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L’aventure humanitaire

Frise chronologique

150 ans d’action humanitaire

Avril 1950 : Le CICR publie une déclaration qui appelle instamment les pays à interdire le recours à l’énergie nucléaire à des fins guerrières : «Le souci de protéger la personne humaine contre les destructions massives découle en effet directement du principe qui a donné naissance à la Croix-Rouge : L’individu qui ne prend pas part au combat ou qui est mis hors de combat doit être respecté et protégé.»

 


Photo : ©archives du CICR

1950-1953 : La guerre de Corée.
C’est le premier grand conflit de l’ère de la guerre froide, qui annonce aussi une ère de confrontation entre les superpuissances.

1954 : La guerre d’Algérie.
Durant cette guerre d’indépendance, le CICR prend contact avec les mouvements nationaux de libération, tandis que la Ligue lance deux appels, en 1956 et en 1957, en faveur de 100 000 personnes qui ont fui vers les pays voisins.

 


Jean Pictet
Photo : ©archives du CICR

 

1955 : Jean Pictet, l’un des principaux auteurs et architectes des travaux du CICR sur les Conventions de Genève de 1949, précise et analyse les valeurs et les principes qui définissent le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Son «commentaire» façonne, jusqu’à ce jour, la manière dont sont appliqués les Principes fondamentaux.

Au présent
L’un des auteurs principaux des Conventions de Genève de 1949 raconte : «On m’a reproché un jour de rédiger des conventions excessivement longues. J’ai répondu : “Très bien, je m’en tiendrai à deux articles. Article premier : en cas de guerre, les hommes se comportent tous comme des anges. Article deux : la présente convention ne comporte qu’un seul article.»
Jean Pictet, le principal rédacteur des Conventions de Genève de 1949 pour le CICR, cité par The Guardian en 1999.

1955 : La guerre du Viet Nam.
Ce conflit, entamé comme une guerre d’indépendance contre l’autorité française, se transforme en une guerre par procuration entre l’Union soviétique et les États-Unis. L’escalade se prolonge dans les années 1960 et le conflit se termine par le retrait des États-Unis et un traité de paix en 1973. La guerre du Viet Nam sera le plus long et le plus meurtrier des conflits de l’ère de la Guerre froide.

1956 : L’Union soviétique écrase un soulèvement en Hongrie. L’Autriche et la Yougoslavie voient affluer les réfugiés hongrois; la Ligue intervient. Un an plus tard, elle s’occupe de 50 000 réfugiés dans 44 camps. Pendant ce temps, les Sociétés nationales au Moyen-Orient sont confrontées à la guerre entre les pays arabes et Israël, tandis que l’ère de la décolonisation dans le monde de l’après-guerre froide conduit à la création de nombreuses Sociétés nationales nouvelles et à l’expansion de la Ligue, qui comptera 100 membres.

 


Conflict in Yemen
Photo : ©archives du CICR

 

1962 : Conflit au Yémen.
Lorsqu’un conflit armé éclate entre forces républicaines et royalistes après le renversement de l’imamat, le CICR réagit immédiatement. Au fil des ans, les délégués apportent une aide médicale, rendent visite aux prisonniers de guerre des deux parties et agissent comme intermédiaires neutres.

1963 : Le Mouvement célèbre son 100e anniversaire. À cette occasion, le prix Nobel de la paix est décerné à la FICR et CICR.

1965 : Les sept Principes fondamentaux du Mouvement, dans leur rédaction actuelle, sont adoptés à l’unanimité par la XXe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, qui décide aussi qu’il en sera donné lecture à l’ouverture de chaque Conférence internationale.

1967 : La guerre des Six Jours entre des pays arabes et Israël entraîne le déploiement de la première délégation permanente du CICR au Proche-Orient. Apparition du rôle d’intermédiaire neutre dans les négociations pour la libération d’otages.

1968 : Le CICR fonde son premier établissement orthopédique dans la ville de Sana’a, au Yémen, qui par la suite sera étendu à cinq établissements, remis ultérieurement aux autorités yéménites.

1968 : La guerre du Biafra.
Les médias internationaux braquent leurs projecteurs sur la guerre du Biafra et le Mouvement réagit; le conflit devient un tournant dans l’évolution de l’acheminement de l’aide humanitaire. Au cours des années suivantes, plusieurs collaborateurs du CICR quittent l’institution pour former Médecins sans Frontières.


