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Sauver des vies,
garder espoir

 

Le président du Croissant-Rouge arabe syrien, docteur Abdul Rahman Attar, dit que c’est en s’appuyant sur les Principes fondamentaux, ainsi que sur la formation et l’expérience sur le terrain, que la Société nationale a pu se préparer à fournir une assistance neutre et impartiale dans un pays divisé par la violence.

Le magazine Croix-Rouge/Croissant-Rouge : quels sont les changements les plus importants que le Croissant-Rouge arabe syrien a connus ces trois dernières années ?
Dr Attar : Avant la crise, le Croissant-Rouge arabe syrien s’employait à renforcer les capacités des volontaires, à distribuer l’aide reçue de l’étranger et à fournir des services médicaux et socio-psychologiques à nos frères irakiens, ainsi qu’une assistance aux personnes touchées par les sécheresses dans le nord-est de la Syrie. La Société nationale est également venue en aide à 140 000 Irakiens déplacés en Syrie. En ce moment, nous aidons plus de 3,5 millions de personnes. Mais ce chiffre augmente chaque jour (voir encadré plus bas pour la liste des principaux services fournis actuellement par la Société nationale).

Quels sont les principaux facteurs qui ont permis au Croissant-Rouge arabe syrien de jouer un rôle décisif lorsque les conflits ont éclaté en Syrie ?
Le respect des Principes fondamentaux dans la conduite de ses activités explique en grande partie le rôle si décisif joué par la Société nationale. En agissant ainsi, le Croissant-Rouge arabe syrien a pu asseoir son rôle de chef de file dans la réponse humanitaire apportée à la situation en Syrie.

Mais il y a aussi d’autres facteurs importants tels qu’une intervention rapide face aux événements, un lien de proximité, un esprit d’équipe entre la direction et le réseau communautaire de jeunes employés et volontaires actifs, qui sont fiers de ce qu’ils font, ainsi qu’une présence sur l’ensemble du territoire à travers les sections, entre autres. La capacité de s’adapter rapidement et le degré élevé de confiance que les institutions publiques et privées placent dans l’organisation ont également joué un rôle majeur.

 Quelles activités clés de préparation mises en œuvre par le Croissant-Rouge arabe syrien avant la crise lui ont permis de mener son action lors du conflit armé ?
Parmi les programmes les plus importants que nous avons mis en œuvre avant la crise, on peut relever un programme de réduction des risques, qui met l’accent le rôle de la communauté et l’adaptation aux changements environnementaux, ainsi qu’un programme de gestion des catastrophes, mené en coopération avec la Croix-Rouge britannique.

L’organisation a renforcé et soutenu la préparation à l’intervention en cas de catastrophe par l’intermédiaire d’une équipe nationale d’intervention. Plusieurs volontaires issus de différentes sections ont été formés et agrégés aux équipes locales d’intervention en cas de catastrophe.

Durant cette période, l’organisation a organisé des ateliers sur la sécurité alimentaire, sur l’alimentation complémentaire et palliative, ainsi que sur la manière d’élaborer des plans d’urgence valables pour toutes les sections. En outre, un projet de sensibilisation aux séismes a été mené en coopération avec l’Agence suisse pour le développement et la coopération (SDC), en vue de renforcer les capacités des communautés locales de faire face aux risques associés et d’activer les plans d’urgence et d’alerte précoce. Nous avons également participé à la mise en œuvre d’un programme sur la sensibilisation aux mines antipersonnel, en coopération avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Sur le front médical, l’organisation a joué un rôle majeur dans la fourniture de soins de santé primaire à la population irakienne, sans compter d’autres activités telles que la sensibilisation des volontaires aux risques d’épidémie de grippe et à la protection contre cette maladie. En outre, nous avons mis sur pied des ateliers axés sur l’évaluation rapide des besoins en soins médicaux dans les situations d’urgence et de catastrophe et participé à l’élaboration du plan national pour la préparation à une épidémie, en coopération avec l’Organisation des Nations Unies.

