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Cette carte interactive en ligne sur le site Syria Tracker permet à l’utilisateur de choisir le type de données qui l’intéresse et d’obtenir davantage de détails en cliquant sur les disques de couleur. Les chiffres à l’intérieur des disques indiquent le nombre de rapports reçus d’une zone géographique donnée. D’autres options permettent de ventiler les décès et les incidents violents par sexe et par âge des victimes, par lieu et par cause de blessure, entre autres critères. Image reproduite avec l’autorisation de HumanitarianTracker.org

Témoins numériques

 

La cartographie numérique fait désormais partie intégrante des interventions en cas d’urgence. Les cartes numériques des situations de crise sur Internet pourraient-elles aussi aider à attester de crimes de guerre, voire à les prévenir ?

En 2011, alors que l’escalade de la révolte politique vers le conflit battait son plein en Syrie, un groupe de militants et de volontaires actifs sur Internet, Humanitarian Tracker, a créé un site de cartographie de crise numérique intitulé «Syria Tracker». Basé sur une plate-forme mise au point par Ushahidi, les pionniers de ce type de cartographie, la carte de Syrie permet de situer les lieux des affrontements violents, de lire des témoignages directs et de voir des vidéos des incidents, téléchargées par des témoins sur place.

Alimentés par des tweets, des messages sur Facebook, des courriers électroniques et d’autres sources de première main, les rapports relatent des combats à l’arme à feu, des attaques contre des civils, des arrestations, des raids aériens, des bombardements, des exécutions et la destruction de centres religieux, des faits qui pourraient dans certains cas constituer des violations du droit international humanitaire. Ce type de témoignage direct numérique pourrait-il créer un registre public qui, à terme pourrait décourager les violations des règles de la guerre ? Pour en savoir plus, Croix-Rouge, Croissant-Rouge s’est entretenu avec Hend Alhinnawi, l’un des cofondateurs de Humanitarian Tracker.

Hend Alhinnawi : Les moyens techniques utilisés sont
très simples. Si vous avez accès à un téléphone portable
et à Internet, vous pouvez signaler ce qui vous
arrive. C’est aussi un outil très puissant car désormais,
ce sont les gens sur le terrain qui ont repris le pouvoir.

Croix-Rouge, Croissant-Rouge : D’où viennent ces
informations ?

Quelque 93 000 personnes ont envoyé des rapports
que nous avons publiés. Nous avons vérifié l’existence
de chacun de ces 93 000 individus, mais nous n’avons
publié que 6 % environ des informations reçues au
cours des trois dernières années. Nous sommes très prudents en termes de publication car nous préférons sous-estimer grossièrement les faits que de publier des informations que nous ne pouvons pas vérifier.

En outre, nous avons extrait des informations de plus de 50 000 rapports d’information — des médias officiels, mais aussi des blogs et des médias sociaux — de façon à ce que les visiteurs du site puissent avoir une vision d’ensemble de ce qui se passe sur le terrain. Nous avons aussi noué des partenariats et des relations de confiance avec des personnes avec lesquelles nous collaborons depuis trois ans. Lorsque nous recevons des informations de leur part, nous savons qu’elles sont exactes. Mais nous corroborons ces rapports avec d’autres sources.

Dans l’intervalle, la qualité des informations s’est aussi améliorée. Les gens nous envoient des vidéos ou des photos qui comprennent beaucoup plus d’informations nous permettant de vérifier les données. Ils incluent parfois un élément caractéristique du site ou une photographie qui montre la personne qui a été tuée, son nom, etc. L’information la plus difficile à vérifier est généralement l’âge de la victime.

Comment préservez-vous votre crédibilité auprès
de toutes les sources dans un conflit qui est à ce
point polarisé ?

Humanitarian Tracker n’a pas d’affiliation politique ni religieuse. Notre cause est purement humanitaire. L’objectif est simplement de faire connaître toutes les victimes et tous les crimes. Nous maintenons que ce site Web n’est pas un forum de discussion politique.

Mais comment éviter que les cartes de crise numériques ne deviennent un nouveau champ de bataille dans une guerre de propagande ?
Le forum est axé sur le fait que n’importe qui peut envoyer une notification : une personne affiliée à un gouvernement comme le citoyen moyen. Chacun a une voix et chacun peut soumettre un rapport sur ce qui lui est arrivé.

Certes, la très grande majorité des informations que nous recevons émanent de l’un des deux côtés, mais nous avons été parmi les rares à publier des allégations de viols, une série d’attaques contre des femmes, qui auraient été commis par l’Armée syrienne libre. La décision de publier ces allégations a suscité beaucoup de critiques. Des gens nous ont interpellés pour demander «Pourquoi prenez-vous parti ?» Or, la caractéristique de Syria Tracker est précisément de ne pas prendre parti. Si ces gens commettent des crimes, nous voulons faire en sorte que ce soit établi.

Savez-vous si les informations que vous publiez ont un effet sur le comportement des combattants ?
Nous l’espérons, quoique je ne suis pas vraiment persuadé que la publication d’un rapport puisse empêcher un acte sur le terrain. En revanche, si ces informations sont portées à la connaissance d’une organisation qui est responsable de traduire en justice des personnes qui ont commis des crimes de guerre, alors ces rapports deviennent très précieux. Il y a des éléments de preuve qui pourraient permettre de traduire des personnes en justice dans les deux camps. Donc, qui sait ? Peut-être que la nécessité d’avoir à rendre des comptes par la suite pourrait jouer un rôle dissuasif.

Avez-vous eu des manifestations d’intérêt de la part d’organisations qui voudraient examiner les données pour trouver des preuves de crimes de guerre ?
Oui. Si un crime se produit et si nous sommes capables de le vérifier, nous souhaitons que les personnes responsables soient traduites en justice. Mais notre tâche principale consiste uniquement à faire en sorte que les données soient mises à la disposition du public, qu’il s’agisse d’un groupe humanitaire qui veut savoir où les besoins sont les plus grands ou d’une personne qui veut en savoir plus sur un massacre.

Ce type de plate-forme peut-il aussi jouer un rôle pour protéger les populations civiles ?
Sans aucun doute. Nous avons par exemple eu des contacts avec une organisation qui aimerait créer un refuge pour les femmes dans une zone où il y a eu des cas avérés de viols ciblés. Syria Tracker utilise donc les informations reçues et d’autres organisations peuvent ainsi préciser leurs propres informations et aller plus loin.

 



 

 

 

 

 

 

 

«Humanitarian Tracker
 n’a pas d’affiliation
politique ni religieuse.
 Notre cause est purement
humanitaire. L’objectif est
simplement de faire
connaître toutes les
victimes et tous les crimes.»

Hend Alhinnawi,
cofondateur de
Humanitarian Tracker

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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