas Gullet, s’empresse de préciser qu’il s’agissait là d’un événement particulier, dû à l’urgence extrême de la situation; cependant, cette réaction montre l’intérêt et la capacité croissants du Kenya de trouver des donateurs et des solutions locaux.

«Nous visons la durabilité, mais notre objectif immédiat est de couvrir nos frais de fonctionnement de base, que les donateurs sont réticents à financer, explique-t-il. C’est pourquoi nous investissons des sommes importantes dans des entreprises commerciales, afin de dégager des bénéfices suffisants pour couvrir nos frais de fonctionnement.»

La liberté d’entreprendre
L’enjeu est également la liberté, car ce type de revenu n’est pas soumis à des restrictions. Les donateurs exigent souvent que leurs fonds financent des projets précis, et ils fixent fréquemment un plafond au pourcentage de leurs dons qui peuvent servir à financer des frais administratifs de base. Pour les organisations humanitaires, toute la difficulté consiste à éviter d’être submergées ou de devenir de simples exécutantes de la volonté de leurs donateurs.

Des entreprises comme E-Plus pourraient-elles apporter une réponse au problème ? Si oui, qu’est-ce que cela signifie pour la mission humanitaire ? La nécessité de dégager des bénéfices va-t-elle à l’encontre de l’impératif humanitaire d’aider les personnes les plus vulnérables ? Si oui, est-ce pire que la dépendance excessive à l’égard de donateurs ou de gouvernements qui peuvent aussi nourrir des visées autres qu’humanitaires ? Ce sont là quelques-unes des questions que doivent affronter les Sociétés nationales qui cherchent à diversifier leurs sources de revenus dans un contexte économique particulièrement difficile.

Ces interrogations ne sont pas nouvelles pour les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Voici des décennies que des opérations lucratives — allant de petites boutiques de vente au détail à des contrats nationaux de grande ampleur avec le gouvernement, voire à des usines de fabrication — font partie du paysage humanitaire.

Ainsi, la Société du Croissant-Rouge turc produit et vend de l’eau en bouteilles depuis 1926, lorsque le fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk, offrit à la Société nationale une usine d’eau en bouteille, à la condition que les recettes soient utilisées à des activités d’aide humanitaire. La chaîne de production de l’usine produit aujourd’hui jusqu’à 160 000 bouteilles par heure et la gamme de produits comprend non seulement de l’eau minérale, mais aussi de l’eau aromatisée ou mélangée à du jus de fruits naturel.

De fait, les Sociétés nationales mènent des activités commerciales aussi diverses que pittoresques. Une usine gérée par la Croix-Rouge thaïlandaise élève des serpents pour produire et commercialiser des traitements antivenimeux; un bar de la Société de la Croix-Rouge de Belize, situé à côté de l’hôpital central de la capitale, propose le petit déjeuner et le déjeuner; une boutique luxueuse de vêtements d’époque appartenant à la Croix-Rouge suédoise attire une clientèle branchée qui apprécie la mode d’hier.

Il arrive même qu’une seule et même Société nationale soit présente sur plus d’un marché : Redmo Holdings, la branche commerciale de la Croix-Rouge de Sri Lanka, est une grande entreprise de construction qui loue des engins de machinerie lourde, propose des systèmes de filtrage de l’eau, mais offre aussi des services de voyage et de tourisme, sans oublier des polices d’assurance. Elle gère même des stations-service.

Nombreuses sont les entreprises de ce genre qui n’ont aucun lien direct, ou bien peu, avec la mission humanitaire de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, si ce n’est d’offrir à la population des biens et des services abordables et de recueillir des fonds pour la Société nationale. D’autres sont plus directement associées à la mission humanitaire, par exemple des cours de natation ou de premiers secours, des services de collecte de sang ou encore des accords avec le gouvernement pour administrer des hôpitaux, des services d’ambulance ou des soins de santé à domicile.


Ensemble, ces services payants ou ces entreprises constituent globalement la source de recettes la plus importante des Sociétés nationales (opérations d’urgence mises à part) : selon la stratégie de mobilisation des ressources à l’échelle de la Fédération (2011), ils s’élèvent à 51 % des recettes (voir graphique ci-contre).

«Certaines de ces entreprises recueillent des fonds importants pour la Société nationale, affirme Andrew Rizk, directeur des finances de la FICR. D’autres sont subventionnées par la Société nationale, mais comme elles sont liées à leur mission — dans le cas, par exemple, de services de sang payants —, on considère que l’investissement est justifié.»

Dans certains cas, le revenu ne représente pas un pourcentage important du total des recettes, mais il offre une marge de manœuvre financière. «Plus les sources de recettes sont nombreuses et plus la perte de l’une d’entre elles est facile à compenser», relève Andrew Rizk.

