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Photo: ©Nick Danziger

 

«Nous serions morts»

Le travail du Mouvement en Afghanistan est représentatif, à bien des égards, des avancées et des obstacles auxquels se heurtent aujourd’hui les agents humanitaires, 150 ans après la création du CICR. Nous avons demandé au photographe Nick Danziger, qui a couvert le conflit en Afghanistan pendant trente ans, de retourner sur place et de demander aux habitants ce que signifie «prévenir et alléger les souffrances des hommes» sur les champs de bataille et les zones touchées par des catastrophes au XXIe siècle.

COMME BIEN D’AUTRES HABITANTS du village de Hazar Bagh, à l’extrême nord de l’Afghanistan, Qualam était une ouvrière agricole, employée dans les champs de coton et de blé, lorsque son village a fait l’objet d’une offensive des talibans un peu avant le 11 septembre 2001.

Dans le mouvement de panique qui a gagné les villageois, Qualam (page ci-contre) n’a pas réussi à trouver ses cinq enfants. Elle prit alors la décision difficile de sauver ceux qui étaient auprès d’elle plutôt que de chercher les autres, de peur qu’ils périssent tous dans le bombardement.

«Nous connaissions le danger, nous savions que cela pouvait se produire n’importe quand, comme pour les villages voisins», explique-t-elle. Elle s’est donc mise en route avec ses enfants; ils ont marché deux jours et trois nuits, affamés et gelés, avant de trouver refuge dans un camp pour personnes déplacées à Khoja Bahauddin.

C’est dans ce camp que Qualam a entendu parler pour la première fois du Croissant-Rouge afghan, du CICR et d’autres organisations humanitaires, comme Médecins sans Frontières (MSF ), qui fournissaient des couvertures, du savon, des bâches, du sucre et de la nourriture. «Sans le CICR, nous serions morts de faim», assure-t-elle.

«Dans le camp, grâce à MSF , j’ai suivi un cours sur l’hygiène. Je suis devenue formatrice en hygiène. Maintenant que je suis de retour chez moi, je fais la meme chose; c’est mon devoir public.»

Plus de 11 ans ont passé depuis que j’ai rencontré Qualam au camp de réfugiés de Khoja Bahauddin, et le récit de sa fuite désespérée, par cette nuit de 2001, n’a cessé de me hanter. Le fait de la revoir, la dernière fois voici tout juste quelques mois, rappelle comment la vision de Henry Dunant continue à sauver et à transformer des vies.

Parmi les personnes qui ont reçu une aide ici en Afghanistan, nombreuses sont celles qui, grâce à la santé, à l’énergie et aux compétences acquises, ont été capables d’aider autrui à leur tour, qu’il s’agisse d’amis, de voisins ou d’étrangers. Des dizaines de milliers de personnes ont vu leur vie transformée. Elles ont été loges et nourries, elles ont reçu des nouvelles de leurs proches par des messages Croix-Rouge ou ont pu se confier alors qu’elles étaient détenues. Elles boivent de l’eau potable et peuvent marcher ou travailler plus aisément grâce à une prothèse.

Et pourtant, malgré tous les enseignements et les acquis, la tâche reste immense. Le secteur humanitaire, désormais si diversifié, est loin d’avoir toutes les réponses, les ressources ou les possibilités d’accès dont il aurait besoin pour soulager la pauvreté et la violence sous-jacentes. Les agents de santé et les agents humanitaires voient leur sécurité menacée, l’action humanitaire est parfois mêlée à des visées politiques, et malgré la portée mondiale du Mouvement, nombreux sont les combattants et les civils qui n’ont qu’une très vague idée de ce que sont le CICR, le droit humanitaire ou les emblèmes de la croix rouge et du croissant rouge. Nous avons certes beaucoup progressé en 150 ans, et en particulier au cours des dernières décennies. À bien des égards, cependant, notre histoire ressemble encore, hélas, au spectacle dont Henry Dunant fut le témoin à Solferino.

 

 

Frise chronologique

150 ans d’action humanitaire

Années 1850 : Les conditions sont réunies pour une action humanitaire internationale coordonnée. Le mouvement anti-esclavagiste prend de l’ampleur, tandis que le sort des prisonniers et des patients psychiatriques suscite une crise de conscience croissante. Les armées mettent en place de meilleurs systèmes de soins médicaux en temps de conflit, qui restent cependant terriblement insuffisants malgré les avancées des connaissances médicales. Les plus grands médecins plaident pour des systèmes nouveaux, y compris des réseaux de volontaires pour soigner les blessés de guerre. Les articles de presse sur la situation des soldats blessés en temps de guerre choquent l’opinion et poussent certains gouvernements à prendre des mesures.


©ICRC archives

Novembre 1854 : Florence Nightingale arrive en Turquie avec 38 infirmières anglaises pour soigner les soldats blessés dans la guerre de Crimée. Malgré les conditions épouvantables qui règnent dans les hôpitaux de campagne, les infirmières bénévoles ne sont pas bien accueillies, dans un premier temps, par le personnel sanitaire des armées. Les soldats blessés souffrent dans des pièces sales surpeuplées, sans couvertures. Le typhus, le choléra et la dysenterie font de nombreux morts.

24 juin 1859 : Les armées de France et de Sardaigne affrontent les forces autrichiennes près du village de Solferino, dans le nord de l’Italie. Un homme d’affaires suisse, Henry Dunant, est témoin du champ de bataille dévasté; il aide à organiser les secours aux soldats blessés et regagne Genève, profondément bouleversé et décidé à améliorer le sort des militaires blessés au combat.


©ICRC archives

1861 : Clara Barton devient l’une des premières volontaires à l’hôpital de Washington lorsqu’éclate la guerre de Sécession. Elle deviendra plus tard un allié crucial des fondateurs du CICR, Henry Dunant et Gustave Moynier, et fondera la Croix-Rouge américaine.


©ICRC archives

1862 : Henry Dunant publie à son compte 1600 exemplaires de son livre Un Souvenir de Solferino et lance une campagne intensive en faveur de son idée de création d’un organisme international de volontaires portant secours aux soldats blessés au combat.

17 février 1863 : Création du Comité international de secours aux militaires blessés, précurseur du CICR et du Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Novembre 1863 : Fondation de la première société nationale de la Croix-Rouge à Stuttgart, ville située à l’époque dans le royaume de Wurttemberg. La Croix-Rouge du Wurttemberg fusionnera en 1921 avec la Croix-Rouge allemande.

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