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Indépendance : pas de «prêt-à-porter»

 

Au cours des 25 ans qui se sont écoulés depuis le lancement de la politique de «renouveau économique» au Viet Nam, l’appui du gouvernement à la Croix-Rouge du Viet Nam a été essentiel pour permettre à la Société nationale de venir en aide aux personnes vulnérables et de réagir aux catastrophes.

Ce soutien prend diverses formes — salaires des employés, bureaux et véhicules, entre autres — et il s’accompagne d’un certain degré d’influence. Sur le plan opérationnel, la Croix-Rouge du Viet Nam est autonome : elle choisit ses activités, ses lieux d’intervention et ses bénéficiaires. Toutefois, le gouvernement désigne les dirigeants et les employés, ce qui peut soulever quelques préoccupations pour toute Société nationale soucieuse de demeurer un auxiliaire indépendant des pouvoirs publics.

La question de l’indépendance ne se résume pas à cela; avec l’ouverture progressive du pays au cours des décennies récentes, la Croix-Rouge du Viet Nam s’est ouverte à la coopération internationale. Les partenaires du Mouvement ont afflué, apportant idées, compétences et ressources.

Cet appui de donateurs internationaux et du gouvernement national était nécessaire et bienvenu, mais il a donné lieu à plus d’une contradiction en matière de tâches, de règles et d’attentes. Les partenaires du Mouvement ont souvent eu du mal à comprendre la relation étroite entre la Société nationale et les autorités. Dans leurs rapports de mission, les délégués ont souvent évoqué une organisation «enfermée dans un système» ou «un Gulliver ficelé par la bureaucratie». La plupart, cependant, relevaient aussi l’efficacité des services fournis.

La question s’est donc posée : faut-il libérer ce géant, et si oui, comment ? Les premières tentatives, inspirées de l’extérieur, se manifestèrent pendant le processus de rédaction de la législation nationale et des nouveaux systèmes de direction internes.

Le Mouvement est indépendant. Auxiliaires des pouvoirs publics dans leurs activités humanitaires et soumises aux lois qui régissent leur pays respectif, les Sociétés nationales doivent pourtant conserver une autonomie qui leur permette d’agir toujours en conformité avec les principes du Mouvement.

La Commission conjointe CICR/Fédération internationale pour les Statuts des Sociétés nationales émit le vœu de séparer les fonctions de direction et de gestion afin d’«éviter les conflits d’intérêt et de faire en sorte que la Société nationale fonctionne efficacement» — à n’en pas douter, un noble objectif. La Société nationale s’exécuta en 2007, mais revint vite à son ancien modèle de «président exécutif», qui associe étroitement les fonctions de direction et les opérations.

Sur la base des entretiens que j’ai menés pour mon étude de 2012, The art of balancing: A study of Vietnam Red Cross Society and its partnerships, j’estime que la Commission conjointe a voulu imposer une structure de direction qui ne correspondait pas au contexte culturel et historique national. L’application mécanique d’un modèle extérieur, pour satisfaisante qu’elle paraisse sur le papier, a créé des problèmes concrets de gestion dans tout le réseau de la Croix-Rouge du Viet Nam.

Le même problème s’est posé avec la rédaction de la loi sur la Croix-Rouge. Le premier projet de loi a fait l’objet de critiques légitimes de la Commission conjointe parce qu’il conférait un pouvoir de décision excessif au gouvernement. Cependant, le texte qu’elle proposa — fondé sur la loi-type sur la reconnaissance des Sociétés nationales — ne correspondait pas à la réalité nationale complexe du pays. Les membres de la Commission furent déçus par le texte de loi définitif adopté par l’Assemblée nationale en 2008; or, l’idée d’une authentique autonomie aurait sans doute été mieux servie par une méthode plus nuancée et à plus long terme.

Pressions externes

L’afflux de fonds étrangers fit aussi peser des pressions nouvelles sur le personnel de la Société nationale en faisant de lui, dans une certaine mesure, un «fournisseur de services» de programmes internationaux. Au sein de la Croix-Rouge du Viet Nam, certaines personnes considèrent que l’accent mis sur l’exécution de projets de donateurs dessert le développement de la Société nationale.

Le cas de la Croix-Rouge du Viet Nam démontre clairement que l’indépendance est exposée à de nombreuses menaces différentes. La tendance du Mouvement à imposer des notions et des outils universels fondés sur des modèles standardisés, sans s’interroger sur leur pertinence locale, peut paradoxalement restreindre l’autonomie locale. Les interventions mal coordonnées des partenaires, associées à l’octroi de fonds réservés à l’exécution de programmes déterminés, peuvent aussi entraîner une surexploitation des capacités et compromettre l’autonomie.

Les Sociétés nationales peuvent réaliser de grandes choses et sauver de nombreuses vies avec l’appui de divers partenaires. C’est à elles qu’il revient, en dernière analyse, de fixer leur cap. C’est ainsi que les partenaires du Mouvement pourront le mieux les soutenir, sans compromettre leur indépendance, en concevant des stratégies coordonnées et à plus long terme, fondées sur une connaissance profonde et fine des réalités politiques, économiques et culturelles de la Société nationale.

Bayarmaa Luntan
Conseillère du secrétaire général de la FICR.

Chronologie
des Sociétés
nationales

150 ans d’action
humanitair

 

Croix-Rouge de Palaos
2 juin 1995



Croix-Rouge gabonaise
3 juillet 1996



Croix-Rouge de Micronésie
31 janvier 1998



Croix-Rouge du Timor oriental
2000



Croissant-Rouge des Maldives
16 août 2009



Croix-Rouge du Soudan du Sud
9 juillet 2011. Reconnue par le CICR le 18 juin 2013; en attente d’admission au sein de la FICR.



150 ans d’action humanitaire
La Croix-Rouge allemande célèbre son 150e anniversaire depuis la fondation de la première Société nationale dans l’État de Wurtemberg, tandis que le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge célèbre les 150 ans de la naissance du CICR et de la tenue de la première Conférence internationale de la Croix-Rouge.

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