Dans quelle mesure le Croissant-Rouge arabe syrien a-t-il changé en raison de la crise ?
Pour ce qui est des principes et des objectifs, l’organisation n’a pas changé. Être au service de l’humanité reste son but ultime. Mais l’ampleur de sa mission a radicalement changé, et le volume de travail déployé pour répondre aux besoins des victimes, qui sont répartis dans différentes zones, a augmenté de manière exponentielle. Par exemple, il y a eu une augmentation spectaculaire du nombre de dispensaires, de dispensaires mobiles, d’unités médicales mobiles, de centres de consultation spécialisés dans le soutien psychologique et de points de distribution d’articles de secours.

Le Croissant-Rouge arabe syrien a dû s’adapter à cette augmentation de la charge de travail. Cela n’aurait pas pu se faire sans l’engagement exceptionnel dont ont fait preuve les volontaires et les membres du personnel. En outre, le soutien que nous avons reçu de la Fédération internationale, du CICR et d’autres partenaires nationaux nous a aidés à intensifier nos activités de façon à répondre aux besoins accrus en aide humanitaire.

Bien entendu, lorsque la crise sera passée, la Société nationale devra adapter ses capacités à la nouvelle situation, car la Syrie devra contribuer au relèvement d’un grand nombre de personnes. La fin de la crise ne signifiera pas la fin de l’action. Nous aurons encore beaucoup à faire.

Quels sont les enseignements les plus importants que le Croissant-Rouge arabe syrien a tirés ?
Les enseignements tirés sont nombreux. L’organisation a donné l’exemple à d’autres Sociétés nationales. Elle a été un modèle de respect de la neutralité et de l’impartialité dans la fourniture des services. Mais nous avons pris conscience que l’organisation avait besoin d’une stratégie de travail, que certains milieux ne comprenaient pas la manière dont l’organisation menait son action, et que certains donateurs n’honoraient pas leurs engagements ni les délais de fourniture.

Nous avons également découvert que nous avions besoin de nouveaux projets d’investissement pour pouvoir générer suffisamment de ressources et, ainsi, assumer notre nouvelle charge de travail. L’organisation a besoin d’un plan stratégique, d’une plus vaste gamme de partenaires, et elle doit permettre aux membres de son personnel de renforcer encore leurs capacités. En outre, il est important qu’elle étende son réseau de volontaires et établisse une base de données pour suivre les personnes qui bénéficient d’une assistance et déterminer leurs besoins.

Enfin, il est également important de sensibiliser les différentes parties aux Principes fondamentaux du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, la nature de notre travail étant relativement méconnue.

Comment le Mouvement international pourrait-il soutenir plus efficacement les volontaires et les membres du personnel du Croissant-Rouge arabe syrien ?
Le Mouvement international pourrait renforcer son soutien au Croissant-Rouge arabe syrien dans les domaines du renforcement des capacités et de la formation. L’ampleur de l’aide qui nous est apportée est satisfaisante, et nous en sommes reconnaissants à tous les partenaires. Mais la situation sur le terrain requiert une intervention accrue. Le Mouvement international nous a soutenus dans plusieurs domaines, mais il reste encore beaucoup à faire.

La guerre civile est une des situations les plus complexes pour toute organisation opérant à l’intérieur du pays touché. À d’autres époques, les Sociétés nationales et leurs volontaires pouvaient être accusés par une partie au conflit ou une autre d’aider l’ennemi, « c’est-à-dire l’autre partie ». Comment une Société nationale fait-elle pour naviguer au mieux dans cet environnement difficile ?
Le Croissant-Rouge arabe syrien a donné la preuve de sa neutralité avec le travail inestimable accompli par ses volontaires, qui donnent leur vie pour le Mouvement et ont abandonné leur emploi ou leurs études pour devenir volontaires au service de l’humanité. Après quatre années de conflit armé, la Société nationale continue d’œuvrer de manière neutre et impartiale, en dépit de toutes les difficultés qu’elle rencontre au quotidien dans son travail.