La FICR a soutenu ces opérations de diverses manières au fil des ans. Ainsi, les ambulances qu’utilisent la Croix-Rouge du Kenya et certaines autres Sociétés nationales sont louées à la FICR dans le cadre d’un accord avec le fabricant Toyota. Équipées d’appareillage médical à Dubaï, les ambulances sont ensuite louées aux Sociétés nationales pour des périodes de cinq ans.

Cet arrangement a aidé la Croix-Rouge du Kenya à réduire les frais de démarrage initial. Nombreuses sont les Sociétés nationales qui ont pu lancer des projets importants grâce à des dons de terrains, de bâtiments ou de services, qui ont réduit les sommes à récolter ou à emprunter.

Afin de mieux comprendre le potentiel et les risques liés à ces entreprises, la FICR a chargé la société mondiale d’audit KPMG de réaliser une étude sur les activités commerciales et contractuelles de Sociétés nationales dans 20 à 25 pays. L’objectif de cette étude, que KPMG réalisera à titre gracieux, est de diffuser des informations qui pourraient aider les Sociétés nationales à prendre des décisions fondées, à éviter les pièges, à partager les innovations et à réduire au minimum les risques liés à la gestion d’une entreprise. L’étude devrait éclairer cet aspect important, mais souvent mal compris, du financement des Sociétés nationales.

La gestion du risque est un aspect crucial pour toute entreprise. Lorsqu’il s’agit de services fournis au gouvernement, une partie de la responsabilité financière et juridique est parfois assumée par l’État, mais cela ne signifie pas que la Société nationale soit totalement à l’abri. Dans des entreprises strictement privées, il arrive que les Sociétés nationales créent des sociétés à responsabilité limitée ou en participation qui les protègent des risques financiers et juridiques. On pourrait donc considérer que ces entreprises ne sont pas plus risquées que le placement des fonds de la Société nationale dans un portefeuille à haut rendement.

Un risque gérable ?
Le risque principal est sans doute celui qui concerne la réputation. Comme un grand nombre de ces entreprises commerciales portent la marque de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge, les problèmes éventuels touchant l’entreprise pourraient entacher la réputation non seulement de la Société nationale concernée, mais aussi d’un emblème humanitaire mondial.

Lorsque la FICR a annoncé son intention d’ouvrir un hôtel et un centre de conférences sur une partie des terrains qu’elle avait acquis à Port-au-Prince, la capitale haïtienne, après le séisme de janvier 2010, un débat très animé s’est engagé sur la question de savoir si une organisation humanitaire associée avec les premiers secours, la fourniture d’abris et de vivres devait s’engager dans le domaine de l’hôtellerie.

L’idée était que l’hôtel dégagerait un revenu pour les opérations de la Société nationale de la Croix-Rouge haïtienne tout en lui fournissant de nouveaux locaux, puisque son siège ainsi que bon nombre de ses bâtiments avaient été détruits par le séisme.

Or, selon Daniel Borochoff, président de Charity Watch — un groupe qui évalue les organisations à but non lucratif —, le plan est sujet à controverse car il soulève la question de savoir si des terrains achetés grâce à des fonds destinés aux secours après une catastrophe, peuvent être utilisés pour une entreprise commerciale qui répond aux besoins des ONG et des touristes, dans une ville où des milliers de personnes vivent encoure sous des tentes de fortune.

C’est bien pourquoi la communication sur ces projets est essentielle, explique Danya Brown, de CDA Collaborative Learning Projects, organisme à but non lucratif basé aux États-Unis qui mène des activités de recherche et de conseil visant à améliorer les interventions humanitaires. Selon une enquête réalisée par son association, portant sur 600 bénéficiaires d’assistance dans 20 pays, la majorité des gens sont très méfiants à l’égard des organismes d’assistance et de la manière dont ils utilisent l’argent. Il est crucial, explique-t-elle, que les organisations écoutent les utilisateurs et les donateurs et expliquent comment l’argent est dépensé dans leur intérêt.

De la même manière, une étude indépendante réalisée par Global Humanitarian Assistance sur les flux de ressources de la Croix-Rouge du Kenya a conclu que des projets lucratifs à grande visibilité comme des hôtels pourraient donner l’impression que la Société nationale est riche, et de ce fait n’a pas besoin d’aide, ce qui pourrait réfréner la volonté de certaines personnes d’apporter des contributions, d’ordre financier, matériel ou sous forme de travail bénévole.

