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Porte à porte, goutte à goutte : bâtir la confiance et balayer la poliomyélite

Les volontaires qui, deux par deux, se rendent de maison en maison dans des zones isolées de l’Afghanistan avec leur vaccin antipoliomyélitique ont en général deux impératifs à l’esprit : protéger les enfants de moins de 5 ans contre une maladie mortelle et invalidante et préserver leur propre sécurité. Voici deux mois, un jeune agent de santé a perdu la vie dans des échanges de tirs, pendant qu’il effectuait précisément ce type de visite. Un autre volontaire de la lutte contre la poliomyélite, âgé de 19 ans, a été tué alors qu’il quittait une zone de troubles, sa tâche quotidienne accomplie.

Ces jeunes gens ont perdu la vie alors qu’ils participaient à une campagne neutre et impartiale destinée à sauver des centaines de milliers d’enfants. L’Initiative d’éradication de la poliomyélite en Afghanistan a d’emblée proclamé clairement sa volonté de demeurer neutre et impartiale; elle n’appuie aucune faction politique et ne choisit pas un camp contre l’autre dans le conflit. Le programme ne vise qu’une chose : les enfants, où qu’ils se trouvent et quelle que soit leur origine.

Le programme a pour objets d’inciter les communautés à participer, de réaliser des activités essentielles et d’atteindre des objectifs prédéfinis. Les résultats sont là : entre janvier et mai 2013, deux cas à peine de poliomyélite ont été déclarés, contre 80 en 2011.

Ce succès repose en partie sur l’introduction de méthodes novatrices qui associent la vaccination à d’autres mesures de santé, comme la distribution de comprimés vermifuges parallèlement à l’immunisation. Là où les communautés sont éloignées des établissements de santé et dépourvues de moyens de transport, des centres de santé communautaires ont été ouverts pour répondre aux besoins, en proposant entre autres le vaccin antipoliomyélitique oral.

Ces mesures ont permis de renforcer la confiance, l’adhésion et l’acceptation du vaccin parmi les communautés les plus déshéritées et les plus vulnérables. Le réseau étendu de systèmes de surveillance mis en place pour détecter et analyser les cas de poliomyélite a aussi été intégré au suivi d’autres maladies transmissibles. La capacité nouvelle d’accéder à des zones jusque-là hors d’atteinte laissera un acquis permettant d’intégrer des fonctions essentielles de l’éradication à d’autres programmes de santé publique en cours.

L’est de l’Afghanistan demeure une région problématique; si elle ne constitue plus, depuis un certain temps, une zone de transmission de la maladie, des cas de poliomyélite sauvage y sont réapparus dans des sites inaccessibles, où il reste quelques enfants non vaccinés. Même si leur nombre est très réduit, ils restent exposés au virus. En pareil cas, les aînés et les dirigeants religieux sont les personnes qui ont l’autorité nécessaire pour permettre aux agents de santé de toucher les agglomérations et les enfants difficiles à atteindre. Ce sont les personnes clés dans la lutte contre la maladie.

Pour persuader ces acteurs essentiels, nous avons besoin d’un «point d’entrée» : des acteurs qui ont des relations et des racines dans ces communautés. C’est ici que le Croissant-Rouge afghan a un rôle crucial à jouer. Avec son réseau étendu dans 33 provinces, le Croissant-Rouge mène des activités grâce à 47 centres fixes et 17 équipes de santé itinérantes, en répondant tout particulièrement aux besoins des personnes vulnérables dans les zones touchées par des situations d’urgence.

Avec leur présence sur le terrain et leur neutralité politique, les 20 000 volontaires du Croissant-Rouge afghan peuvent jouer un rôle des plus concrets : vacciner les enfants, surveiller le bon déroulement des campagnes et susciter la demande chez les parents dans les régions les plus dangereuses et inaccessibles. Leur réputation en matière d’activités communautaires permet d’espérer un engagement encore plus actif de la Société nationale. La clé du maintien de l’élan acquis et de l’éradication de cette maladie invalidante et fatale est entre leurs mains.

Notre expérience en Afghanistan montre que même dans un milieu extrêmement hostile (terrain accidenté, manque d’infrastructures, isolement des communautés, pauvreté et zones d’insécurité), un effort concerté à long terme peut permettre d’éliminer, ou peu s’en faut, une maladie qui était hier encore un fléau mortel répandu. L’objectif n’est pas encore atteint, mais je suis persuadée que les stratégies novatrices destinées à créer la confiance sur le terrain et à améliorer durablement la santé communautaire nous permettront de reléguer la poliomyélite au rang des fléaux du passé, en Afghanistan et dans le monde entier.

Suraya Dalil
Ministre de la Santé publique République islamique d’Afghanistan

 

 

 

 

 


Suraya Dalil
Photo : ©REUTERS/Denis Balibouse

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

«La clé de l’éradication
de cette maladie
invalidanteet fatale
est entre les mains
des 20 000 volontaires du
Croissant-Rouge afghan.»

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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