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Le Mouvement au Myanmar

150 ans après la création du Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, les efforts conjoints de la Croix-Rouge de Myanmar, du CICR et de la FICR en réponse aux violences intercommunautaires illustrent les difficultés de la réaction à des situations d'urgence explosives.

Becky Webb, spécialiste communications de la FICR.

Myat Sanda Khine a 19 ans. Elle venait tout juste de s'inscrire à l'université de Sittwe lorsque des violences intercommunautaires ont éclaté, dévastant sa ville natale, faisant des dizaines de morts, des milliers de blessés et rasant des villages entiers.

«Je suis devenue volontaire de la Croix-Rouge juste après la crise. Les gens avaient tout perdu. Mes amis et moi, nous voulions aider; nous sommes tous devenus volontaires.»

Les violences entre les communautés rakhine et musulmane ont fait plus de 100 000 déplacés dans l'État de Rakhine. La majorité de ces personnes résident maintenant dans de grands camps pour personnes déplacées dans la municipalité de Sittwe.

Les violences se sont répandues comme une traînée de poudre, avec des conséquences dramatiques. Des voisins qui jusque-là vivaient en paix ont été contraints d'aller vivre dans des abris de fortune dans des camps qui séparent strictement les communautés.

Des enfants qui naguère fréquentaient l'école avec leurs camarades ont été privés d'éducation, tandis que des parents qui comptaient sur leur travail ou sur leur entreprise pour faire vivre leurs proches se sont trouvés soudain dépendre des secours pour leurs besoins de base.

Quelques jours après le début des violences, les volontaires de la Croix-Rouge de Myanmar fournissaient une assistance neutre et impartiale aux deux communautés, grâce à des équipes à l'œuvre dans des dispensaires, installant des toilettes et creusant des puits ou distribuant de l'eau potable, des vivres, des couvertures et des assortiments d'articles d'hygiène.

En raison de la nature des troubles, ces activités ont été menées en coopération étroite avec le CICR, afin de garantir la protection de la mission médicale et la sécurité de l'accès pour les volontaires.

Plus de dix mois ont passé et la situation demeure précaire. En mars encore, de nouvelles flambées de violence se sont produites. La Croix-Rouge de Myanmar continue, avec l'appui de ses partenaires du Mouvement, à fournir des secours d'urgence, en distribuant 8000 litres d'eau potable par jour aux populations vivant dans les camps.

La Croix-Rouge de Myanmar cherche maintenant à répondre aussi à des besoins à plus long terme, comme le logement temporaire et les moyens d'existence. En outre, le CICR renforce ses activités, y compris la rénovation des installations d'eau et d'assainissement de l'hôpital général de Sittwe afin de permettre aux deux communautés de bénéficier plus facilement de soins de santé

Les questions concernant la solution durable de la crise demeurent toutefois sans réponse pour l'instant. On ignore si les familles pourront un jour retrouver leur foyer, et de quelle manière.

Les situations d'urgence humanitaire sont nombreuses dans le pays. Les combats continuent à causer douleurs et souffrances pour des milliers de personnes vulnérables dans l'État Kachin. Dans ce pays exposé aux catastrophes, les séismes, cyclones et inondations sont fréquents et provoquent des pertes en vies humaines et des destructions massives.

Dans toutes ces crises, les volontaires de la Croix-Rouge de Myanmar ont fourni une assistance précieuse.

Au cours des douze derniers mois, les volontaires ont géré des dispensaires mobiles pour les communautés rakhine et musulmane à Sittwe, fourni un soutien psychosocial aux familles touchées par le conflit à Kachin, et distribué des bâches et du matériel pour abris aux familles victimes du séisme survenu à Mandalay en novembre 2012.

Cependant, la crise humanitaire dans l'État de Rakhine a aussi posé des problèmes particuliers aux volontaires, qui ont dû être rapidement épaulés pour faire face à l'ampleur des besoins humanitaires. Dans un contexte aussi polarisé, il ne s'agissait pas seulement d'effectifs.