Il n’empêche qu’il y a de nombreux précédents de Sociétés nationales administrant des hôtels sans que cela nuise à leur image ou à leur réputation. La Société du Croissant-Rouge palestinien gère un hôtel près de Ramallah, en Cisjordanie, depuis de nombreuses années, et la Croix-Rouge chinoise possède un hôtel d’affaires trois étoiles à Pékin.

D’autres ont renoncé aux hôtels et aux centres de conférence; ainsi, la Croix-Rouge suédoise a fermé en 2010 son centre de congrès, qui n’avait jamais réussi à dégager des bénéfices ni à surnager sur un marché très concurrentiel. «Nous ne faisions qu’accumuler les déficits», explique Tord Pettersson, conseiller principal pour le développement des activités commerciales au sein de la Société nationale. «Beaucoup étaient d’avis que nous ne devrions pas gérer une entreprise dans un domaine que nous ne connaissions pas assez bien.»

«Open for business»
Étant donné les risques que présente le secteur des conférences et de l’hôtellerie, on ne s’étonnera pas que les magasins de vente au détail, et surtout de vêtements d’occasion, soient considérés par les Sociétés nationales comme une option rentable et peu risquée. Bien qu’ils ne soient pas strictement conformes à la mission de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, ils offrent des biens peu onéreux à des personnes à faible niveau de revenu, et les bénéfices servent une bonne cause.

«Nous ne nous voyons pas administrer des hôtels et des centres de congrès sur le marché britannique», explique Rebecca Mauger, responsable des dons de grande valeur et des événements à la Croix-Rouge britannique. «En revanche, les boutiques de détail sont parfaites pour nous.»

Les revenus des 60 magasins d’articles d’occasion de la Croix-Rouge britannique dans tout le pays ont dépassé 26 millions de livres sterling en 2011, pour des bénéfices de 5,6 millions. «C’est une marge honorable par comparaison avec des vendeurs commerciaux», ajoute-t-elle.

Si les magasins de vente au détail ne représentent que 12 % des fonds collectés par la Croix-Rouge britannique, ce pourcentage est plus du double en Suède, où la vente de vêtements de seconde main dans 274 boutiques représente un volume d’affaires considérable.

Au mois de juin, la Croix-Rouge suédoise a ouvert une boutique d’habits de créateurs de mode et d’époque dans le centre de Stockholm, dans le cadre de sa stratégie visant à vendre des vêtements à différentes couches de la population. Selon Martina Bozic, responsable du développement des activités commerciales de la Société nationale, les habits, les chaussures et les sacs à main de la boutique se sont arrachés dans les deux semaines suivant l’ouverture, rapportant plus de 28 000 dollars.

 

 


Les entreprises des Sociétés nationales dans le monde entier sont on ne peut plus diversifiées. La Croix-Rouge thaïlandaise, par exemple, élève des serpents afin de produire des antidotes pour les personnes mordues par des serpents venimeux. L’élevage de serpents est aussi une attraction pittoresque pour les touristes. Vous en saurez plus sur l’élevage de serpents de la Croix-Rouge thaïlandaise et sur d’autres projets de Sociétés nationales en consultant notre site à l’adresse www.redcross.int. Photo : ©Croix-Rouge thaïlandaise

 

 

 

 

 

 

 

 

«Nous visons la durabilité, mais notre objectif immédiat est de couvrir nos frais de fonctionnement de base, que les donateurs sont réticents à financer. C’est pourquoi nous investissons des sommes importantes dans des entreprises mmerciales.»
Abbas Gullet,
secrétaire général de la Croix-Rouge du Kenya

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Les ambulanciers-secouristes d’E-Plus interviennent dans tous les types de situation d’urgence, des catastrophes naturelles jusqu’aux incendies urbains, aux violences intercommunautaires et aux blessures légères de la vie quotidienne. Ici, une jeune fille qui s’est cassé le bras dans une école membre du système des ambulances E-plus est emmenée
à l’hôpital. Photo : ©Claire Doole/FICR

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Les boutiques de vente d’habits sont un procédé éprouvé permettant à de nombreuses Sociétés nationales de récolter des fonds. Cette boutique très tendance et particulièrement rentable de la Croix-Rouge suédoise, avec ses habits d’époque, plaît beaucoup aux jeunes habitants de Stockholm. Photo : ©Peters Bilder/Croix-Rouge suédoise

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

«Nous sommes jugés à l’aune de critères commerciaux, ce qui ne va pas de soi, car nous sommes accoutumés à recevoir des dons et non à dégager des bénéfices.»
Walter Cotte, directeur exécutif de la Croix-Rouge colombienne

 

 

 

 

 

 

 

La Croix-Rouge colombienne, quant à elle, complète ses dons grâce aux revenus de la location d’ambulances, aux services de banque de sang, à ses centres de formation et à ses boutiques de cadeaux. Elle s’est aussi lancée dans le secteur de la construction, en obtenant l’année dernière un financement du gouvernement pour bâtir des logements. Comme l’explique Walter Cotte, directeur exécutif de la Croix-Rouge colombienne, ce type de contrat est délicat car il risque de placer la Société nationale en concurrence avec des entreprises privées qui pourraient ne pas être en mesure ou ne pas souhaiter offrir des services pour le même prix.

