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L’humanitaire numérique

 

Jamais autant d’informations n’avaient été mises à disposition de tant de personnes si rapidement. Selon le Rapport sur les catastrophes dans le monde 2013 de la FICR, consacré aux techniques modernes et à l’action humanitaire, cette révolution des communications a des répercussions importantes sur la façon dont les gens réagissent aux situations d’urgence.

On compte aujourd’hui dans le monde quelque 6,8 milliards d’abonnements à la téléphonie mobile et 2 milliards d’abonnements permettant d’accéder à l’Internet large bande grâce à des appareils mobiles. (Des chiffres d’autant plus impressionnants que la population mondiale est estimée à 7,1 milliards de personnes.) Certes, la fracture numérique demeure importante : en Afrique, seuls 54 % des habitants possèdent des téléphones portables, alors qu’en Europe on compte plus d’abonnements que d’habitants. Toutefois, le nombre d’abonnements a doublé dans les pays en développement au cours des cinq dernières années.

Parallèlement, le nombre de tâches que ces appareils peuvent effectuer suit une croissance exponentielle : changer de l’argent, acheter des produits, obtenir des conseils de santé ou de premiers secours, suivre les nouvelles ou rester en contact avec ses amis et sa famille, et la liste est loin d’être exhaustive. Lors du passage du typhon Pablo en 2012 aux Philippines (pays où 90 % des habitants possèdent un téléphone portable), les secouristes ont échangé des milliers de messages Twitter — y inclus des images et des vidéos — pour dresser rapidement une cartographie des dégâts qui les a aidés à réagir plus efficacement.

Grâce à l’imagerie satellite et aux systèmes d’information géographiques (SIG), ces méthodes peuvent aider les organismes d’assistance à cibler précisément les secours, assure Robert Mardini, chef des opérations du CICR pour le Proche et le Moyen-Orient. «Les nouvelles technologies modifient en profondeur certains aspects de la sphère humanitaire», déclarait-il à l’occasion d’une conférence sur les SIG en avril 2012. «Les bénéficiaires auront de plus en plus leur mot à dire quant au calendrier et aux modalités des activités des organisations humanitaires.»

Or, selon Patrick Vinck — le rédacteur du Rapport sur les catastrophes dans le monde de cette année — la communauté humanitaire est en retard. Directeur du programme pour les groupes vulnérables au sein de l’Initiative humanitaire de l’Université de Harvard, Patrick Vinck estime que les organisations humanitaires ne sont toujours pas équipées pour analyser de grandes quantités de données relatives aux situations d’urgence afin de les traduire en informations permettant aux secouristes d’agir. Comme le montrent les exemples ci-contre, elles ne ménagent pas leurs efforts pour y parvenir.

Pour en savoir plus
Pour en savoir plus sur les possibilités et les écueils des techniques nouvelles pour l’action humanitaire, consultez le Rapport sur les catastrophes dans le monde
à l’adresse www.ifrc.org.

Premiers soins à portée de doigts

Sur l’écran du smartphone, une vidéo de 19 secondes montre une mère qui maintient l’avant-bras de sa fille sous le robinet de la cuisine. Une voix calme donne des instructions : «Rafraîchissez la brûlure en laissant couler de l’eau fraîche pendant au moins dix minutes.» Cette nouvelle application pour smartphone, conçue par la Croix-Rouge britannique, est destinée à mettre les premiers soins à la portée de tous. Sur l’écran du téléphone, l’utilisateur peut voir des instructions simples, méthodiques, accompagnées d’illustrations animées et suivies de questions fréquentes, comme «Faut-il appliquer de la glace sur la brûlure ?». Les utilisateurs peuvent aussi appeler directement un service d’urgences en pressant sur un bouton. La Croix-Rouge américaine a adapté l’application pour le marché national et mis au point une autre série qui aide la population à se préparer aux ouragans, séismes, tornades et incendies. Ces deux Sociétés nationales ainsi que la FICR — par son Centre mondial de préparation aux catastrophes et son Centre mondial de référence des premiers secours — travaillent sur une application universelle qui pourra être adaptée par les Sociétés nationales du monde entier pour placer entre les mains d’un nombre de personnes toujours plus grand des connaissances permettant de sauver des vies.


Le village numérique

Révolution numérique ou pas, l’action humanitaire concerne toujours des êtres humains qui aident leurs semblables. Le réseau iVolunteer de la Croix-Rouge du Kenya en est un parfait exemple : les volontaires dans le pays entier suivent les médias sociaux 24 heures sur 24 et envoient des messages Twitter sur les situations d’urgence en cours. «Accident de la circulation avec délit de fuite au marché de Kangemi», dit ainsi un message récent. «Un blessé sur site.» Les informations sont ensuite transmises au Centre des opérations d’urgence de la Société nationale, ou à l’une de ses 63 sections, pour permettre une réponse plus rapide et plus ciblée.


Analyser les données

L’une des grandes difficultés durant une situation d’urgence réside dans le traitement des informations qui affluent. C’est pourquoi la Croix-Rouge américaine a ouvert en mars 2012 son centre opérationnel numérique, où volontaires et employés font la synthèse des abondantes informations circulant sur les médias sociaux, afin de mieux comprendre la succession des événements sur le terrain.