Photo : ©archives du CICR

 

 

 

 

 

La guerre du Biafra

«est souvent présentée comme l’orée d’une ère nouvelle dans l’histoire de l’action humanitaire», écrit Marie-Luce Desgrandchamps dans une édition spéciale de la Revue internationale de la Croix-Rouge qui marque 150 ans d’action humanitaire. Cette guerre civile postcoloniale lance plusieurs défis à une organisation qui n’est pas encore tout à fait remise des difficultés qu’elle a connues au sortir de la Seconde Guerre mondiale, pour lancer une opération massive et complexe. Les difficultés logistiques, le nombre insuffisant de délégués correctement formés et les problèmes de communication avec d’autres organisations, avec les gouvernements et les groupes armés, amèneront à tirer de nombreux enseignements et à introduire des réformes. L’un des résultats généraux a été un professionnalisme accru et la détermination de mieux coordonner l’acheminement de l’aide humanitaire.

«Le CICR moderne est précisément né en Afrique, à la fin des années 1960, sur les ruines fumantes du Biafra», écrit Jean-Marc Bornet, délégué du CICR, dans son livre Entre les Lignes ennemies — Délégué du CICR (1972-2003). «C’est là que le CICR nouveau a été porté sur les fonts baptismaux d’une ère humanitaire nouvelle à l’occasion de la mise sur pied d’une gigantesque opération de sauvetage de centaines de milliers de victimes de la guerre civile au Nigéria.»

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la frise chronologique


Photo : ©Alain Germond

L’image est impressionnante : un pied gigantesque qui semble surgi d’un ciel sombre surplombe des images de victimes de catastrophes et de conflits projetées sur le sol. Autour de la salle, de petites plaques évoquent les tentatives de l’homme, au cours de l’histoire, de limiter l’oppression, d’aider les miséreux ou de faire respecter une conduite honorable en temps de guerre : du code de Hammourabi à l’époque babylonienne (1750 av. J.-C. environ) jusqu’aux Conventions de Genève de 1949 et aux Protocoles additionnels de 1977.

Cette image audacieuse et monumentale est l’une des nombreuses scènes évocatrices offertes au visiteur du Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, qui rouvre ses portes. Les nombreux aspects, souvent contradictoires, de la nature humaine y sont mis en valeur.

Car ce pied pourrait en somme symboliser bien des choses : le poids de l’oppression ou le pouvoir de résistance de l’humanité. «Un pied gigantesque peut écraser, mais il peut aussi s’agir d’un pied nu et fragile dans la course pour la survie» : c’est Gringo Cardia, l’un des trois architectes choisis pour créer les trois nouveaux espaces du Musée, qui s’exprime ainsi.

Sous le titre «L’Aventure humanitaire», la nouvelle exposition permanente sera une initiation à l’action humanitaire contemporaine, destinée à insuffler un sentiment d’espoir, de capacité de résistance humaine et de conviction que même de petits gestes peuvent changer la donne. L’expérience du visiteur sera tout sauf statique : il pourra, par exemple, participer à un jeu simulant la complexité de la réaction à une catastrophe naturelle. Confronté à des scénarios différents, il devra faire des choix, agir et constater les résultats potentiels.

La visite du Musée mettra aussi le visiteur littéralement face à face avec des témoins de conflits et de catastrophes naturelles. Dans la salle des témoins, des projections grandeur nature de personnes ayant vécu des conflits, des catastrophes naturelles et des interventions humanitaires feront entendre leurs récits.

Parmi elles, Emmanuel Jal, un ancien enfant-soldat du Soudan, qui explique comment il a d’abord voulu se venger des violences infligées à sa famille. Jusqu’au jour où un agent humanitaire l’a envoyé à l’école, et où il a recouvré une partie de son humanité perdue. «Je me suis mis au rap et à faire de la musique sérieusement, explique-t-il aux visiteurs. Le ciel s’est enfin éclairci et j’ai retrouvé un peu de mon enfance.»

Les visiteurs du Musée rencontreront ainsi, entre autres, un procureur instruisant des crimes de guerre, une victime des mines qui s’occupe du centre orthopédique du CICR à Kaboul, un migrant économique qui se bat pour nourrir sa famille, un journaliste détenu six ans à la base de la marine des États-Unis à Guantanamo et une jeune femme que le génocide au Rwanda a rendue orpheline.