Au cours du conflit en Syrie, 36 volontaires du Croissant-Rouge arabe syrien ont été tués, et plusieurs autres ont été arrêtés. Quelles répercussions cela a-t-il eu sur la base de volontaires et le travail de la Société nationale dans son ensemble ?
Nos volontaires vivaient la crise au jour le jour. Ils avaient tous perdu des proches et des membres de leur famille et abandonné leurs études ou leur travail : ils traversaient tous de dures épreuves. Mais ces souffrances leur ont donné l’énergie de donner davantage et de continuer à faire ce qu’ils devaient faire pour aider les autres.

Même s’ils ont perdu des proches et continuent de souffrir, les volontaires sont résolus à sauver des vies et à redonner une lueur d’espoir à d’autres personnes, en adhérant en tout temps au principe de neutralité. Les souffrances continuent toutefois de les accompagner.

Leur travail s’est également accru avec l’augmentation des besoins en Syrie. Leur tâche ne consistait plus uniquement à fournir des soins de santé primaire ou à distribuer des colis de vivres. Certains volontaires ont bravé les inondations à Hassakeh pour apporter des vaccins contre la poliomyélite dans des endroits reculés. À Deir Ezzor, ils ont traversé le fleuve à bord d’embarcations pour apporter des vaccins et des vivres dans des zones dangereuses. À Alep, tous les jours ils ont mis leur vie en danger, résolus à livrer des médicaments et des vivres à la prison centrale. Ils sont entrés dans des zones dangereuses à Al-Qusayr, Alep et Raqqa pour réparer les installations d’eau et livrer des générateurs afin de remettre en marche les systèmes d’évacuation des eaux usées et d’approvisionner la population en eau potable.

La crise dure maintenant depuis quatre ans, et la motivation des volontaires est toujours très grande ; en tant que représentants du Croissant-Rouge, nous sommes fiers de pouvoir compter sur de tels volontaires.

Le Croissant-Rouge arabe syrien rencontre toujours des difficultés d’accès à certaines parties du pays. Cette situation pourrait-elle s’améliorer grâce à une aide extérieure, par exemple, une pression politique ou une aide financière accrue pour soutenir vos opérations ?
Je pense que les deux options peuvent être utiles. Notre but ultime est de venir en aide à toute personne qui a besoin d’assistance. La question n’est pas seulement l’accès aux personnes mais aussi la possibilité de répondre aux besoins d’une grande partie de la population touchée par la crise. Aujourd’hui, nous ne sommes en mesure d’apporter que 40 % de l’aide requise. L’écart reste important entre les ressources disponibles et les besoins réels. Il nous faut davantage de soutien.

Le Mouvement international en fait-il assez pour protéger les volontaires sur le terrain et les soutenir lorsqu’ils sont blessés (ou soutenir leur famille si les membres du personnel ou les volontaires sont tués) ?
À l’échelle internationale, les membres du personnel du CICR bénéficient d’une protection ; menacer la vie d’un membre du CICR est considéré comme un crime de guerre. En revanche, les volontaires du Croissant-Rouge arabe syrien sont soumis aux règles de droit syriennes. Hélas, il y a des parties au conflit qui ne comprennent pas que la Société nationale est neutre. C’est pourquoi 36 de nos volontaires ont payé de leur vie. Plus récemment, nous avons créé un fonds en faveur des martyrs, avec l’aide de certains acteurs. Ce fonds permettra de soutenir les familles de ceux qui ont perdu la vie pour aider les autres.

 

 

 

 

 

 

 

 

« Il est également important de sensibiliser les différentes parties aux Principes fondamentaux du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, la nature de notre travail étant relativement méconnue. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Même s’ils ont perdu des proches et continuent de souffrir, les volontaires sont résolus à sauver des vies et à redonner une lueur d’espoir à d’autres personnes, en adhérant en tout temps au principe de neutralité. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Aujourd’hui, nous ne sommes en mesure d’apporter que 40 % de l’aide requise. L’écart reste important entre les ressources disponibles et les besoins réels. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Pour ce qui est des principes et des objectifs, l’organisation n’a pas changé. Être au service de l’humanité reste son but ultime. Mais l’ampleur de sa mission a radicalement changé, et le volume de travail déployé pour répondre aux besoins des victimes, qui sont répartis dans différentes zones, a augmenté de manière exponentielle. »

 

 

 

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