 «Les volontaires de la Croix-Rouge connaissent les gens auprès desquels ils travaillent et ils sont bien acceptés dans leur localité. À Rakhine, cependant, où les tensions sont encore vives et où les communautés rakhine et musulmane sont séparées, de nombreux volontaires se limitent à travailler dans les camps qui accueillent les membres de leur propre communauté. Nous avons dû faire venir d'urgence des volontaires d'autres États et d'autres régions», explique Tha Hla Shwe, président de la Croix-Rouge de Myanmar.

Des volontaires de tout le pays ont répondu présent en envoyant des groupes pour des missions d'un mois. Les volontaires supplémentaires, qui peuvent travailler dans les deux camps, vivent ensemble dans un petit abri situé dans le centre de Sittwe.

«Ici, à Sittwe, nous soignons des patients qui ont des besoins criants. En tant que volontaire de la Croix-Rouge, j'apporte mon aide à toute personne qui a besoin de nous, sans aucune discrimination de race ou de religion», explique U Tun Shwe (59 ans), volontaire de l'État Kachin.

La violence à Rakhine a eu un très large écho dans les médias, car la transition politique au Myanmar suscite toujours un vif intérêt de la communauté internationale. Après les élections générales de novembre 2010 — les premières depuis près de vingt ans —, le monde entier a suivi avec attention les réformes lancées par le nouveau parlement.

Ces réformes ont aussi ouvert un nouveau chapitre pour l'action humanitaire. En janvier 2013, Peter Maurer s'est rendu au Myanmar pour y effectuer la toute première visite  dans le pays d'un président du CICR. Une semaine plus tard, le CICR reprenait ses visites dans les lieux de détention.

«Ma visite marque le début d’un nouveau départ à la fois dans nos relations avec le gouvernement du Myanmar et pour les activités humanitaires que nous menons ici. Le président Thein Sein a montré qu’il comprenait bien l'importance et la pertinence du caractère neutre, impartial et indépendant de l’action humanitaire du CICR au Myanmar et s’est déclaré déterminé à travailler avec notre institution», explique Peter Maurer, président du CICR.

Le Myanmar demeure l'un des pays les moins avancés de l'Asie du Sud-Est. Dans tout le pays, des communautés sont confrontées à des menaces chroniques qui vont des maladies transmissibles à l'insécurité alimentaire et à la malnutrition.

Cependant, les bouleversements politiques et sociaux récents, ainsi que l'augmentation potentielle de l'aide fournie par la communauté internationale, créent des conditions propices au développement. La Croix-Rouge de Myanmar est bien placée pour tirer parti de ces possibilités afin de contribuer à renforcer la sécurité et la résilience des communautés.

Toutes les activités de la Croix-Rouge de Myanmar visent à renforcer la résilience. C'est ainsi qu'en 2011, les volontaires ont touché plus de 400 000 personnes, avec l'aide de la FICR, au moyen d'interventions à assise communautaire dans les domaines de la santé, de la préparation aux catastrophes et de la de réduction des risques.

La Croix-Rouge de Myanmar est l'une des rares organisations qui a pu continuer à fournir une assistance humanitaire impartiale au cours des dernières années; à ce titre, elle a une connaissance sans pareil des besoins des personnes vulnérables. Elle a utilisé cette expérience pour plaider auprès des autorités du pays, des gouvernements des pays donateurs et d'autres paries prenantes en faveur d'un élargissement de l'espace
humanitaire.

«La Croix-Rouge de Myanmar dispose d'un réseau national de volontaires, d'une relation de travail solide avec le gouvernement et d'une expérience considérable en matière d'intervention dans des situations d'urgence, après avoir réagi à des catastrophes de grande ampleur comme le passage du cyclone Nargis en 2008.»

«Je pense que nous allons continuer à jouer un rôle clé à l'avenir, non seulement pour réagir aux situations d'urgence, mais pour contribuer au développement du pays», explique Tha Hla Shwe, président de la Croix-Rouge de Myanmar.

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