Répartir les tâches

Les «volontaires numériques» et les systèmes informatiques utilisés pour traiter les données sont dispersés dans le monde entier. En divisant les tâches informatiques et la gestion des données pour les confier à des volontaires sur tous les continents, il devient possible d’accomplir des tâches qu’une organisation n’aurait jamais pu réaliser à elle seule. SyriaTracker, l’une des plus anciennes applications de cartographie de situation de crise, en est un exemple, tout comme le projet du CICR de réhabilitation et d’extension du réseau d’eau de Walikale (République démocratique du Congo). Les ingénieurs du CICR avaient besoin de savoir comment la population était répartie sur le territoire. Ils ont fait appel à des volontaires en leur demandant de marquer, grâce à Openstreet Map  (site qui permet de créer des cartes numériques), les bâtiments et les routes sur des images satellite afin d’aider les équipes du CICR à décider où poser des canalisations, creuser des réservoirs et amener l’eau.


Des données instantanées

La collecte des données a souvent été le point faible des organisations humanitaires, mais les téléphones portables peuvent leur faciliter la tâche. En 2011, la FICR a lancé une technique nouvelle pour réunir des données sur l’avancée du paludisme dans des communautés du Kenya, de Namibie et du Nigéria. La méthode, dite enquête rapide par téléphone mobile (enquête RAMP), utilise des logiciels librement accessibles par Internet pour rassembler et télécharger des données directement sur le terrain.


Les transferts d’espèces

Au lieu d’expédier des sacs de riz ou de l’huile, les organisations de secours peuvent désormais utiliser les réseaux de téléphonie mobile pour distribuer des bons électroniques à échanger contre des espèces, dans les lieux où le système peut être employé. Ces bons sont envoyés par SMS et permettent aux destinataires de retirer de l’argent liquide ou des produits chez certains vendeurs. La méthode permet de réduire les coûts d’expédition et autres frais généraux, d’accélérer l’acheminement et exige moins de personnel et de volontaires. Elle est aussi plus sûre que d’envoyer des agents dans des zones isolées pour y distribuer de l’argent.


Obstacles

Attentes élevées : une meilleure communication avec les bénéficiaires signifie souvent que les attentes des personnes touchées par un conflit ou par d’autres catastrophes sont aussi plus élevées. «Mais les contraintes liées notamment à la logistique, au financement et aux déplacements auxquelles nous nous heurtons sur le terrain demeurent inchangées», relève Robert Mardini, du CICR.

Informations erronées : les cartes en temps réel peuvent améliorer la sécurité des personnes touchées par les situations d’urgence et celle des agents humanitaires, mais les plates-formes humanitaires peuvent être entachées d’informations erronées ou être perturbées. Suivre les activités de vastes réseaux de volontaires numériques constitue aussi une gageure.

Terrain contre écran : les techniques modernes risquent-elles de détourner l’attention et les ressources du travail de terrain et des ressources en personnel ? Les groupes humanitaires insistent sur le fait que les innovations techniques n’ont de valeur que si les personnes qui les utilisent pour recueillir ou pour utiliser des données de terrain sont des agents chevronnés.

Problèmes techniques : que faire lorsque les systèmes de téléphonie mobile ou les satellites tombent en panne ? Que faire dans les zones où les communications à large bande ne sont pas disponibles ? Que faire pour réduire la fracture numérique ?


Photo:©Benoit Carpentier/IFRC

Chronologie
des Sociétés
nationales

150 ans d’action
humanitaire

 

Croix-Rouge congolaise (Brazzaville)
22 février 1964


Croix-Rouge de Kiribati
1965 au sein de la Croix-Rouge britannique; indépendante depuis le 12 décembre 1989.


Croix-Rouge malienne
24 août 1965


Croissant-Rouge du Koweït
10 janvier 1966


Société de la Croix-Rouge centrafricaine
25 octobre 1966


Société du Croissant-Rouge palestinien
26 décembre 1968


Société du Croissant-Rouge de Bahreïn
28 janvier 1970


Croissant-Rouge mauritanien
22 décembre 1970


Croix-Rouge du Tchad
1970 en tant que comité provisoire, statut juridique en 1972, devient Société nationale le 1er juin 1983.


Croissant-Rouge du Bangladesh

31 mars 1973


Croix-Rouge du Cap-Vert
19 juillet 1975


Croix-Rouge de Sao Tomé-et-Principe
20 janvier 1976


Société de la Croix-Rouge de Tuvalu
1977 au sein de la Croix-Rouge britannique; indépendante depuis le 1er mai 1981; en attente d’être reconnue par le CICR et admise au sein de la FICR.


Société du Croissant-Rouge de Djibouti
1er août 1977


Croix-Rouge de la Guinée-Bissau
2 décembre 1977


Croissant-Rouge du Qatar
1978

Croix-Rouge angolaise
16 mars 1978


Croix-Rouge andorrane
20 décembre 1980


Croix-Rouge du Mozambique
10 juillet 1981

Croissant-Rouge comorien
Juin 1982


Société du Croissant-Rouge des Émirats arabes unis
31 janvier 1983


La Ligue des Sociétés de la Croix-Rouge devient la Ligue des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
11 octobre 1983


Croix-Rouge guinéenne
26 janvier 1984


Croix-Rouge de Guinée équatoriale
16 octobre 1985


Société de la Croix-Rouge des Iles Cook
5 mai 1989


Société de la Croix-Rouge d’Érythrée
1991; en attente d’être reconnue  par le CICR et admise au sein de la FICR.

La Ligue des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge devient la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. 27 novembre 1991

Croix-Rouge de Namibie
8 février 1992

Croix-Rouge tchèque
5 juin 1993

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Dans le prochain numéro

150 ans après la première Convention de Genève
Machines de guerre
 — les humanitaires sont-ils outillés pour faire face aux nouvelles générations d’armes de haute technologie ?

L’assistance automatisée — les outils modernes comme les drones, les robots et les satellites peuvent-ils aider les humanitaires à sauver des vies ?

Guerres virtuelles — le droit international humanitaire dans le cyberespace.

 

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