La chose importante à retenir, estime Walter Cotte, est que tout produit ou service associé à la marque Croix-Rouge Croissant-Rouge suscitera des attentes élevées.

«Lorsque nous vendons un produit, nous devons veiller à ce qu’il soit de qualité et d’un prix compétitif, explique Walter Cotte. Nous sommes jugés à l’aune de critères commerciaux, ce qui ne va pas de soi, car nous sommes accoutumés à recevoir des dons et non à dégager des bénéfices.»

Claire Doole
Journaliste indépendante basée à Geneve (Suisse).

À vous de jouer

Que pensez-vous des risques et des avantages d’entreprises commerciales gérées ou détenues par des Sociétés nationales de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge ? Envoyez vos commentaires à :
rcrc@ifrc.org


Le nouvel hôtel cinq étoiles Boma à Nairobi en juin 2012, alors que la construction touchait à sa fin. Photo: ©Claire Doole/FICR

Hospitalité et conscience sociale

Lorsque l’hôtel cinq étoiles Boma Nairobi a ouvert ses portes, en juin 2012, ce bâtiment moderne haut de gamme, aux façades vitrées, proposait aux hommes d’affaires et aux touristes toute une gamme de services : une piscine sur le toit, un spa et une salle de sport, ainsi que des plats gastronomiques du monde entier, des chambres toutes décorées dans un style différent et une grande salle de bal.

L’hôtel de 150 chambres, qui appartient à une chaîne en plein essor d’hôtels et de centres de conférence Boma dans tout le pays, fait partie de l’entreprise commerciale la plus ambitieuse à ce jour de la Croix-Rouge du Kenya.

«Notre domaine d’activité principal, c’est l’aide humanitaire — explique Abbas Gullet, secrétaire général de la Croix-Rouge du Kenya — mais l’hôtellerie est une activité purement commerciale, avec son conseil d’administration et sa direction, qui a engagé quelques-uns des meilleurs spécialistes du secteur en Afrique de l’Est.»

Contrairement aux services médicaux d’urgence E-Plus, l’activité hôtelière est strictement commerciale. Son unique fonction est de réaliser des bénéfices et d’offrir ainsi une source de fonds stable à la Croix-Rouge du Kenya.

Toujours à la différence de E-Plus, service relativement nouveau et qui n’a pas encore réalisé de bénéfices, les opérations hôtelières de la Société nationale sont déjà rentables. Le centre de conférences de la Croix-Rouge du Kenya et son hôtel trois étoiles Red Court, bâtis à Nairobi sur un terrain donné par le gouvernement, ont commencé à générer des bénéfices 18 mois après leur ouverture en 2007. Les recettes de l’hôtel couvrent aujourd’hui quelque 6 % des frais de base de la Société nationale.

Le nouvel hôtel Boma, bâti lui aussi sur des terrains donnés à la Croix-Rouge du Kenya, a lui-même exigé de lourds emprunts. La société nationale est cependant confiante que les revenus vont fortement augmenter, non seulement grâce au Red Court, qui a été réaménagé en hôtel quatre étoiles et rebaptisé Boma Inn, mais aussi grâce à son portefeuille immobilier en plein essor.

Dans le courant de cette année, le Boma Inn quatre étoiles à Eldoret, dans l’ouest du Kenya, ouvrira ses portes et il est prévu d’ajouter des chambres à un centre de conférences à Nyeri et de bâtir des hôtels dans d’autres villes, comme Kisumu, Malindi et Nakuru.

Le nouveau directeur général de la chaîne Boma, Mugo Maringa, qui a trente années d’expérience dans le secteur, assure que «l’hospitalité assortie d’une conscience sociale» est une combinaison gagnante. «Les hôtes de nos établissements peuvent manger, boire et dormir la conscience tranquille, sachant qu’ils soutiennent une bonne cause.»

«Les hôtes de nos établissements peuvent manger, boire et dormir la conscience tranquille, sachant qu’ils soutiennent une bonne cause.»
Mugo Maringa, nouveau directeur général de la chaîne hôtelière Boma, propriété de la Croix-Rouge du Kenya

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