Certaines des installations nouvelles placent le visiteur au coeur de l’action humanitaire. Ici, les visiteurs peuvent participer à un jeu dans lequel ils doivent prendre des décisions pour réagir à une catastrophe naturelle complexe.
Photo : ©Alain Germond

Exposer l’humanité

 C’est en 2006 qu’a commencé la réinvention du musée. Son directeur, Roger Mayou, et son personnel ont réuni des membres du Mouvement international dans le monde entier et des muséographes de premier plan pour formuler de nouvelles idées et définir des thèmes clés. Ils ont finalement choisi trois architectes de trois continents (Afrique, Amérique du Sud et Asie) pour concevoir les trois grands espaces thématiques : défendre la dignité humaine, reconstruire le lien familial et limiter les risques naturels.

Le musée a aussi désigné en parallèle un atelier d’architecture suisse renommé, l’atelier oï, pour coordonner les travaux et collaborer avec le musée sur plusieurs des espaces communs.

L’architecture du bâtiment elle-même est fascinante. Tout n’a pas été transformé (les habitués retrouveront un grand nombre d’objets exposés et quelques-uns des éléments qu’ils appréciaient le plus), mais une nouvelle touche organique a été apportée au puissant bâtiment en béton conçu dans les années 1980 par l’architecte Pierre Zoelly. Des lames verticales en bois, alignées le long des murs circulaires, créent un ruban de «matière vivante» qui serpente par les couloirs et les salles, dépourvus d’angles droits et où les lignes droites sont rares.

Chaque espace thématique a son propre caractère. L’architecte japonais Shigeru Ban, qui a utilisé des tubulures en carton recyclé pour bâtir toutes sortes de structures — des ponts comme des abris d’’urgence provisoires — a été sélectionné pour concevoir l’exposition «Limiter les risques naturels».


Ce croquis de l’architecte Diébédo Francis Kéré montre sa conception d’une tour, faite de béton et de fibres de chanvre pour évoquer la texture d’une hutte traditionnelle d’Afrique centrale. Les parois de la tour sont utilisées pour exposer des photographies d’enfants rendus orphelins par le génocide au Rwanda.
Illustration : ©Diébédo Francis Kéré

«Nous avons utilisé des tubes de carton recyclé pour construire des logements temporaires, des écoles et des églises dans les camps de réfugiés en Afrique ainsi que dans des zones frappées par des catastrophes naturelles, explique-t-il. Dans le Musée, les tubes composent des courbes et des vagues organiques qui évoquent une forêt ou des marécages, ce qui donne un sentiment de force et de résistance organique et souple.»

«Nous avons utilisé ces mêmes tubes de carton pour les murs et le plafond, dans l’idée de créer un espace organique et chaleureux, explique l’architecte. Nous comptons bien anéantir le préjugé selon lequel le papier serait un matériau fragile.»

Dans l’espace «Reconstruire le lien familial», l’architecte Diébédo Francis Kéré, du Burkina Faso, a recouru au métal et au béton pour créer des formes naturelles qui évoquent le besoin humain de rester en contact avec ses racines lorsque se produisent des événements qui nous arrachent au monde naturel et à notre famille. «L’exposition dans son ensemble met en valeur le lien inhérent entre la famille, les racines et les éléments naturels», explique-t-il. Les structures arborescentes qui portent les messages Croix-Rouge en sont un bel exemple : partant d’un pilier en béton, des «branches» formées de tubes en métal portent des cadres présentant des notes ou dessins tracés au stylo à bille.


Diébédo Francis Kéré a aussi conçu des piliers pour afficher des messages Croix-Rouge du monde entier. Photo : ©Alain Germond

Ailleurs dans le bâtiment, l’organique et la touche humaine s’expriment par l’infinie palette de couleurs de l’ère numérique. Fruit d’une collaboration entre l’École polytechnique fédérale de Lausanne et l’École cantonale d’art de Lausanne, le mur interactif «Les couleurs de la dignité» est un immense écran tactile qui montre comment de petits gestes — en l’occurrence le simple toucher humain — peuvent susciter des réactions spectaculaires. Pour l’architecte Gringo Cardia, créateur de l’espace où figurera ce mur, l’exposition «amènera le visiteur à réfléchir sur son action dans le monde et sur la manière dont il peut aider autrui».

 

 


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